La trace la plus ancienne remonte en 449. Selon Priscus, historien
grec, Attila disposait d'un fou pour distraire les convives. Le bouffon
était un personnage emblématique des cours d'Europe. En
effet il était le seul capable de se moquer de tous et même du Roi.
Les plus connus étaient en effet royaux mais de grands seigneurs avaient
parfois eux aussi leur bouffon. Si le bouffon
disposait de se privilège il n'en était pas moins à la merci du bon
vouloir du Roi ou du seigneur qui décidait de son sort.
Ce paragraphe n'est pas que présomptueux (bien qu'un peu quand
même). Il m'est venu à l'esprit suite aux remous (moins importants que
d'autres tout de même) qu'à subi Nicolas Bedos suite à sa
chronique (visible ici), où il comparait le président Nicolas Sarkozy de je cite
« VRP cocaïné ».
Avant de poursuivre vous remarquerez que nombreux sont ceux qui
quand ils reprennent des déclarations se donnent l'obligation de dire je
cite, cela afin de bien montrer que les propos qui vont
suivre ne sont pas d'eux. La peur, le rejet, le récit coupable de
ces propos ? Je vous laisse seuls juges en tout cas pour votre serviteur
c'est un peu tout cela à la fois.
Donc Nicolas Bedos fait sa chronique et plusieurs réactions
s'avèrent critiques. Ces réactions s'amènent à s'interroger sur une idée
: L'humour a-t-il des limites ? Car si les bouffons se sont
libérés et heureusement du bon vouloir du Roi ou des seigneurs, puis
plus tard de la religion et encore plus tard parfois de la morale ils
n'en demeurent pas moins des êtres de chair et de sang
et donc imparfaits.
Un humoriste aurait donc selon cette logique des limites ? Mais
lesquelles ? La commune idée viendrait à dire : qu'ils soient drôles.
Rapidement on peut dire que cette tautologie comme un poil
conne (comme toutes les tautologies vous me direz mais c'est pas
vous qui faites cette chronique merci). Car en effet il est évident que
l'humour doit être présent mais que cet humour est très
relatif. Ce qui fait rire mon voisin ne me fera pas rire et pareil
pour mes parents ou mon professeur. Toutefois cette réflexion bien que
facile n'en demeure pas moins avec un certain sens.
En effet on a le sentiment que certains humoristes sont parfois
frappés du même mal que la société elle même. Vous me direz c'est normal
ils font partie de la société. Et je vous dirais une
nouvelle fois que c'est ma chronique. Le problème c'est que pour
faire le buzz, le show la dérive peut parfois conduire à d'abord
choquer, faire l'évènement plutôt que faire rire et à avoir du
fond. Bien évidemment en cela je ne juge nullement la chronique de
Nicolas Bedos celle-ci n'est plus que prétexte à réflexion.
Mais alors pourquoi donc les humoristes dans leur ensemble ont-ils
le sentiment que l'on attaque leur liberté d'expression quand on
critique l'un d'entre eux qui n'aura été que vulgaire et
agressif (peut-être qu'à notre goût d'ailleurs) ?
Tout d'abord parce que l'idée de critique même est devenue
insultante dans nos sociétés. Le « les goûts et les couleurs ça ne se
discute pas » est devenu l'axiome majeur. A ce propos
j'interromps à nouveau le mien pour signaler l'excellent La
distinction de Pierre Bourdieu, bien qu'il faut le reconnaître ardu à
lire (un article à ce sujet). Prouvant l'idiotie de ce
raisonnement (et pour l'acheter
(sic)). La force de l'égalité dans nos sociétés fait que nous avons le
sentiment que le critique ne peut
se trouver qu'en position de supériorité et donc dans une position
intolérable. Alors que pourtant il n'y a rien de mieux que de critiquer
le critique (bien sûr quand on le peut).
Mais c'est aussi parce que peut-être moins que chez les
journalistes, les humoristes ont parfois des tendances corporatistes.
Un nouvel arrêt, l'un des derniers je le promets pour dire qu'au fil
de mes chroniques vous allez avoir le sentiment que je suis très
critique sur les journalistes. Et bien c'est vrai mais plutôt
parce que j'ai le sentiment de ne plus en voir. Mais ceci fera
sûrement l'objet de billets futurs.
En effet le réflexe premier est souvent celui d'apporter soutien à
leur camarade. Celui apporter dans un premier temps à Dieudonné par
nombres d'humoristes en est la preuve. Le réflexe premier
est celui du soutien et il est bien humain, mais parfois il s'avère
quelque peu irréfléchi.
Vous me direz seul le public est juge. Oui mais voilà parfois le
public aime aussi de la merde permettez moi l'expression. Si le
populaire n'est en rien gênant au contraire, le populiste peut
affleurer et plaire tout autant. Faut-il pourtant le soutenir parce
que cela plaît ? Et la majorité à t-elle raison de rire à des blagues
faciles ?
Très souvent les humoristes subissent par contre la critique quand
ils ne sont plus dans le registre de l'humour mais dans celui du
politique. Bien qu'ils ne soient en rien comparables ce fut le
sort subit par Jean-Marie Bigard et Dieudonné. Sans juger de la
pertinence ou non et de la condamnation que l'on peut apporter, de leurs
propos on peut se demander pourquoi un humoriste ne serait
pas à sa place en politique ?
Et bien peut-être parce que ce serait comme si le bouffon décidait
de prendre la place du Roi et prendre les mesures lui même. Car on en
revient au final toujours là. Malgré la libération du bon
vouloir du Roi ou des seigneurs la page n'est pas totalement
tournée. La tutelle des rôles qui leur est attribué reste prégnante. Et
gare à ceux qui les quitte. C'est aussi sûrement pour cela que
le corporatisme est si importante. La peur de subir le courroux du
souverain devenu le peuple ou les hommes politiques, à nouveau poursuit
les humoristes.
Comme vous le voyez j'ai plus de questions que de réponses mais
parfois le questionnement permet aussi d'avancer... Non je rigole !