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n°372 - 15 septembre 2008
Rubrique Edition Voyages animée par aucun responsable. Postulez !

Voyage dans une anse abandonnée

Quand la valorisation du littoral français ne se trouve plus être la priorité.


Il existe des espaces à protéger, d'autres à valoriser, d'autres encore à développer et à entretenir. D'autres enfin combinent toutes ces besoins. Il n'y a pas besoin d'aller loin pour les trouver. Bienvenue dans l'un d'eux !

À toutes les personnes, administrations, autorités ou associations citées dans cet article qu'elles sachent qu'en tant qu'article d'opinion, il reflète la mienne, mais ne s'appuie pas pour autant sur rien, les faits sont avérés. Libre à vous par la suite de le discuter.

 

La Côte d'Azur en matière de préservation du littoral français est une calamité. Rongée par une urbanisation galopante faite au mépris des lois et parfois avec l'assentiment voir l'appui de certaines autorités, elle est totalement défigurée. Seules quelques zones encore vierges semblent survivre dans cet environnement hostile.

 

Mais la Côte d'azur n'est pas la seule victime de cette absence totale de conscience collective de la part de propriétaires petits ou gros. En Bretagne le phénomène de mitage, c'est-à-dire de maisons uniques qui colonisent un endroit puis sont peut à peu multipliées, provoque des dégâts irrémédiables.

 

Le conservatoire du littoral, dont les dirigeants et surtout employées sont pourtant de bonne volonté, ne peut que limiter le problème. Ses fonds minimes fait qu'il a peu de poids face à certains promoteurs.

 

Mais pour une fois, je ne vais pas parler de cette urbanisation déplorable, que vous pourrez voir dans l'excellente émission Thalassa en ce moment même, mais de l'absence de valorisation criante d'un espace déjà urbanisé.

 

Nous nous trouvons à Trégunc, commune de 6354 habitants (au dernier recensement), du sud-Finistère, entre Concarneau et Pont-Aven. Peu connue pour son pôle nautique ou maritime, comme peut l'être Concarneau ou Port la-Forêt, la commune possède pour autant un littoral important et de nombreuses associations de voile, de yole ou de surf. Des associations qui cherchent à faire vivre un espace littoral étendu.

 

À la limite avec la commune plus urbaine et donc plus riche de Concarneau se tiennent deux anses jumelles. Par la mer on accède par le même endroit aux anses du Minaouët et de Pouldohan. Ces anses se vident toutes deux à marée basse, comme de nombreux bras de mer bretons. Mais leur aspect protégé en fait des endroits de calme et de tranquillité.

 

Le fait que ces anses se découvrent à marée basse, n'est pas anodin. En effet au contraire d'autres elles n'ont qu'un attrait limité pour la navigation et surtout nul pour la plaisance de passage. Ici ne devraient venir que les locataires de mouillage.

 

Alors bien évidemment ce ne sera jamais Saint Tropez et heureusement d'ailleurs. Mais certaines choses choquent.

 

Tout d'abord le développement et la conservation des deux anses jumelles n'a pas été égal. Alors que le Minaouët profitant il est vrai d'un chantier naval se dotait d'une association forte et d'une gestion efficace de l'espace, Pouldohan se mourrait tout simplement.

 

Aucun travaux d'envergure, aucune valorisation, nettoyage, aménagement n'a été fait depuis des années. Une unique ligne de mouillage en pleine vase à été installée. Et au bout de la route qui accède à cette anse, une salle des associations à été équipée. Nécessaire et un grand chantier elle se doit d'être reconnue. Mais c'est tout quand tant d'autres choses seraient nécessaires.

 

La faute à qui ? Et bien la responsabilité est multiple. Une association des plaisanciers autrefois active n'a pas sût se mouvoir en une force efficace. Quand on sait l'importance du lobbying, de l'action courante, volontaire et continue on ne peut que le déplorer. Même l'annuelle poissonnade qu'elle organisait n'a plus lieu.

Mais du côté de la Mairie on fait aussi la sourde oreille. Préférant oublier ce dossier qui coûterait cher à une commune donc comme toujours les budgets sont serrés. Alors on est heureux que seules quelques personnes isolées râlent dans le vent.

 

Et pourtant il y en aurait des choses à faire et dont le coût financier serait soit minimes, soit surmontable.

 

1- Tout d'abord l'éclairage. La gendarmerie de Pont-Aven, dont la commune fait partie de la circonscription, a été régulièrement appelée pour des faits de vols, dégradations, dégâts mineurs ou majeurs. Mais bien évidemment ils ne peuvent que constater les dégâts et conseiller de saisir les assurances. Les recherches d'éventuels auteurs se sont avérés vaines faute d'éléments tangibles. Dans ce cas pourquoi la mairie n'équipe pas les lieux d'un éclairage digne de ce nom ? Il n'existe qu'un unique lampadaire éclairant faiblement les parkings et coupé à dix ou onze heures du soir. Une inutilité flagrante, lorsque l'on sait que la zone des mouillages est immense et que parce que la mer se retire les bateaux sont des cibles privilégiés pour voler des moteurs hors-bord par exemple.

 

2- L'accès et les abords de la cale. Port-la-Forêt, Concarneau et même Trévignon qui se trouve sur la commune de Trégunc et où là aussi une association forte est présente, se sont dotées de systèmes permettant de limiter les accès aux titulaires de mouillages ou de pontons et à ceux qui payeraient pour accéder. Vous me direz il y a quelques paradoxes à ce qu'un chantre du gratuit pour les services publics, comme moi de militer pour cette fermeture.

Sauf qu'il s'avère que l'été, les jours ensoleillées ce sont pas loin de cent zodiacs par jour voir plus qui passent entre Pouldohan et Pors Breign le port extérieur. Un chiffre important lorsque l'on sait que ce sont les mouillages qui payent la plupart du budget portuaire et qu'ils utilisent allègrement eau et électricité en libre accès. Mais je ne leur en veux pas. On ferait pareil si l'on était dans le même cas. Et la réponse de la mairie ? Mettre en place un système de paiement sans contrôle ni borne et sans information à son sujet. Efficace, très efficace, autant sans doute que les réponses que l'on peut avoir pour le téléchargement illégal.

 

Dans le même temps les accès de mise à l'eau pour les navires posent problème. La cale est et reste une calamité. Pentue, extrêmement pentue elle peut laisser sur le carreau nombre de véhicules qui pourraient l'emprunter. Imaginez tirer un navire de 2 tonnes avec sa remorque sur une pente dépassant les 20% ! Des projets d'aménagement seraient à l'étude, comme le prolongement et l'amélioration d'une seconde cale qui se trouve plus en avant dans l'anse. Mais il semble qu'ils n'existent que dans la tête de certains ou restent perdus dans certaines limbes administratives. Encore des travaux qui ne viendront pas.

 

3- Les aménagements et services. Le service minimum c'est le titre le plus approprié pour cette glorieuse réussite, et encore je suis généreux. Jetées sur le sable comme des baleines échouées par grand temps, les prames ou plates des bateaux occupent une large partie de la place et flottent tranquillement aux grandes marées. En l'absence totale de système de rangement c'est l'anarchie. Et pourtant un large espace clairement inutilisé, voir laisser à l'abandon serait là pour les accueillir, mais que voulez vous on n'a pas tous les mêmes priorités. Alors rares ne sont pas les prames qui ne sont pas équipées de cadenas empruntées voir carrément volées, parfois même par d'autres propriétaires de bateau.

 

Dans le même temps aussi c'est l'hygiène et les services à la personne qui manquent. À une certaine époque des toilettes publiques, en bois avaient été construites. Une sage et bonne décision. Mais très vite après elles furent brûlées. Un acte volontaire et gratuit qui les avait totalement détruites. Malheureusement il s'avère qu'elles étaient bien utiles pour la commodité de ces dames mais aussi pour ces messieurs, commodité simple à faire car le tout à l'égout et l'eau arrivait à proximité. Pourtant depuis la destruction qui a lieu il y a trois ans, on attend toujours en vain leur retour. Et pendant ce temps certains conseillers municipaux dont on citera pas le nom considère qu'il suffit d'utiliser les toilettes des navires. Alors même que des législations européennes demandent de limiter les rejets en mer et surtout à proximité des côtes. Une situation ubuesque pour des latrines, mais les vespasiennes n'ont-elles pas alimenter les débats publics ?

 

4- Le développement du site. Mise à part les toilettes brulées puis jamais reconstruites dont on vous parlait tout à l'heure et une ligne de mouillage dans la vase profonde et au bord du rivage (pratique pour les vols de hors-bord), tout simplement rien depuis dix ans. De vagues projets brumeux semblent ressurgir du néant de temps en temps. Mais peut-être n'est-ce que les espoirs de titulaires las. Si le ménage parmi des titulaires de trois mouillages sur les deux site voir sur un seul a été fait, le reste attend.

 

Et pourtant les solutions existent. Simples et pratiques. Abandonnées par les peintres amateurs, les épaves de bateaux qui ne sont plus que quelques bouts de bois pourraient être dégagées. D'autant qu'à côté un immense terrain vide pourrait les accueillir le temps de les rincer à l'eau douce, de les sécher et les traiter. Étonnamment sur toute cette surface inoccupée une vingtaine pourraient se créer et donc une rentabilité rapide de l'opération grâce à leurs revenus. Mais non on attendra.

 

5- Intéressons nous à présent au noeud du problème. La protection de l'environnement. Tout autour de la cale de Pouldohan une aire de carénage, toujours occupée d'ailleurs, est aménagée. Enfin aménagé est bien grand mot. Il s'agit en réalité de la plage a laquelle on a attribué ce rôle. Une totale contradiction avec le processus de reconquête de l'eau engagée depuis plusieurs années.

 

Tout d'abord la loi sur l'eau du 3 janvier 1992 codifiée à l'article L 212 du Code de l'environnement avait pour objet en France de garantir la gestion équilibrée des ressources en eau. Il cherchait à préserver les écosystèmes aquatiques, les sites et les zones humides et la protection de la qualité de l'eau. Depuis la loi sur l’eau et les milieux aquatiques du 30 décembre 2006 est passée par là. Celle-ci applique en droit française les décisions prises par la directive cadre sur l'eau du 23 octobre 2000.

 

L'idée générale est donc d'éviter les rejets de produits nocifs dans l'eau. Qu'il s'agisse des cours d'eau ou de la mer. Et c'est pour cela que les navires à partir d'une certaine taille se doivent d'être équipé de moyens de récupération des eaux des toilettes, que l'on lutte contre les épandages des agriculteurs ou les dégazages sauvages.

 

Alors pourquoi permet-on à ce que des plaisanciers fassent leur carénage et leur antifouling à même le sable ? Au surplus dans une anse qui n'a que peu de courant et dont la mer se retire à marée basse. Les antifoulings sont reconnus par plusieurs études comme étant un facteur de toxicité et de destruction sur les populations de coquillage et crustacés. Certains de leur composants ont été par ailleurs interdits comme le tributylétain. Mais les effets sur l'homme ne sont pas aussi à nier. Les solvants contiennent régulièrement triméthylbenzène, éthylbenzène, metisylène, propylbenzène. Si l'on conseille d'effecteur cette pose avec un équipement important : vêtements étanches, lunettes, gants, masque à cartouche ; c'est aussi pour lutter contre ces effets allergènes, sur les voies pulmonaires, les muqueuses.

 

Port-la-Forêt encore et toujours a installé quelques sites de carénage équipées de circuits de récupération des eaux et peintures pouvant s'écouler. Une solution couteuse à l'installation mais indispensable et surtout très rentable à la suite. Sur le site de l'ancien centre nautique, juste à côté, il serait possible d'aménager quatre voir cinq sites de carénage, pouvant être payant.

 

La mairie a aussi reçu avec cette loi un arsenal répressif qu'elle n'utilise pas. Le plus étonnant c'est que tout cela se passe en contrebas des locaux qui ont abrités le site de nettoyage des oiseaux durant la catastrophe de l'Erika. Désormais bureau de la SEPNB, Bretagne vivant et lieu de départ de nombreuses excursions de découverte du littoral.



Hio-Tin-Vho
La plume plus forte que l'épée

Pour en savoir plus


• Le site officiel de la mairie
http://www.tregunc.fr

• SEPNB Bretagne Vivante
http://www.bretagne-vivante.org/

• La loi du 4 janvier 1992
http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=EE12F7E2F048C23ED6D4EB305455B8FA.tpdjo01v_2?

• La loi du 30 décembre 2006
http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000649171&dateTexte=

• La page Wikipedia sur les antifouling et leurs effets nocifs
http://fr.wikipedia.org/wiki/Antifouling





L'auteur
Hio-Tin-Vho
Hio-Tin-Vho

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