Les partisans républicains, remotivés et mobilisés contre le président Obama depuis le début de la bataille pour la réforme du système de santé, tirent à boulets rouges sur l'annonce de cette récompense. Il n’a rien accompli ? Pas si sûr si l’on tire un bilan rapide des dix premiers mois de sa présidence. Il y a les actes concrets, matérialisés par des accords ou des traités et il y a les actes sur le terrain des idées. Barack Obama a accompli des gestes conséquents sur ces deux terrains et il semble que les opinions publiques, fébriles et impatientes, n’aient pas toujours bien mesuré l’importance de ces actes. Sur le plan des idées, le grand mérite du président Obama aura été de mettre fin à huit années d’unilatéralisme incarné par George W. Bush. Il était certes nécessaire de redéfinir la politique étrangère américaine après l’errance morale que constituèrent les deux mandats de Georges W. Bush. Guantanamo et Abu Ghraib sont autant d’erreurs qu’il fallait effacer. Cela n’allait cependant pas de soi et le président Obama a eu le courage de le faire. Le grand moment diplomatique du début de présidence fut le discours du Caire lors duquel Barack Obama a renoué avec le monde arabe une relation qui était passée de l’incompréhension à l’hostilité ouverte après l’invasion de l’Irak par les troupes américaines. Ce discours a marqué une rupture fondamentale avec l’ère Georges Bush sur le plan diplomatique mais également idéologique. Le temps des néoconservateurs est terminé et il est apparu clairement que l’interventionnisme unilatéral des faucons de la Maison Blanche dont la grille de lecture n’a pas évolué depuis la guerre froide a mené les Etats-Unis bien loin de ses principes fondateurs. La démocratie s’intègre culturellement mal au Moyen-Orient et la tenue d’élections libres n’a pas empêché les violences, la corruption et la fraude électorale portant au pouvoir des hommes contestés et contestables. Le mérite du président américain est d’avoir su trouver les mots pour que le monde arabe et l’Amérique se regardent à nouveau. Il a parlé en chef d’Etat au sujet des relations internationales et il a parlé en homme d’ouverture et de tolérance quant à la compréhension de la culture du monde arabe. Le deuxième temps fort diplomatique de Barack Obama fut de réintégrer la Russie dans la lecture géostratégique de l’Amérique. Evincée et méprisée par l’administration Bush, la Russie s’est radicalisée dans une position autoritaire, repli sur elle-même attisé par l’installation du bouclier antimissile en Europe de l’Est. En renouant le dialogue avec la Russie et en mettant fin au plan de défense antimissile sur l’Europe de l’Est, le président américain a fait un geste fort en faveur du gouvernement russe. Du point de vue géopolitique, ce bouclier entrainait un grave déséquilibre dans une région encore fragile. En donnant un avantage décisif aux pays protégés par le bouclier, la Maison Blanche remettait en question l’équilibre des forces nucléaires qui jusqu’à maintenant avait évité les conflits ouverts dans la région. Le bouclier mettait également en place une inutile mesure vexatoire dans la zone d’influence russe, source de nouvelles tensions. Il était impératif de ramener la Russie vers ses partenaires occidentaux. Qui plus est lorsqu’on sait l’influence de la Russie sur la question autrement plus préoccupante du nucléaire iranien. Barack Obama a eu cette intuition et tout semble indiquer qu’il a bien fait. Dernier temps fort de la présidence américaine et critère décisif ayant mené à attribuer le Nobel au président américain : la question de la dénucléarisation. "Le comité a attaché beaucoup d'importance à la vision et aux efforts d'Obama en vue d'un monde sans armes nucléaires", a déclaré le président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland. En effet, Barack Obama a proposé en avril dernier lors du discours de Prague la vision d’un monde dénucléarisé, tout en admettant qu’il ne verrait probablement pas ce monde de son vivant : "Les Etats-Unis, en tant que seule puissance nucléaire à avoir jamais utilisé une arme nucléaire, ont la responsabilité morale d'agir. (...) En conséquence, aujourd'hui je souligne clairement avec conviction l'engagement des Etats-Unis et son désir d'œuvrer en faveur de la paix et de la sécurité d'un monde sans armes nucléaires". "Je ne suis pas naïf, cet objectif ne sera pas atteint rapidement, peut-être pas durant mon existence". Mais le "fatalisme" à ce sujet "est tout à fait contre-productif", ajoutait-il alors devant 30 000 personnes. La vision du président Obama a été reprise en septembre dernier par la résolution 1887 du Conseil de Sécurité des Nation Unies, invitant tous les pays signataires du Traité de Non Prolifération à respecter leurs engagements et les pays non-membres et n’ayant pas la technologie nucléaire à rejoindre le TNP. Beaucoup ont raillé la décision d’attribuer le prix Nobel au chef d’un Etat occupant militairement deux pays, dont le retrait programmé n’est toujours pas d’actualité. Que peut-on donc penser de ce prix Nobel ? Mérité ? Non mérité ? Le débat semble insoluble. Ce qu’on peut dire en revanche, c’est que la commission d’attribution a fait un pari sur Obama. En attribuant ce prix à Obama, elle a voulu lui signifier tout le poids moral qui pèse sur ses épaules désormais.Le président américain a fait des gestes forts mais n’a pas encore obtenu de victoire diplomatique incontestée. Le travail sur les dossiers israélo-palestinien reste immense, tout comme sur le dossier iranien. Quant à la situation en Afghanistan, elle est complexe. Henry Kissinger appelait d'ailleurs à respecter la réflexion du président en lui laissant le temps de mesurer les conséquences de telle ou telle décision. De fait, le prix Nobel est plus une obligation morale qu’une récompense sur ses résultats. D’autres auraient sans doute mérité d'avantage ce prix. Mais ceux-ci n’ont pas la position d’Obama et ils n’ont pas à prendre les décisions qui devront être celles du président américain. Nous ne répondrons donc pas à la question : l’a-t-il vraiment mérité. La seule certitude, c’est que ce prix est un encouragement à l’action et représente une véritable épée de Damoclès sur la tête du président qui ne manquera pas de tomber s’il échoue dans ses décisions futures. Reste une double ambiguïté qui n’est pas levée. D’une part, le Nobel pratique une forme d’ingérence dans la politique étrangère américaine, peut-être au nomd’un embryon de gouvernance mondialisée qui influerait sur la diplomatie des Etats. En effet, l’attribution du prix à Barack Obama pose la question : est-ce l’homme ou le président qui a obtenu cette récompense ? Si le prix est attribué au président, l’Amérique pourrait se voir obligée de rendre des comptes si la politique du président Obama ne suivait pas une ligne résolument pacifique. Rendre des comptes à qui et surtout au nom de quoi ? D’autre part, on peut se poser la question de la crédibilité du prix Nobel. C’est tout le problème de cette nomination qui ne récompense pas l’action d’un homme mais qui exerce une pression sur les décisions futures d’un chef d’Etat. Quelle valeur symbolique gardera cette récompense si celle-ci est attribué à des personnalités dont l’action est contestée ? Toutes ces questions restent en suspend. Quoi qu’il en soit, le président Obama s’est prévalu d’une trop grande dette envers la commission Nobel en affirmant qu’il restait envers et contre tout : “le commandant en chef d’un pays qui a une guerre à terminer”. Cet article est également disponible à la lecture sur le blog Librement vôtre
Nombreuses furent les réactions de surprises (dont la mienne) et d’indignation parfois, face à l’attribution du prix Nobel 2009 de la Paix à Barack Obama, président des Etats-Unis d’Amérique. Les commentateurs américains proches du parti républicain n’ont pas manqué de dénoncer ce prix en arguant que Monsieur Obama n’a « rien accompli ». Ce prix donne également du grain à moudre à ceux qui accusent le président américain de « socialisme » et de connivence avec la gauche internationale. Un certain nombre de commentateurs européens ont relayé ce scepticisme en mettant en avant les résultats très maigres obtenus sur les dossiers israélo-palestiniens et iraniens par le président des Etats-Unis. Quant aux opinions publiques, elles ont parfois été choquées par cette décision. Elle est échaudées par l’idée qu’une fois de plus les puissants sont récompensés au détriment des petites mains anonymes qui agissent pour la paix à l’ombre des camps de réfugiés en Afrique et ailleurs, ou emprisonnées pour s’être élevées contre certains régimes dictatoriaux. Que penser de tout cela ? Barack Obama a-t-il hérité d’un prix non mérité ? Qu’a-t-il réellement fait ?
L'Echo du Village
Le pari Nobel sur Barack Obama
12 oct. 2009 11:28
Rubrique: Actualités › International
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