Peut-on tout dire ?
Ah le beau pays que voilà, fier et droit dans ses bottes disait un futur ex-premier ministre. Et pourtant, pourtant tout à l'heure en buvant une citronnade je me suis demandé si ce même pays ne serais pas un peu schizophrène.
Et dire que cette foutue réflexion m'est venue de l'affaire Mitterrand.

À la fameuse et sulfureuse affaire Mitterrand, celle là même qui fait couler autant d'encre et de larmes et qui impose à tout un chacun de se faire une opinion et de la donner. Tellement forte qu'elle en a éclipser l'origine, l'affaire Polanski. D'ailleurs à ce sujet je conseillerais aux journalistes de puiser dans dictionnaire des synonymes à affaire, parce qu'avec Clearstream et d'autres encore que j'ai oublié à l'instant présent il fait un peu redondant ce terme.
Alors calmez vous. Posez les planches et clous que je vois déjà. Ne venez pas me crucifier. Mon propos n'est en rien celui d'un défenseur du tourisme sexuel, de la pédophilie ou que sais-je encore. Seulement je suis bien en droit de m'interroger voir même de critiquer. Et justement une autre affaire (décidément), celle d'un salle des fêtes ayant servi à une réunion néo-nazie secrète me donne le petit coup de pouce à une interrogation déjà bien lancée.
En effet il est tout de même étonnant de voir qu'en France pays des droits de l'homme et de la liberté d'expression, certaines personnes et d'ailleurs parmi mes amis et libertaires s'indignent de l'expression d'une opinion, d'un écrit tout aussi monstrueux soit-il.
J'aurais crû naïvement que le meilleur moyen de s'opposer à un écrit était d'en démontrer l'idiotie, l'incohérence, voir l'horreur de façon raisonnée. Visiblement je me suis trompé. Mais bon il faut reconnaître parfois on entend plus facilement l'abruti qui gueule que le sage qui chuchote. Alors peut-être ? Mais dans ce cas est-ce le retour de la censure ? Quand on veut tuer son chier on dit qu'il a la rage, c'est la même chose ici. Simplement, j'ai le sentiment que parfois un politiquement correct et une médiatisation à outrance provoquer des effets de masse plutôt dévastateurs.

Qu'on ne s'y trompe pas (j'ai l'impression de radoter), je ne défends en rien Mitterrand et les néo-nazis et si un jour cette affaire va jusqu'en justice je serais le premier à réclamer qu'il soit traité comme tout un chacun, c'est à dire avec la même justice. De plus j'étais le premier choqué, par L'express voyant cette polémique comme le reliquat d'une fachosphère. Ainsi donc parce que Marine le Pen fut la première à s'interroger (avec la délicatesse et le sérieux que l'on connait) sur ce livre il n'en serait pas moins apte à la critique ? Je suis opposé à la construction de l'édifice de mon voisin, je vais donc dire qu'il est membre du Front National et son permis de construire sera sûrement annulé tiens !
Soyons sérieux.
Pourquoi aussi conçoit-on une moralité à double échelle ? Pourquoi Mitterrand ne pourrait-il pas être aussi con et capable de dire des conneries que mon poissonnier (et il en dit !) ? S'il est un bon ministre de la culture où est le problème ! Bon là je me rends compte que mon argument tombe à plat alors poursuivons. Non visiblement il faudrait une certaine tenue républicaine aux représentants, ce qui n'est pas en soit faux. Mais dans ce cas les journalistes, policiers, médecins, juges, pharmaciens, thanatopracteurs et cuisiniers la doivent aussi ! Ils nous touchent plus souvent tout de même ! Et puis cette moralité va toucher leur pensée, leurs rêves, leur façon de s'habiller chez eux, leurs lectures et même leurs goût pour les œufs brouillés ou mollets.

Un dernier détail qui sera double. La capacité à se draper derrière l'expression artistique pour justifier certaines choses se justifie t-elle ? Peut-être un peu plus que la volonté d'araser les puissants parce qu'ils sont puissants.
M'enfin bon je dis tout ça mais au fond je pense que je devrais tout simplement arrêter la citronnade.
Pulco - Citronnade et Orangeade

Commentaires
Pendant que j'écrivais ce papier, le ministre s'exprimait devant Laurence Ferrari au journal de TF1. Je passerais cette fois-ci au delà de la non présence une nouvelle fois, sur le service public. Sa condamnation du tourisme sexuel et de la pédophilie ne calmera sans doute pas la polémique mais elle m'amène à me demander qui a vraiment lu le livre ?
Une petite réflexion d'un ami me faisait remarquer la platitude et le peu d'originalité de mon titre. Remarque juste et justifiée mais j'assume ce titre bateau car il reflète malgré tout ma réflexion, je préfère avoir un titre bateau mais justifié que beau mais décalé. Dont acte.