Napoléon Tran est un enfant comme tout les autres. De mère corse et de père vietnamien. Il vit une vie normal entre l'école et ses copains. Bien ses parents se sont séparés récemment mais dans le monde actuel cela ne fait guère de lui une exception.

Et puis un beau jour son père lui annonce que son grand-père paternel qu'il aimait beaucoup est mort d'une longue maladie. Napoléon est bien sûr triste, mais le jour de son enterrement son Pépé vient le voir, il est revenu en fantôme car il a une mission, refaire que Napoléon revive dans une famille unie.

Les deux compères Nicolas Barral (dessinateur de la série Baker Street) au scénario et Olivier Taduc (dessinateur de Chinaman) crée ici leur première BD jeunesse dont sort ces jours-ci le deuxième tome et on peut dire que l'idée de base est originale. Tellement originale d'ailleurs qu'elle pourrait rebuter certains dans notre société occidentale peut habituer à rire de la mort. Mais pourtant ça passe allègrement. Barral a déjà affûté son ironie et un humour facétieux sans trop en faire des parodies de Conan Doyle et autre et sait y aller sans trop en faire.

Et puis les personnages ne semblent pas trop lisse, trop gentils et trop passe-partout, même le héros se laisse aller à un peu de violence et le Pépé par moment à un brin de xénophobie (moquant par exemple le métissage). Ils ont tous leur petits travers et finalement c'est ce qui les rend attachant. D'ailleurs ce deuxième tome s'ouvre par l'arrivée d'un nouveau personnage Iggy un iguane qui va rendre extrêmement jaloux le Pépé.

Alors bien sûr par moment quelques stéréotypes apparaissent et par exemple parmi la bande de copains de Napoléon on retrouve quelques personnages similaires déjà aperçus sous d'autres formes dans le Petit Spirou ou Cédric par exemple (une petite mention spéciale pour Amadeus fils d'un patron de pompes funèbres). Une scène d'envoutement paraît même avoir déjà été faite en entier. Mais que voulez vous on invente pas l'eau tiède, on la redécouvre c'est tout.

Et puis comme ils l'avaient fait aussi dans la première saison sur le divorce, l'adultère, l'enterrement contre l'incinération... Ils poursuivent dans leur voie de parler avec justesse de sujet difficiles. Ici c'est le manque d'un être disparu ou la maladie. On en viendrait presque à pleurer nous même comme une madeleine. Salauds de dessinateurs de BD comment ils font. La pincée d'humour noir bien appréciable en ces temps gris et ternes c'est en quelque sorte l'élément de plus pour relever le tout.

J'avoue aussi personnellement avoir été pris par deux a priori que je n'aurais pas dû avoir. Toujours autant passionné de BD, j'ai presque appris à lire avec (même s'il n'est plus de ce monde je remercierais jamais assez monsieur Roba), je n'en demeure pas moins moi même un dessinateur raté qui peut parfois se laisser à quelques accès de jalousie et d'aigreur quand quelqu'un arrive en deux coups de crayons à retranscrire tout un univers.

Et c'est le cas ici, un Olivier Taduc qui a une nouvelle fois changer de style graphique pour l'occasion en quelques coups de crayon, des couleurs chaudes, des personnages dans un décor quasi minimaliste mais très vrai nous tisse un monde qu'on croirait celui d'une série télé (je dis pas ça pour que ce soit déjà un dessin animé, quoi que...).

Et deuxième a priori pire encore selon moi. J'ai eu du mal à imaginer le Olivier Taduc, du duo Serge le Tendre et Taduc, dessinateur des Voyages de Takuan et surtout de Chinaman derrière une BD jeunesse. Grave erreur. Et je ne pense pas que ce soit seulement le scénariste Nicolas Barral qui y soit pour quelque chose. Le duo fonctionne quasi en tandem.

Comme quoi les a priori sont toujours mauvais, je le dis toujours mais que voulez vous on est humain et surtout français.

En définitif, Napoléon Tran ne demande qu'à poursuivre sa route et à s'améliorer encore et mon petit doigt me dit qu'une certaine Joséphine pourrait y aider. Tiens, tiens Napoléon et Joséphine...