De l'extrème droite à l'extrème gauche
Et vice et versa
Au cours du vingtième siècle se sera vu affronter trois modèles de société, la démocratie libérale, la démocratie socialiste et la dictature. La chute de l’URSS a vu aussi s’évanouir dans les limbes des espoirs d'antan le modèle socialiste. Peu à peu nombres de pays de l’ancien bloc soviétique se sont alors tournés vers l’Europe et donc la démocratie libérale ou vers les nationalismes autoritaires comme ce fut le cas en Yougoslavie.
Mais alors ce modèle socialiste ne serait donc qu’une façade pour cacher la réalité d’un régime autoritaire à visage humain ? Dans un précédent article nous faisions le rapprochement entre le stalinisme et la religion catholique d’avant la Révolution française. Nous comparions alors des modèles pas si distant que cela.Notre propos n’est pas désormais de caricaturer les acteurs, États et militants du communisme ou stalinisme tel qu’il fut pratiquer en URSS ou encore ailleurs, mais de chercher à comprendre ce qui fait qu’il existe des personnes qui passent d’un groupe à l’autre ou que des unions de circonstances émergent.
Selon certains observateurs ce rapprochement de camps qui paraissent opposés serait apparu lors du traité de non-agression entre l’Allemagne et la Russie en 1939. Le journaliste Thierry Wolton avait d’ailleurs dans son ouvrage « Rouge-Brun » situé là un des points névralgiques de la filiation entre les deux idéologies. D’autres voient la proéminence d’un antisémitisme rouge en long et en travers de l’histoire du socialisme et du communisme.
Nous, loin de rejoindre la théorie du cercle qui va jusqu’à considérer que les extrêmes se rejoignent et que tout les ennemis de la démocratie sont semblables. Nous cherchons à savoir plus les rapports et les points communs entre certains de ces affiliés à ces groupes, afin de mieux cerner ce qui fait leurs différences entre le « nous » et les autres.
D’autant que désormais l’âge d’or des années 90, qui verra une profusion grandissante de transfuges, la chute de l’URSS et l’ascension des ennemis d'antan trotskystes et maoïstes qui calmera le jeu un temps, un certain rapprochement seulement de personnes comme récemment avec Dieudonné et Le Pen, reparraît à nouveau. Alors l’internationale du fascisme et ce fascisme rouge existe-t-il ?
I)Des références communes
Malgré les différences d’apparence il existe certaines références communes entre ce que Fiametta Venner appelle les Nationaux-Radicaux et les mouvements d'extrême-gauche. Parfois même ce sont les courants gauchistes qui inspirent jusqu’à l’armée.
A) Louis Auguste Blanqui et Proudhon de l'extrême-gauche à l'extrême droite ?
L’histoire de la Commune est si vaste qu’elle est désormais partagée par les deux extrêmes.
Louis Auguste Blanqui grand activiste durant la Commune de 1871 sera l’un des symboles d’un socialisme patriotique. Favorable à l’action violente afin de remplacer l’ordre bourgeois préexistant, il considère que la Révolution faite par un petit nombre de personnes et qui établit alors une dictature temporaire suffit à provoquer le socialisme dans l’Etat qui là subit.
Pour Marx l’exemple de la Commune sera celui de l’échec au goût d’inachevé mais aussi l’un des éléments de compréhension du fait que la révolution doit passer par les fourches caudines de la classe messianique, la classe ouvrière. Mais dans le même temps les nationaux radicaux verront là le soulèvement patriotique du peuple contre le système bourgeois et capitaliste issu de la démocratie. L’Empire venant tout juste de tomber. Ainsi, selon eux il est la preuve que le peuple réel, comme dirait les membres de l’Action Française aspire à une dictature issue de la violence.
Certains continuateurs de Blanqui dont les bordiguistes issus de la mouvance créée par Amadeo Bordiga, un des fondateurs du parti communiste italien en 1921, vont ainsi refuser la lutte antifasciste car trop teinté par la démocratie bourgeoise. Faurisson l’un des principaux bordiguistes ira même jusqu’à minimiser voir nier le génocide juif afin de limiter la suprématie que prendra cette lutte au sein de l'extrême-gauche.
Une autre référence partagée par l'extrême-gauche et l'extrême-droite est Pierre Joseph Proudhon. La référence de l’anarchisme est aussi cité par de nombreux Nationaux-Radicaux. Ils considèrent que la suppression de l’Etat qu’il souhaite signifie en grande partie l’établissement de la loi du plus fort et donc d’une société hiérarchisé et naturelle qu’ils réclament très souvent. Nouvelle Résistance et Troisième Voie deux mouvements Nationaux-Radicaux très connus vont ainsi le citer comme référence aux côtés de Peron, Ernst Junger ou Jean Thiriat.
B) L’apport des maoïstes dans l’armée
L’armée aussi va apprendre des maoïstes. Le désastre de l'Indochine pour la France sera tel que certains soldats vont vite s'accaparer les préceptes du petit livre rouge. Ainsi ils vont forger un courant de pensée qui revisitera la guerre. Le soldat n’est plus seulement un pacificateur, il se doit d’être aussi « comme un poisson dans l’eau. » Ces principes seront clairement appliqués durant la guerre d’Algérie : bleus de chauffes, harkis, OS. La guerre se trouve être donc aussi psychologique. L’objectif étant alors d’éviter d’avoir la population pour ennemie ou même mieux pour amie.
Mais l’une des clés pour comprendre les passerelles entre extrême-gauche et extrême-droite reste de se focaliser sur ce qui les unis, leur ennemi commun : le capitalisme apatride.
II)Un ennemi commun le capitalisme apatride
Il n’aura pas manqué au lecteur averti, que ni l'extrême-gauche, ni l'extrême-droite ne porte dans son coeur le capitalisme. C’est le moins que l’on puisse dire. Chancre de toutes les misères du monde, le système capitaliste tel qu’il est en place dans de nombreux Etats à travers le monde doit pour tout deux être aboli. Il annihile l’être humain et le détruit peu à peu en le transformant en une machine. Car le capitalisme n’est pas une idéologie politique mais économique. Elle ne prend guère en compte l’homme dans son fonctionnement.
Pour les Nationaux-Radicaux qui rejoignent là les royalistes de l’Action Française et les catholiques traditionalistes, le fait générateur est ici la Révolution française de 1789. Nous l’avons vu dans un précédent article 1789 est en réalité une Révolution de la bourgeoisie face à la classe dirigeante la Noblesse qui disposait de privilèges sans les risques comme ceux du commerce.
Mais cette chasse au capitalisme ne se limite pas toujours à une dénonciation ou une lutte directe contre tout forme de capitalisme. Il est étonnant de voir que l’on peut faire le parallèle entre ce que l’on définit par exemple très souvent comme la mondialisation, le capitalisme, ou l’impérialisme et une certaine idée du complot. Ainsi il s’agirait d’une entité unique et surtout internationale. C’est donc pourquoi l'extrême-gauche et l'extrême-droite sont favorables aux lois protectionnistes de toute forme, privilégiant ainsi toutes deux l’économie nationale.
Un certain nationalisme qui peut aussi conduire à une certaine xénophobie. Le peuple juif par exemple a souvent été considéré comme directement lié aux milieux financiers voir même assimilé. Un faux très connu fut longtemps diffusé autant par l'extrême-droite et l'extrême-gauche c’est le Protocole des sages de Sion. Créé sous le règne de Alexandre III par l’Okhrana ce document décrivait un prétendu complot juif mondial pour s’emparer du monde. Or, selon Konrad Heiden l’un des premiers biographes d’Hitler, Rosenberg le théoricien raciste du nazisme en aurait eu connaissance en 1917 , à Moscou lorsqu’il était étudiant.
De grands noms de tout les courants d'extrême-gauche dont Marx se sont aussi égarés sur des propos antisémites. Dans la question juive ce dernier écrivait d’ailleurs : « Quel est le fond profane du judaïsme ? Le besoin pratique, l’utilité personnelle. Quel est le culte profane du juif ? Le trafic. » Pour Proudhon le Juif « est un entremetteur toujours frauduleux et parasite qui opère en affaires comme en philosophie, par la fabrication et le maquignonnage. » Pour Bakounine le chantre de l’anarchisme, le « monde juif forme une secte sangsue, un unique parasite dévorant. »
Il existerait même selon certaines personnes un antisémitisme de gauche. Gilles William Goldnadel pose même carrément cette thèse dans son livre « Les Victimocrates. » Sauf que les thèses du très contesté avocat sont aussi sujettes à caution. Remarquons tout de même une proximité de l'extrême-gauche avec une politique plus arabophile que sioniste.
Revenons sur la théorie du complot. Un groupe prouve une nouvelle fois la possible passerelle entre les deux univers. Les larouchistes dirigés par Jacques Cheminade en France et représenté par Solidarité et Progrès concoivent l’idée d’un accapparement des froces par les élites afin de promouvoir leur unique intérêt et donc par la même assurer leur suprématie sur les classes laborieuses. Aux Etats-Unis selon certains observateurs Lyndon Larouche aurait choisi de passer de l’extrème-gauche à un anti-communisme grandissant quitte à passer pour un leader de l’extrème-droite. Il sera même en contact avec des proches de Reagan lors de ses années au pouvoir et selon lui il serait l’un des instigateurs du projet Guerre des Étoiles. Paradoxalement Solidarité et Progrès va en France soutenir la candidature de Ségolène Royal. Mais ce n’est pas si paradoxal que cela en a l’air. Un tract collé dans la rue signalait en effet que le mouvement refusait la proximité avec les milieux d’affaires et les réseaux d’argent du candidat Sarkozy. On peut ainsi supposer qu’il est fort probable que l’origine étrangère de Sarkozy ne soit pas étrangère dans le poids qu’à poser ce choix dans la balance.
Ainsi le capitalisme est tellement l’ennemi qu’il peut parfois pousser certains à accepter des alliances sulfureuses. Dans son ouvrage Thierry Wolton qui centre la question sur la collusion entre communistes et nazis avant l’arrivée au pouvoir d’Hitler rappelle que « l’anticapitalisme est le premier lien qui unit les ultra-nationalistes et les communistes. » Ce lien se poursuit aussi parce que des deux côtés on attend le grand jour. Le grand jour où son propre camp prendra les rênes du commandement de l’Etat ou de ce qu’il en restera. Mais cette espoir ne vient pas des urnes bourgeoises inféodées à la social-démocratie. Non tous rêvent de la Révolution.
III) Le même objectif l’accession par la révolution
Il est étonnant de remarquer que celui que l’on prend parfois et à tort comme l’unique représentant de la Droite Radicale Jean-Marie Le Pen à lui même qualifié les Nationaux-révolutionnaires de « gauchistes de droite » . C’était alors l’époque ou le Front National cherchait une légitimité et chassait au passage les Nationaux-Radicaux de ses rangs.
La Révolution est dans toutes les têtes. Celle de gauche comme celle de droite. Bien évidemment ce n’est pas tout à fait la même. Mais elle veut toujours faire tomber le même système, le capitalisme et son allié fidèle la social-démocratie. D’un côté ils rêvent du retour d’Octobre 1917 de l’autre de la réussite enfin d’un Putsch comme en Bavière.
Pour cela les deux organisations font preuve d’un étonnant parallélisme. Toutes deux se revendiquent du peuple et use pour cela d’un grand populisme. Mais dans le même temps elle s’avèrent aussi recentrée sur elle même. Refusant les compromissions et enclines aux scissions plutôt que d’accepter les dissidences elles ne représentent que des poignées de personnes. Des centaines de militants tout au plus qui parfois ne font que passer. Très souvent même leurs actions ne sont là que pour eux-mêmes, pour favoriser l’esprit de groupe, l’esprit de corps. On rejoint là la théorie de Blanqui sur la Révolution.
Cette accession par la Révolution fait que les deux courants de pensées Nationaux-Révolutionnaires et Trotskystes par exemple rejoignent souvent les régionalistes ou même nationalistes locaux. En effet ils considèrent que cette Révolution apportera une différencialisation respectueuses des identités. On voit poindre en Corse un certain racisme à l’égard des étrangers au delà des continents et l’Adsav en Bretagne par exemple se revendique ouvertement d'extrême-droite.
C’est ainsi la révolte du peuple qui apporte la Révolution. La grande différence entre l'extrême-gauche et l'extrême-droite tient plus à une différenciation, hiérarchisation fondée sur la nature des choses, alors que les courants d'extrême-gauche se focalise sur l’action des personnes.
Précisons en annexe que lorsque l’on sait l’importance des symboles dans le cadre de ces mouvements et le regard qu’ils ont très souvent portés vers l’entre nous on ne s’étonnera pas outre mesure que l'extrême gauche comme l'extrême droite réutilise les mêmes couleurs le Rouge et Le Noir.
IV) La clé de voûte du lien : le national-socialisme ?
Les passages d’un « camp » à l’autre se font régulièrement par deux groupes. Les Nationaux-radicaux dont nous avons parler et les maoïstes.
Les Nationaux-socialistes dans le cadre de la mouvance national-radicales sont très souvent nostalgiques du nazisme. Ils portent cette référence où le peuple se serait uni à l’armée, à l’autorité : « Hein Reich, Hein Wolf, Hein Führer » . Ils s’attachent aussi à un certain culte païen refusant par là les religions traditionelles mais rejoignant une vision naturelle de la religion. Ce rapport de force avec la religion catholique s’explique aussi très bien par la parenté entre le catholicisme et la religion juive. Le parti nazi lui même la qualifiait de philosophie judéo-chrétienne. Le seul culte dans le Führer emportait tout les autres.
Mais ce parti totalitaire et meurtrier ne représentait pas au départ les élites. Au contraire le mouvement à son origine représentait des ouvriers, des paysans, des petit-bourgeois, des laissés-pour-compte par la grosse machine du capitalisme. De plus la doctrine ne se gènait pour dénoncer l’oppression que subissait les petits par les gros. Lorsqu’il élabore son programme en 1920 le NSDAP relevait d’un marquage à gauche. Ainsi l’article 11 exigeait la fin de la dépendance du capital et l’établissement d’un revenu comme seul fruit du travail ; l’article 13 prévoyait la nationalisation des grands trusts ; l’article 14 pronaît une participation des ouvriers aux profits de leur entreprise; l’article 15 envisageait la mise en place d’un système de retraite généreux. Tout ces revendications figuraient également dans le programme des socialistes de l’époque. Si Hitler n’a pas été fidèle à sa parole auprès de sa clientèle initiale, le Führer n’a pas été pour autant l’homme du grand capital, comme les communistes l’ont prétendu.
À la recherche d’un retour de l’autorité et parfois guidés par une idéologie racialisante de la société certains représentants de l'extrême-gauche ont été guidés par la mouvance national-radical. Inversement de nombreux nationaux-socialistes qui se sont rangés des voitures ont fait le chemin inverse. C’est aussi ce qui s’est passé dans une autre mesure au cours de l’émergence du Front National où nombreux sont les déçus du parti communiste ou socialistes qui en ont rejoint les rangs. Ce sont principalement des électeurs et des sympathisants mais ce parti d'extrême-droite à donc aussi chassé sur les terres des partis des classes populaires.
C’est souvent un refus de la bureaucratie, un ras-le-bol face aux impôts et aux charges sociales, une volonté traduit très souvent par les médias par un vote sanction qui conduit à ce cheminement. À une autre époque une autre catégorie politique pourra conduire à ce lien.
Alors nous le répéterons jamais assez. Notre objectif n’est pas de directement assimilé les partis d'extrême-gauche et d'extrême-droite, que ce soit en France ou ailleurs. Nous ne faisons qu’analyser les familiarités qui ont conduit et conduiront certaines personnes ou des groupes entiers à passer d’un courant à l’autre, des courants qui semblent pourtant des frères ennemis.
Ne tirons pas sur une ambulance. Le maoïsme n’est plus. La croyance dans le grand timonier ne représente plus ce qu’à été en France la Gauche Prolétarienne ou d’autres mouvements. Néanmoins la personnalité du dirigeant chinois a permis certains truchements.
Le maoïsme est une idéologie totalitaire. Comme le soviétisme, la nazisme. Hannah Arendt dont l’étude sur les totalitarismes est encore aujourd’hui la référence en la matière, considérait qu’au contraire de la démocratie qui est un système d’élite, le totalitarisme est un système de masse. L’homme apparaît au lendemain de la première guerre mondiale atomisé, désocialisé. C’est dans ce terreau individualiste que peut croître un mouvement totalitaire, qui va alors recréer les connexions entre les individus afin qu’ils soient à son service. Au milieu des années 50 C. Freidrich et Z. Brzezinski dégagent six critères pour caractériser les régimes totalitaires :
1.Une idéologie élaborée qui embrasse tout les aspects vitaux de l’existence humaine
2.Un parti unique de masse dirigé par un seul homme « le dictateur »
3.Un système de terreur physique et psychologique.
4.Un monopole presque complet des moyens de communication de masse.
5.Un monopole de tout les instruments de lutte armée.
6.Enfin un contrôle centralisé et la direction de toute l’économie.
Nous voyons donc ici que tout les critères correspondent à la fois à l’idéologie maoïste, soviétique et nazie. Les purges systématiques qui auront lieu dans le mouvement la Gauche Prolétarienne qui conduiront à son anéantissement à force en sont la preuve. Au sujet des personnalités, un seul exemple. Claudio Orsi était un ancien thiriatiste, un membre fondateur et un dirigeant national de Giovane Europa en Italie. Plus tard il passera au maoïsme. Tout comme d’ailleurs dans son sillage Pino Balzano.
Dans le même temps l’opticien bruxellois Jean Thiriat qui avait fondé Jeune Europe va soutenir les luttes du peuple vietnamien qui étaient pour la plupart financés par la Chine maoïste. Enfin Stockeley Carmichael le leader des célèbres Panthères Noires va aussi être un des contributeurs du journal de Jeune Europe, la Nation Européenne.
Alors au jour où nous parlons de rapprochement entre un antisionisme arabophile et la droite radicale traditionelle comme le Front National, il est bon de s’interroger sur un passé riche en rapports entre une certaine part de l'extrême-gauche et une certaine part de l'extrême-droite. Car même si le parti Front National en lui même paraît pour beaucoup au plus mal il n’est pas anodin de penser qu’il suffirait de peu pour tout embraser. C’est aussi là une des missions qui pourraient être dévolue au nouveau Président de la République fraîchement élu.
Hio-Tin-Vho
La plume plus forte que l'épée
|
|
|


