C’était un tabou français. Mieux, un souvenir, tombé dans les limbes de la conscience nationale. Cela faisait quatre décennies que l’on en parlait plus, de peur de prononcer un gros mot. Trop gros sans doute pour faire face aux enjeux et aux questions qu’il soulevait. Quarante ans d’anesthésie pendant lesquelles, la France a drapé son passé d’un voile pudique, doutant d’elle-même et de ses fondements. La Culture disait Hannah Arendt, c’est une brèche entre la tradition du passé et un futur à réinventer sans cesse. En oubliant ses traditions, la France s’est rendue tout simplement incapable de se penser un futur : incapable de dire qui elle est, où elle va et avec qui. Les méfaits de mai 1968 furent longs être perçus mais l’on constate aujourd’hui l’ampleur des blocages auxquels le pays a été confronté après une telle remise en question de la société. Au nom de la liberté sexuelle et "il est interdit d'interdir", les deux piliers qu'étaient la famille et l'autorité furent brisés. Une contestation trop brutale, trop profonde. Comme une personne ayant subi une violence trop grande, la France était incapable de sortir de cet état de traumatisme. Et nous en revenons ! Ceux qui élaboraient les théories les plus farfelues sur le pédagogisme, la suppression de l’autorité et l’anéantissement des valeurs traditionnelles déchantent, le pays tout entier avec eux. La France s’est perdue dans une errance aveugle et désorientée. C’était donc un tabou français. Ce tabou là, on n'osait plus le briser au nom des démons vichyssois qui sommeillaient, parait-il, en France. C’est cette boite de pandore qu’Eric Besson a décidé de rouvrir en parlant ce lundi sur la radio RTL et en osant la question : qu’est ce que l’identité française ?

Invité à s’exprimer dans l’émission du grand jury, le Ministre de l’immigration a annoncé dimanche son intention de lancer un grand débat sur le thème de « l’identité française » avec pour objectif de réaffirmer la fierté d’être français. Les parlementaires seront invités à s’exprimer sur le sujet à l’issu de quoi, un colloque de synthèse viendra conclure les débats. Le Ministre a notamment proposé que tous les jeunes Français aient l’occasion au moins une fois dans l’année de chanter la Marseillaise. Enfin, au sujet sur la burqa, Eric Besson a livré un message sans ambiguïté : elle est inacceptable et contraire aux valeurs de l'identité nationale.

Ce débat, trop longtemps délaissé et dont l’extrême droite s’est emparée pour cultiver ses denrées électorales, est plus que nécessaire, il est vital. Le pays n’en a pris conscience que récemment, hélas l’action des jeunes chevelus lors des évènements de soixante-huit n’a pas eu pour effet de moderniser la société à son insu comme on l’a longtemps prétendu. Tout indique que cette modernisation était déjà en cours. En douceur, mais en cours. En sus de brusquer les transformations du pays, Mai 68 a sapé de façon durable et inconsidérée tout ce qui faisait le socle des valeurs française : le mérite, l’excellence, l’égalité. Et l’on a pu en constater les dégâts : une Université française en état de délabrement avancé, la faillite de l’Education nationale et du pédagogisme, vingt années de politique migratoire sans contrôle, l’apparition de l’égalitarisme avec les crispations discriminatoires contre les nouveaux arrivant qui en sont la conséquence naturelle, etc. Ce chamboulement du traditionnel a déraciné la population et a provoqué un profond malaise en son sein.


EN FINIR AVEC L'AUTO-FLAGELLATION

En parallèle à cette mise à bas prix des valeurs française, son Histoire fut la cible d'attaques brutales et iniques, relayées au sein de l'opinion dans une posture d’auto-flagellation. Cédant au discours culpabilisant des anciens colonisés, avides de revanche, les Français en sont venus à douter de leur Histoire, attachant plus d’importance à des parenthèses peu glorieuses qu’à leurs victoires singulières. Ainsi, en quelques années, le pays des droits de l’Homme est devenu le pays de l’esclavage, de la dictature de Vichy, de la colonisation et des guerres qui ont précédé l’émancipation des anciennes colonies. Napoléon est devenu un dangereux dictateur, tout comme les rois de France et la société monarchique sont devenus les pages misérables d'un passé obscurantiste. Il y a peu de temps encore, le président algérien accusait la France de s’être rendue coupable d’un génocide de la culture algérienne. Ce qui ne l’a pas empêché peu après de venir se faire soigner dans une clinique française, gracieusement accueilli par ce même pays "génocideur". Il eu été de bon ton de signifier au président algérien que l’on insulte pas impunément la République française et qu’il pourrait se faire soigner à son aise dans un autre pays. Ce ne fut pas fait, au nom sans doute du devoir d’abjurer pour les crimes coloniaux.

Il est donc urgent de reprendre le débat sur le sens de l’appartenance à la France et des valeurs qui sont les nôtres. Il est également urgent d’en finir avec la repentance pour les erreurs commises dans le passé. Oui, la France s’est parfois trompée. Elle s’est égarée sur des chemins qui n’étaient pas les siens tout en sachant toujours reconquérir son honneur, pour elle-même et par elle-même. La République Française n’est pas seulement la nation de la colonisation et de l’esclavage, qui ne sont que des parenthèses, au même titre que Vichy ou l’épisode sanglant de la Terreur. La France, c’est aussi et surtout Victor Schoelcher lorsqu’il proclama l’abolition de l’esclavage en 1848. C’est ces jeunes gens qui entrèrent en résistance contre l’occupant nazi. C’est le pays qui participa à la création de l’Europe. C’est le pays qui enfanta quelques uns des plus beaux artistes du siècle passé : Zola, Malraux, Gauguin, Baudelaire et tant d’autres. Il y a pléthore de raisons d’être fier d’être Français.

Si ce débat aboutit, la France pourra parler plus clairement et plus librement au reste du monde. Elle pourra renouer avec l’assimilation perdue des immigrés qu’elle accueille sur son territoire. Car à ne plus savoir qui elle est, la République Française ne peut plus assimiler les populations immigrées. En effet, si notre propre culture est incertaine et floue, comment la transmettre à nos nouveaux compatriotes ? Il faut en finir avec l’immigration de peuplement donc les flux sont non maîtrisables. Une personne qui souhaite intégrer notre pays doit pratiquer la langue française et connaître l’Histoire, les institutions, les fondements culturels de la patrie. Aucun sésame n’est plus incontournable que la connaissance de la culture du pays que l’on souhaite rejoindre pour s’y intégrer. Un examen, comme aux Etats-Unis, pourrait sanctionner l’aptitude des migrants à devenir Français. Les plus méritants réussiront, les autres pourront retenter leur chance l’année suivante. Pourquoi ne pas également revaloriser l’affichage du drapeau national chez les particuliers ? Aujourd’hui, quiconque ferait flotter un drapeau français sur sa maison serait immédiatement qualifié de « fasciste » ou de « lepéniste ». Bref, redonnons aux citoyens le goût et la fierté d’être Français. Le pays n’en ira que mieux. « Eric Besson lance ce débat pour des raisons purement politiques », diront certains. Qu’à cela ne tienne : saisissons nous de ce pragmatisme pour le transformer en grand débat de fond et ne pas le laisser aux mains de quelques extrémistes. Il serait impensable que dans le grand mouvement de mondialisation, la France ne repense pas sa place, sa mission et ses valeurs. Si tel n’était pas le cas, il y aurait fort à craindre qu’elle devienne ce que beaucoup de nos concurrents espèrent : une vieille, très vieille coquille vide.

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