Quelques petites introspections au sujet d'un mémoire : Retour sur une élaboration

Comme pour toute expérience il y a des choses que je présupposait qui se sont avérées fausses, d'autres qui se sont vérifiées, d'autres encore que j'ai découvert en cours de route. Mais à travers tout cela il est certain que je ne reviendrais sûrement pas sur mon choix même si j'avais connaissance du parcours.

Quelques petites introspections au cours de l'élaboration d'un mémoire

Partie 3 : De l'impact économique et social d'un mémoire

Quelques petites introspections au cours de l'élaboration d'un mémoire

Partie 2 : De la procrastination

Un jour mon prince viendra 2/2

Nous l'avons vu la dernière fois malgré l'idée générale que chacun fait ce qu'il lui plaît et l'évolution progressive de la société due sans nul doute aux luttes féministes, le statut de la femme célibataire est insidieusement, à mot caché mais sans nul doute décrié.

Mais alors que vient faire le Prince charmant dans cette affaire ?

Le statut du couple n'a pas été bousculé d'un coup comme cela. Il a toujours subit des antagonismes internes, des évolutions et des retours en arrière, des contradictions propres. Il est a noté une période particulièrement marquant qui semble être un miroir ancien de notre monde actuel : l'amour courtois. Flandrin dans le Sexe et l'Occident le définit comme avec des règles à l'antithèse de celles du mariage médiéval. C'est l'aboutissement de l'amour-passion, d'un dévouement fusionnel de l'amant à sa belle. On cherche toujours à surmonter des épreuves, à réaliser des prouesses et à exalter l'individualité. Alchimie étonnante entre sexualité et sentiment, l'amour courtois ressemble à s'y méprendre à notre situation actuelle du couple, voir même le dépasse.

Marie Louise Von Franz dans son étude psychanalytique de la femme dans les contes de fées dira ainsi : « Le héros représente le complexe du moi idéal, demeurant en harmonie avec les exigences de la psyché. Il est celui qui met fin à la stérilité d'un pays et y rétablit une santé florissante en faisant couler la vie sous des formes bénéfiques. Chaque conte a un sens particulier, mais le héros-modèle s'y comporte toujours selon ses instincts. »

En fait le plus étonnant et le plus original dans l'amour-courtois est que l'on est bien loin du modèle de l'amour tombé du ciel. Au contraire le code courtois établit des modèles de comportement très strict, c'est un constant travail sur soit qui est demandé aux jeunes gens.

Et justement nous sommes toujours totalement dans cet amour céleste dont le Prince charmant semble être le prophète. La symbolique du coup de foudre, des âmes-sœurs, de l'homme ou la femme de la vie. Ce qui paraît être d'une innovation folle, en refusant des règles et des normes comme le Code courtois est en fait très ancien et au contraire un énorme moyen de renforcer l'institution du couple. Il fut même justifié afin de forcer à abandonner les amours courtois. En effet comment se perdre dans des choses impossibles et futiles quand un amour, unique, certain, qui nous ait destiné nous attends ? Comment donc justifier de vivre des aventures plutôt que de se concentrer sur celui que l'on attend ?

Le plus étonnant dans tout cela c'est la différenciation qui aboutit entre hommes et femmes. En effet par la socialisation notamment, l'éducation des enfants on transmet ces archétypes et il n'est pas rare que les femmes et hommes se comportent pareil à ces archétypes. N'a-t-on pas un jugement bien plus sévère à l'égard des femmes qui vivent des aventures amoureuses et sexuelles différentes que pour les hommes ? Car en effet l'homme est le Prince Charmant, l'aventurier, celui qui part à l'autre bout du monde, qui va affronter mille dangers et qui va surtout se trouver parfois loin de sa promise. Au contraire la princesse ou la jeune femme du Conte de fées ressemble à la promise attendant son bien aimée et surtout moins aventurière.

Attention je ne défends nullement cette position et il ne faut pas prendre cette situation comme de simples clichés. Certes l'évolution de la société fait que des comportements hors normes sont désormais banalisés ou dans les normes mais pourtant il n'est pas rare d'attaquer ou de critiquer certaines réactions. Les plus fortes survenant non pas quand la jeune femme vit ses aventures mais quand celles-ci sont dénuées de sentiments. En effet si l'on peut à présent comprendre tout à fait qu'une femme vive plusieurs amours on a encore d'énormes difficultés à comprendre qu'elle ne vive pas pour l'amour, notamment pour des besoins sexuels.

La chanson populaire permet parfois de voir quelques réponses ou d'éclaircir au mieux cela. Mieux que de long discours elle symbolise un état d'esprit. Un petit exemple avec Un homme qui aime les femmes de Tryo :

« Un homme qui aime les femmes on appelle ça un Don Juan

Une femme qui aime les hommes on appelle ça comment ?

Un homme qui aime les femmes on appelle ça un Don Juan

Une femme qui aime les hommes on appelle ça comment ?

Les hommes, les femmes, les hommes, les femmes...

Une femme qui aime les hommes est avant tout une femme

Bien sûr ! »

Alors bien sûr les femmes ne sont pas idiotes et très souvent la figure du Prince charmant n'est qu'une image, presque même un mirage bien conscient. Seulement même les phantasmes et les fantasmagories ont une réalité par le fait même qu'elles existent. Ce qui n'est pas peut-être. Même si aucune preuve physique de Dieu arrive, le seul fait que des croyants y croient le fait exister socialement.

Ce qu'il faut surtout se mettre en tête c'est que la structure du couple n'a rien de figée, de cloisonnée. On contraire c'est un construit social en constante évolution, capable d'intégrer des choses qui semblerait totalement étrangère à elle. Par exemple les sentiments que l'on parlait plus haut, la montée de l'émotionnalité et du sensible à vivifier le statut du couple

Nous parlions plus haut de la question de la sexualité et nous avons vu que même si les choses ne sont pas aussi figés qu'auparavant le statut sexuel de la femme et de l'homme reste différenciée et surtout celui de la femme limité.

Pourtant une évolution de la sexualité, du corps et de l'intime se produit dès le XIXème siècle. L'individualisme n'est pas que dans la société ou les rapports avec les autres, il est aussi en soit, on cherche à s'écouter. Norbert Elias en 1975 l'étudiera bien mieux que nous pourrions vous la présenter dans « La dynamique de l'Occident ». S'ouvre alors selon Alain Corbin vers 1860 l'histoire moderne de la sexualité. Mais cela va plus loin que la sexualité elle même, c'est tout le corps qui devient un outil émotionnel. L'objectif est de ressentir des émotions, rapides, directes. On est presque drogué aux émotions ou plus modestement à la tendresse. Et en fait ce n'est pas le dispositif de médecins, pédagogues, psychiatres, prêtres et autres prônant un couple légitime et procréateurs qui aura raison de cette situation.

Non car le couple s'est emparé de cela aussi. On ne peut être un bon couple ou même une bonne famille qui si des gestes tendres, des rapports de sensibilités, de contact tactile sont courants. La famille, le couple devient un cocon contre le monde extérieur qui semble un danger.

Car sans nul doute, presque au delà de la conception du Prince charmant qui nous a servi d'ouverture de cet article en deux parties et presque de prétexte avouons le un peu, l'essentiel est dans cette situation ambivalente. L'individu moderne de plus en plus individualisé, personnalisé, presque isolé, cherche à se construire, à construire son identité. En effet le monde est de plus en plus complexe, ouvert, immense. Et le retour sur des relations personnelles de plus en plus intenses et de plus en plus physiques est une évolution indéniable. Étrangement les relations entre personnes non jamais été aussi importantes, presque même fusionnelles. Si les couples durent moins longtemps ils n'en sont pas moins le fait de personnes plus proches. Seulement le cercle de personnes qui nous sont proches se restreint. On se replie donc sur l'intime, le personnel et donc très souvent le couple figure centrale de nos sociétés, quoi qu'on en fasse.

Si je ne mettrais pas Eric Zemmour au niveau des auteurs précédemment cités, son analyse sur l'humour de l'intime en vogue aujourd'hui à le mérite d'exister, même si elle reste superficielle. En effet les structures de petite taille comme la famille ou le couple semblent se renforcer au moment de leur existence et donc l'humour à ce sujet semble avoir un impact bien plus important. En fait tout semble comme si rien n'était calme apaisé, mais tout devait être émotion. On s'aime, on s'adore autant qu'on se déteste le lendemain. Peut-être est-ce ça la vision du couple aujourd'hui ?

En tout cas comme vous le voyez, malgré l'impression qui pourrait se dessiner, on en sort pas du tout et cette structure semble tel le phénix capable de renaître de ses cendres. Kaufmann avait peut-être raison : La femme seule et le Prince charmant résume beaucoup de choses de notre monde actuel.

Un jour mon prince viendra 1/2

Il est étonnant de constater qu'après des années, que dis-je des décennies de luttes féministes un archétype du mâle semble avoir toujours la côte. En effet il n'est pas rare de voir dans les chansons, les livres, les revues féminines, l'ensemble de la culture actuelle le beau Prince Charmant tout auréolé de sa gloire. Mais alors les choses ne changent donc pas ? Tout se résume donc à la fin des contes de fées ? Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants ?

Qu'est-ce qu'un Prince charmant ? Tout d'abord c'est la figure principale des contes de fées. On aurait tort de penser que les contes de fées sont des petites histoires racontées aux enfants et qui n'ont que piètres importance. Ils sont tout d'abord leur premier contact avec la lecture qu'elle soit directe ou indirecte (par le biais des histoires que les parents racontent) et sans nul doute ce contact marque énormément à cet âge où la découverte est une des clés de l'apprentissage.

Le professeur Bruno Bettelheim dans sa Psychanalyse des contes de fées citait ainsi Schiller : « Je trouvais plus un sens profond dans les contes de fées qu'on me racontait dans mon enfance que dans les vérités enseignés par la vie. » Car l'intérêt des contes de fées est de donner un sens à la vie, chose essentielle pour se construire. Et il s'avère que le sens est souvent clair, les personnages sont ou tout bons ou tout mauvais, ou totalement stupides ou extrêmement intelligents. Ce que l'on appellerait des caricatures sont en fait des archétypes destinés a rassuré l'enfant à lui rendre intelligible quelque chose facilement.

Le Prince Charmant est l'archétype même du mâle dominant et rassurant. Dans Blanche-Neige par exemple, elle n'est pas sauvée par n'importe qui mais par sept nains de sexe masculin et surtout par ce Prince Charmant à la fin. Au départ simple fils du Roi il devient progressivement l'incarnation de l'amour, beau, chevaleresque. Le Prince charmant devient un idéal masculin.

Car notre société en pleine mutation est tout à fait paradoxale. Alors que l'individualisation progressive et le désenchantement du monde que nous décrit Marcel Gauchet provoquait une sorte de sacralisation du soit plutôt que du nous. Le regard sur la femme seule n'en demeurait pas moins étrange.

En effet au départ le mariage n'était pas une petite affaire ni une question uniquement privée mais au fondement des civilisations et a traversé l'histoire de l'humanité. Comme le décrit très bien Jean-Claude Kaufmann dans la femme seule et le Prince Charmant. C'est pourquoi l'idée même de célibat apparaissait comme contre nature. Il ne tient pas à nous de juger si ça l'est réellement mais de se rendre compte de la réaction que cette idée peut provoquer.

Étonnamment et comme le rappelle Kaufmann et Gauchet c'est le christianisme si décrié qui va instillé l'individualisation de la question religieuse. En effet le salut n'est plus collectif mais c'est à chacun de trouver son salut individuel.

Où est le Prince charmant là-dedans me direz vous ? J'y arrive rassurez vous.

C'est un long processus qui passant par le travail féminin notamment au XIXè siècle ou au XXème, s'est engagé. Nombreuses sont les familles ayant connus une mère ou une grand-mère ayant travaillé à l'usine pendant l'une des deux guerres mondiales. La femme travaille et gagne un salaire. Kaufmann dit « Tout en restant femme elle devient socialement un homme véritable. »

Et là vient le nœud du problème. Simone de Beauvoir dans sa célèbre citation a dit : « On ne naît pas femme, on le devient. » Le statut de la femme est donc un fait culturel. On le voit notamment dans les différences qu'y peuvent survenir selon les pays et les traditions. Et ce construit peut perdurer même avec des changements majeurs de la société.

Ainsi il n'est pas rare de constater une différence importante de considération à l'égard des célibataires masculins, des célibataires féminines. Si le premier semble accepter voir même parfois soutenu dans certains milieux, le second est très souvent décrié, du moins considéré comme hors normes ou original. Car malgré le ressenti que l'on peut se faire il existerait un modèle de vie privée, caché, secret. Cette affirmation peut paraître étonnante dans notre société ou la famille semble se dés-institutionnalisé et les modèles plus souples de répandre : unions libres, familles recomposées et même enfants hors mariages. La vie de célibataire semble être bien plus qu'une mode un véritable mouvement de fond. Et pourtant le « doigt accusateur » que nous décrit Kaufmann n'est pas loin. Bien sûr il est insidieux, suggéré, en silence. Certes en apparence le « Chacun fait ce qu'il veut » est au pinacle mais en réalité les réactions de mise hors normes se multiplient.

Mais pourquoi justement sur les femmes ? Parce que dans nos sociétés modernes le couple est censé être fondé principalement sur le principe de l'Amour. Ainsi l'union de deux êtres serait l'aboutissement de l'Amour. Mais cette Union peut être hors mariage. La translation qui s'est opéré à en fait permis à d'autres situations d'avoir un statut similaire : concubinage, PACS,... Pourtant on le remarque aisément chacune de ces situations est une situation de la vie à deux. En effet le doigt accusateur pointe particulièrement une certaine sécheresse du cœur. Et « l'individualisation de la société secrète, tel un contre-poison, la nécessité d'afficher ses vertus d'humanité. Or pour les femmes ces vertus se fixent, plus que pour les hommes sur les capacités d'amour et de dévouement familial. » François de Singly.

Ainsi il n'est pas rare de jeter des regards désapprobateurs à l'égard des femmes qui ne sont pas encore devenus mères. La réussite d'une vie de femme semble se faire dans la concrétisation de cet enfantement. Certains vous diront que la reproduction est inscrite dans dans les gênes d'une espèce. Et peut-être n'auront-ils pas tort. Nous nous contenterons de dire que très souvent dans les sociétés l'enfantement est considéré comme l'acte ultime de l'amour. Et cet acte peut parfois être toléré pour une femme célibataire même si là aussi le regard désapprobateur s'insinue. « Comment va-t-elle l'élevé ? » « Et quand elle travaillera comment fera-t-elle ? ». « Il faut une image du père dans le foyer tout de même. »

L'image du père. Le Prince charmant est justement l'image d'un père par excellence ou pas tout à fait. Mais nous y viendrons plus précisément la prochaine fois.

Quelques petites introspections au cours de l'élaboration d'un mémoire.

De la réalité de la vie étudiante et sa relativité.