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n°364 - 15 janvier 2008
Rubrique Edition Société animée par Mireille

Prier plus pour gagner plus.


À l'instar de la politique économique actuelle, la question est désormais à l'efficacité partout. Ainsi dans le domaine du croire, l'horizon n'est plus le salut ultime, dans une autre vie, au paradis ou dans une réincarnation ultime. Non on cherche à valoriser sa vie ici bas, en premier lieu.

Nous allons aborder des groupes de croyances et croyants considérés par certains légitimes ou non comme tendancieux ou dangereux ou des institutions paradoxalement considéré dans notre pays laïc comme « Religions reconnues » . Notre propos n'est pas d'en juger la dangerosité réelle ou non mais d'analyser pourquoi c'est vers tel type de mouvement que le domaine du croire que l'on pensait totalement disparu se tournent.


La République laïque s'est forgée sur une réaction au modèle confessionnel des Grandes Religions. En effet la perspective laïque apparaît écartelée entre l'objectif démocratique de garantir la liberté des croyances – pourvu que celles-ci soient contenues dans la sphère privée – et un désir plus ou moins clairement exprimé « d'arracher les consciences à l'influence de représentations jugées radicalement contradictoires avec la raison et l'autonomie. »

Depuis le début l'objectif était de faire que la Religion n'intervienne plus dans la sphère politique (au sens polis vie de la cité) mais aussi de forger une culture, une morale et une éducation totalement séparée du religieux. Les hussards de la République qu'étaient les maîtres d'école au début du siècle « bouffaient autant du cureton » qu'ils cherchaient à effacer les particularismes régionaux et locaux.

A l'inverse la Religion, à l'époque catholique, va être chargée d'institutionnaliser véritablement la croyance privée. Les comportements collectifs sont donc plus normalisés et ainsi l'ordre Public : tranquillité, sécurité, salubrité ; était assuré. Ce fut la même logique qui conduisit l'actuel Président Nicolas Sarkozy et d'autres hommes politiques à créer une institution nationale pour les musulmans Conseil National du Culte Musulman.

Peu à peu les trois grandes (dans le sens du nombre de fidèles) Religions du livre et le bouddhisme bien vite considéré comme approuvé, d'autant que les européens ont un grand attrait pour toutes les philosophies orientales, se sont autocloisonnés dans ce domaine privé. Alors que Rome par exemple était auparavant très enclin à intervenir sur la scène politique, elle va se limiter un rôle moral et de valeur, simple ferment de règles de vie personnelle.

C'était aussi dans l'air du temps, l'air de la rationalisation scientifique au lendemain de la Révolution industrielle, de la croyance non plus en Dieu mais en l'homme comme centre des valeurs. On valorisait alors tout ce qui était connu, vérifié et l'on dénigrait, superstitions, ésotérisme, et Religion.

Mais l'air du temps n'est pas vraiment la réalité et nous le verrons plus en avant.

Paradoxalement alors que les Religions en cherchant à se moderniser souhaitait être plus en accord avec les règles collectives et donc à toucher plus de monde, c'est l'inverse qui va se produire. La lente érosion de leurs fidèles va se vérifier tout le 20ème Siècle, à tel point que l'on croît que la Religion est même morte. Malraux ce serait trompé ?

En fait c'est plus le système confessionnel qui est en perte de vitesse. Danièle Hervieu-Léger, grande sociologue des religions et qui nous a permis de faire ce petit tour d'horizon bien succinct face à son oeuvre, nous en donne quelques explications.

Le système laïc a été forgé sur l'opposition à la religion Catholique ferment de la culture française. Il s'agissait totalement de restreindre l'influence de l'Eglise à la sphère privée. Toute son élaboration était ainsi dirigé vers ce but. Jean-Paul Willaime pourra dire ainsi que la France est « un pays laïc de culture catholique » (« Laïcité et religion en France » in G.Davie et D. Hervieu-Léger, Identités religieuses, en Europe, Paris, La Découverte, 1996, p.153-171) . Cette double régulation va alors profité aux deux. Implicitement la République reconnaît l'entière et unique responsabilité de l'Église à gérer la sphère religieuse et l'oblige à ne pas intervenir ailleurs. Ceci fait que très peu de groupes ou groupuscules religieux vont pouvoir s'implanter en France. Des missionnaires baptistes américains vont ainsi dans les années 70 revenir de France impuissants et incapables de briser cette armature.

Mais cette union que l'on pourrait rapprocher par analogie à une arche n'est solide que si les deux piliers le sont. Ainsi la crise de la laïcité et l'affaissement de la culture catholique vont aller de paire. La culture catholique va se trouver incapable de lutter contre la dérégulation du croire et le développement de nouveaux mouvements. Tout d'abord elle n'est plus l'unique grande Religion du livre a avoir une influence en France. On sait les dramatiques raisons de la faible place de la judéité, mais on sait aussi que par les vagues d'immigration la religion musulmane va cherche, à tort ou à raison ce n'est pas à nous d'en juger, à se faire une place. Par la suite la vague New Age et l'influence du bouddhisme va aller en grandissant. D'autant qu'il s'agit d'une nébuleuse de groupes et lieux de cultes. Certes le bouddhisme tibétain possède un chef spirituel, mais il en demeure pas moins qu'il n'agit pas comme pourrait agir le Pape ou un autre chef Religieux.

Sauf que la France a dû mal à appréhender ce qui n'est pas institutionnalisé, il faut que cela soit rationalisé, avec une hiérarchie, des chefs, des responsables surtout. Tout ceci paraît pour le système laïc beaucoup perméable et fluctuant. C'est sans doute et même sûrement une des raisons de la peur globale envers ces nouveaux mouvements religieux, parfois sans considération de la véritable dangerosité. La peur vient de l'inconnu, de ce que l'on ne comprend pas.

À l'étranger on a du mal à comprendre qu'un tel système puisse exister. La France reconnaît le pluralisme religieux mais que dans ce cadre confessionnel, ceci alors que l'on affirme hautement l'égalité de droit de tout les cultes.


Mais alors pourquoi on croît aujourd'hui ? La chute des grandes religions mais au contraire ce que l'on pouvait penser l'émergence de groupes reconnus ou non dans le domaine du croire laisserait à penser que les français en particulier sont tout encore croyants mais plus du tout sous la même forme.

L'idéal et donc le dogme principal transmis par les Églises, est celui du Salut. L'idée est que la vie sur Terre doit être honnête et toute tournée vers Dieu afin qu'au moment de la mort et donc que dans un autre monde, dans une autre vie, on obtienne le Salut. L'accomplissement des actes de foi du croyant ne se passe donc pas ici. Il peut s'agir d'un paradis, d'une vie autre, ou de tout autre chose mais en tout cas la réponse n'est perceptible qu'après le glas. Votre serviteur a justement une réticence à appréhendé le religieux en raison de son achèvement uniquement par ce moyen. Il est l'un des symboles que cette solution ne répond plus aux attentes actuelles.

Car actuellement que ce soit dans la croyance ou ailleurs la réponse doit venir dans cette vie et pas ailleurs. Cette idée majeur provient de la croyance au paradis par exemple est en fort déclin tandis que même chez ceux qui y croit encore celle de la réincarnation s'affirme. On veut le meilleur ici-bas pour soit même et même dans ce que l'on croît.

Cette logique est clairement le résultat de l'individualisme libéral. On ne peut tolérer que l'on nous impose un dogme à tous, sans distinction et en plus sans preuve. L'attrait qu'ont les petites structures, comme les Églises protestantes, les temples bouddhistes, ou même ce que l'on appelle secte (même si le terme est difficile identifiable) s'explique ainsi.

Le religieux n'est pas du tout en perte de vitesse il s'est émietté, il s'est atomisé. Étant donné qu'il s'agit d'un système de valeurs morales, de règles de vie, l'objectif n'est plus qu'à un moment donné on puisse sauver son âme mais que aujourd'hui on sache différencier, le bien du mal, le meilleur et le pire, le supérieur et l'inférieur. Charles Taylor appelle cela des évaluations fortes (Le malaise dans la modernité, Paris, Cerf, 1999).

Ainsi si les structures, membres et groupes sont de plus en plus fluctuant c'est dû à un « marché spirituel » . Ils ne sont pas rares ceux qui vont rejoindre tel ou tel mouvement par expérience ou essai et puis vont le quitter après quelques temps pour autre chose. Il ne s'agit plus de se rendre à tel endroit pour avoir la foi, mais pour se trouver. Tout repose ainsi sur le mythe de la quête initiatique. Il ne faut pas qu'une Religion nous trouve mais que nous nous trouvons notre croyance. L'idée de tradition ayant une filiation, un support est ainsi amené au second plan. Peut importe en fait l'origine profonde, le tout est que la croyance s'adapte à nous.

Cela provoque un paradoxe essentiel. Alors que les expériences se multiplient, les croyants ont une très faible culture religieuse. Ainsi on pioche on picore plus que l'on étudie, on comprend. C'est l'ère de la consommation religieuse. Si le produit ne plaît on change Les cours de catéchisme se font vides et même si la Bible est toujours le livre le plus vendu, la prise en compte d'une tradition et d'une filiation devient dérisoire. Trop long, trop compliqué, le monde de la réactivité ne s'en préoccupe donc pas. C'est totalement le monde de l'affect et du sentiment. Les croyants vont choisir, selon un critère essentiel, comme ils vont se sentir. Et très souvent c'est un leader, d'autres croyants qui vont provoquer cette harmonie ou non. C'est la principale raison pour laquelle les sectes vont pouvoir agir. Le charisme d'un gourou, l'amitié et la fraternité d'un groupe, passe totalement au-dessus de la pertinence ou de la jeunesse de la croyance.


Mais revenons sur le fonctionnement du croire aujourd'hui en règle générale. Cet état des lieux ne signifie en rien qu'il n'existe pas de personnes qui reste fidèle à une religion et à une tradition. Il s'agit simplement des grandes tendances et non d'un descriptif complet de cette matière. Mais même au sein des grandes Religions, désormais le croyant pratiquant, le fait par choix et non par contrainte. Autrefois on allait à l'église parce que ne pas y aller était très mal vu. La pression sociale, les règles morales, le regard des autres conduisait à y aller même si on ne le souhaitait pas réellement.

Si la croyance et la pratique religieuse quelque soit sa forme n'est là que pour faire que sa vie actuelle change et non l'espoir d'avoir une autre vie meilleure. C'est maintenant que l'on veut le meilleur. Nous pouvons donc voir dans le religieux l'idée continuel de l'amélioration et de la perfection. On cherche à s'améliorer, à se bonifier. Danièle Hervieu-Léger dans La religion en miettes ou la question des sectes énonce que : « La figure d'un Dieu-Amour, proche de l'homme et soucieux de son bonheur ici et maintenant a définitivement relayé – dans les représentations des fidèles chrétiens, mais également dans la prédication, dans la théologie et la catéchèse – la figure sévère du Juge divin, préparant la séparation ultime des élus et des damnés. »

L'impératif moderne d'être soi fait plusieurs courants religieux vont se développer.
Autour de la vague New Age nombreux seront les courants proches des énergies, des flux et du karma (pas au sens originel bouddhique) : colorothérapie, aromathérapie, indianisante,... L'harmonie et le retour à la nature seront par exemple prôné (on y retrouve aussi les mouvements néo-ruraux). Ils valorisent l'idée que des forces telluriques traversent le monde et que ces forces ont des conséquences dans ce monde et ce quelque soit leur origine.
La constellation charismatique au sein de la mouvance chrétienne utilise à foison les miracles alors popularisés comme preuve de la transcendance par l'Esprit saint. Ainsi des expériences de glossolalie, de dons de guérison, de prophétie prolifèrent en particulier aux États-Unis. Les télévangélistes y sont parfois considérés comme des rock stars. Mais de plus en plus les représentants ce ces mouvements s'installent à Europe. L'idée est donc que toute personne qui accepte le Seigneur peut être meilleur. Certes le charismatique catholique s'est progressivement assagi au fil du temps et de son intégration mais il en demeure pas moins en développement. Les témoignages de ces fidèles sont alors de nouvelles preuves et de nouveaux moyens de prosélytismes. D'autant que ces fidèles se présentent souvent comme véritablement meilleur auprès des personnes qui les connaissaient auparavant. Ils se sentent mieux, ils présentent donc mieux.


L'individu pour être mieux doit se sentir mieux mais aussi rechercher l'efficacité de sa spiritualité. Pourquoi vont-ils vers ces mouvements ? Très souvent il s'agit se soigner un problème, de corriger un défaut. Il y a un objectif premier très égoïste qui est l'élément déclencheur de la quête de spiritualité. On revient à l'idée antique des Dieux. Ils ne sont pas seulement des juges et des créateurs mais doivent intervenir pour aider les mortels. On les prie, on les implore, on leur fait des fêtes pour qu'ils nous aident. Cette idée existe depuis le début de la spiritualité et n'a cessé jusqu'à nos jours mais elle est encore plus puissantes aujourd'hui.

Les marins pratiquaient l'ex-voto, les dons, mêmes les cierges peuvent avoir cette valeur symbolique. La puissance de l'offrande a une grande valeur symbolique. On attend plus du Dieu que lui doit attendre de nous. La place de l'individu a changé dans la société et cela se ressent au niveau de son rapport avec la religion. Nous sommes passer d'un Dieu père à un Dieu mère et ce rapport se retrouve dans toutes les institutions : famille, école, État. Il ne faut surtout pas être commandé mais par contre dorloté, câliné oui. C'est l'ère du cocooning, de la bulle, du nid douillet. Le monde extérieur semble si dur, si difficile qu'il faut une protection.


Dans le même temps que ce développe cette considération de Religion-providence un autre phénomène qui sur le papier peut paraître paradoxal mais ne l'est pas le moins du monde.

On assiste en effet à une certaine scientifisation de la croyance. Loin de s'opposer directement à la réalité du monde de nombreuses croyances vont au contraire chercher à s'en rapprocher. En effet l'idée est que le croyant peut vérifier toute la doctrine, les rites au cour de sa vie courante. La croyance doit pouvoir embrasser tout les moments de sa vie. Il s'agit de spiritualiser chaque instant afin qu'il soit pleinement intégré. C'est donc pourquoi ils vont chercher dans la psychologie, la sociologie des cautions ou des moyens de défendre leurs croyances.

Très souvent on fait un parallèle entre la psychologie et les grandes sagesses orientales ou autres, on y voit une continuité.

La recherche de cette caution scientifique ou tout du moins de preuve que la croyance est réelle est particulièrement intense au sujet de l'au-delà. La vérification de l'existence d'une vie après la mort ou d'une autre vie a en effet donné lieu à une foisonnante littérature.

Les récits de EMI (Expérience de Mort Imminente) ou en Anglais NDE (Near Death Experience) sont nombreux. Dans ces derniers livres Bernard Werber, l'auteur de science-fiction populaire va ainsi essayer de comprendre l'au-delà. Les thanathonautes sont l'exemple typique de NDE poussé à l'extrême. Même s'il s'agit de fiction l'idée est là. Néanmoins ce type d'expérience malgré l'intérêt du récit reste peu prouvé par la science et ce mélange science-religion dénote.

Autre phénomène dans ce domaine, soutenu par un autre auteur de roman. Didier Van Cauweleart soutien en effet qu'il est possible de communiquer avec les morts. Là aussi le phénomène n'est pas nouveau. Et si l'on ne retient que la très folklorique séance de spiritisme ou les chamans amérindiens ou les sorciers africains on soutiendrait que les choses n'ont que peu changer. En réalité la différence provient que les défenseurs de cette possibilité cherche à valider le plus scientifiquement possible cette solution. L'idée de la croyance ne leur suffit plus. Il faut aussi que ce qu'il croit soit admis par des scientifiques. Allan Kardec considérer comme le fondateur du spiritisme chercha à l'ériger en « religion scientifique », pour concilier la science et le progrès.

Même si le Pape Pie XII différencie deux phénomènes la transcommunication : écrit, radio, magnétophone ou télévision pour recevoir des « signaux » des morts ; du spiritisme justement. C'était aussi pour soutenir cette dernière. La TCI serait donc selon eux un moyen de prouver une continuité entre le monde des morts et des vivants.

Tout à fait autre chose un mouvement considéré en France comme secte a basé son fonctionnement sur l'idée sur la science pouvait être une Religion : la scientologie. Le nom même évoque cette conciliation paradoxale. L'utilisation continu de ce qu'ils appellent les « électromètres » pour atteindre le statut de « clair », prouve l'utilisation instrumentale de la spiritualité. Danièle Hervieu-Léger appelle cela une mécanique de l'apaisement. Le chemin parcouru par le fidèle serait alors vérifiable sur l'appareil, ce qui prouverait sa force scientifique. Même la justice lorsqu'elle poursuit la Scientologie apporte indirectement un soutien à cette logique en demandant une expertise scientifique de ces machines.


Alors en définitif la spiritualité n'est pas du tout en perte de vitesse mais en constante évolution et redéfinition. C'est peut-être la fin des grands ensembles dogmatiques (même si nous nous gardons de faire cette prévision) mais sûrement pas des phénomènes religieux. Et puis l'homme à parfois besoin de croire pour se sentir mieux en ce bas monde. Reste à espérer que personne n'en profite et cela est plus qu'incertain.


Hio-Tin-Vho
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2 commentaires :
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Dommage le titre ne va pas bien - Par Mireille le 15 janvier à 22:30

Je trouve que le titre n'est pas trop adapté au sujet.

Ou! alors, tu as trop développé et l'on se perd dans les méandres de tes réflexions philosophiques.

En fait on s'attend à entendre parler d'une nouveauté qui consisterait à faire une prière au "VEAU d'OR"...

Dans toute cela j'en conclu que ce sont les chefs de différents cultes qui gagnent plus, pas les nigauds qui adhèrent.
Répondre

  • Confusion - par Hio-Tin-Vho le 19 janvier à 14:36