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n°365 - le 15 février 2008
Rubrique Edition Télévision animée par Mireille

Mr. Hyde a pris le contrôle sur Canal + depuis le 11 février


Fidèle à sa remarquable anglophilie, Canal+ continue d’offrir à ses abonnés le fleuron de la fiction britannique.

Ainsi, depuis le 11 février, la chaîne cryptée propose désormais les six épisodes d’une série récente –diffusée l’été dernier sur BBC1– qui fut sans aucun doute une des grandes réussites de l’année 2007. En effet, Jekyll constitue un véritable récital, enthousiasmant et complet, tant sur la forme que sur le fond, des ingrédients qui font une bonne série. Une recette subtile, malheureusement trop souvent égarée, mais qui fonctionne pleinement en l’espèce.

Nul besoin de rappeler l'histoire du Dr Jekyll et [de] Mr Hyde, notoirement connue, que ce soit par la lecture de la célèbre nouvelle de Robert Louis Stevenson ou dans les multiples déclinaisons cinématographiques. Il s’agit cependant d’une ré-écriture moderne de ce mythe d’horreur fantastique. La tâche a été confiée à une valeur sûre des amateurs de fictions britanniques, Steven Moffat, scénariste polyvalent, notamment créateur de l’hilarant Coupling. Le résultat se révèle à la hauteur du défi qui était posé.

Sur le plan de l'intrigue même, l'histoire se déroulant dans notre présent, les moyens modernes permettent d'explorer de nouvelles voies pour illustrer le fameux dédoublement de personnalité. Les techniques utilisées pour établir la communication entre le docteur Jackman et Hyde occasionnent des monologues savoureux, comme lorsque la « prise de contrôle » a lieu en pleine agression de la part d'un petit truand. Cherchant à canaliser la sauvagerie brutale de son alter ego, le docteur lui impose des procédures de sécurité, pensées jusqu’au moindre détail. Ainsi, chacun est sensé s'enregistrer sur un magnétophone portable, afin d’informer l’autre de la situation lorsqu'il s'éveille. Mais Hyde, adolescent féroce et turbulent, a quelques réticences à se plier aux protocoles. S'ensuivent diverses situations presque cocasses, au cours desquelles Jackman, ignorant où il se trouve, paiera invariablement la note de la chambre d'hôtel une deuxième fois ou ne retrouvera jamais l'emplacement où Hyde aura garé sa voiture. Des petits détails de la vie quotidienne qui, dans un autre contexte, auraient été insignifiants, prennent ainsi une toute autre dimension. La série les exploite pleinement de façon très juste, prenant plaisir à jouer sur la double personnalité mise en scène, distillant un humour noir savoureux, typiquement britannique.

L'effort de modernisation du récit a conduit les scénaristes à inclure une mystérieuse et très puissante organisation, agissant dans l'ombre, qui semble en savoir bien plus sur la condition de Jackman que lui-même. La série se complaît dans les stéréotypes du genre, tout en conservant une certaine distance salutaire dans le ton employé, évitant habilement l'écueil d'un trop grand sérieux qu'il aurait fallu prendre au premier degré.
L'attrait réside d’ailleurs dans cette ambivalence entretenue. En effet, cette organisation est une incarnation parfaite des méchants tels qu'ils sont couramment conçus dans les fictions. Mais, si les scénaristes utilisent des dynamiques a priori classiques, une fois encore, la spécificité réussie de Jekyll impose son originalité. Un décalage réjouissant est cultivé dans la mise en scène du fonctionnement interne de cette compagnie, notamment grâce au portrait de ses employés. Cette touche d'humour noir omniprésente, parfois sarcastique, souvent vaguement absurde, comme l'illustre une scène qui voit l'exposé des conquêtes féminines d’un des patrons, confère une dimension supplémentaire au récit.

Plus généralement, c'est la richesse de l’ensemble qui frappe le téléspectateur. Chaque personnage, même secondaire, parvient à tirer son épingle du jeu, s'imposant grâce à des personnalités tranchées, hautes en couleurs. Seule l'infirmière-assistante (l’éphémère Bionic Woman, Michelle Ryan) de « Jackman et Hyde » se montre trop transparente pour parvenir à marquer les esprits alors que la tension ambiante va crescendo. Les dialogues sont vifs, bien ciselés et convaincants. Le ton de la série alterne entre du pur drama, versant dans l’émotionnel, et un humour à froid qui rend de nombreuses répliques très savoureuses. Les personnages entretiennent cette même ambiguïté. En témoignent les échanges entre Jackman et Hyde, ou encore les répliques inimitables de Mr Syme, incarnation du méchant flegmatique à la sauce anglaise, qui sont un vrai délice.
Le casting se révèle dans l'ensemble plus que convaincant, le tout étant porté par l'excellente interprétation schizophrénique et enthousiaste d’un James Nesbitt (Murphy’s Law) au sommet de son art ; ce qui lui valut d’ailleurs une nomination aux Golden Globes en janvier dernier. Impressionnant de maîtrise, ce dernier parvient à recréer parfaitement la dualité entre Jackman et Hyde.


La force de la série est aussi de parvenir constamment à se ré-inventer. Les rapports entre les personnages ne restent pas figés, évoluant sans cesse. Nous avons également droit à un véritable récital des différentes techniques de construction d'un épisode. Les scénaristes prennent plaisir à s'essayer à toutes les options imaginables, changeant la perspective ou le style de la narration à chaque épisode. Ils n'hésitent pas à utiliser des flashbacks multiples ou à raconter la même histoire d'un point de vue différent (d'abord selon Jackman, puis selon Hyde). La construction scénaristique de Jekyll mériterait à elle-seule une étude spécifique, tant elle apparaît convaincante, utilisée à propos et non à contre-sens. Il est rare de voir des aller-retours temporels s'intégrant avec autant de fluidité dans la narration, sans aucun accroc. Cela donne des épisodes parfaitement homogènes où le téléspectateur n'a aucun mal à suivre le fil. Mais, surtout, il y a la satisfaction de sentir et d'apprécier la recherche manifeste de cohésion entre les différentes scènes et les efforts de construction des scénaristes. Chaque épisode est un produit fini à lui-seul, fiction travaillée tant sur la forme que sur le fond. L'ensemble s'emboîte parfaitement. Pour une fois, nous n’avons pas l'impression de céder à la facilité, ni d'avoir à faire à un montage bancal où les flashbacks rompraient le ton global de l'épisode ou le fil du récit. C'est un vrai plaisir à suivre, mais aussi un résultat convaincant qui est vraiment à saluer.

Certes, tout n'est pas parfait. La chute finale à la fin du sixième épisode, notamment, pourra amener à discussion ; même si l'idée, prenant à contre-courant le téléspectateur, est à mon sens intéressante. Reste que cela ne peut cependant éclipser la vraie réussite d'ensemble. Réjouissante sur le fond, admirablement finalisée sur la forme, c'est une série à découvrir.


lyrys_in_love@yahoo.fr



L'auteur
Amélie Imbert

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3 commentaires :
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Mémorable - Par Tibs le 15 février à 22:18

J'ai vu la série l'automne dernier et j'ai adoré. Je regrette cependant que les épisodes ne soient qu'au nombre de six. Pourtant, il est vrai que chacun d'entre eux est effectivement bien construit et c'est peut-être mieux ainsi finalement ; selon moi, la quantité est rarement synonyme de qualité.
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J'ai bien aimé - Par Mireille le 15 février à 14:05

J'ai bien aimé l'article, même si je n'ai pas vu cette série à la TV.

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