Sartoris (William FAULKNER : 1897-1962)
La littérature américaine : Nobel 1
Ils sont trois à avoir eu le Prix Nobel. FAULKNER, HEMINGWAY, STEINBECK. Nous leur avons déjà consacré à chacun, cinq articles dans le numéro qui leur était réservé. Pour avoir un meilleur aperçu de leur oeuvre, nous vous en proposons d’autres qui concluront la série sur la littérature américaine.
Prix Nobel en 1949, William Faulkner impose des personnages compacts qui marqueront son public. Dans plusieurs romans, il essaie d’innover un style : « Tandis que j’agonise » fait parler les héros à tour de rôle, « Le bruit et la fureur » ne respecte pas la chronologie.De tels procédés peuvent rebuter le lecteur de romans dits « faciles », mais il existe des livres qu’on oublie vite, et d’autres dont on se souvient toujours. Ceux de FAULKNER appartiennent à cette catégorie.
Sartoris grand-père est colonel, c’est celui que nous a présenté Faulkner dans « L’invaincu ».
Son fils capitaine Bayard est le même que le narrateur de « L’invaincu ».
Les deux hommes apparaissent dans la suite de la saga des Sartoris, mais ils ont évidemment vieilli.
En revanche, le second John et le second Bayard ont grandi. John trouvera la mort au combat le 5 juillet 1918. Cette expression prend tout son sens si on considère que comme bien d’autres, dont Faulkner, il s’engagera dans la R. A. F avant la déclaration de guerre. Mais pouvait-il en être autrement d’un descendant des Sartoris ?
Il reste donc Bayard, le second, petit-fils du premier et frère du précédent. Celui-ci est un passionné d’automobiles et de vitesse. Pour surveiller ses excès, son père se joindra à lui, mais ils tomberont dans un cours d’eau.
Deux noirs les sortiront de là, mais si Bayard s’en tire avec des côtes brisées, son passager périra comme l’avaient annoncé sa fille et sa belle-fille.
Les noirs ne seront pas récompensés. Leur attitude témoigne du climat qui règne à l’époque dans le Sud. C’est un jeune homme qui veut sauver les blancs, mais son père s’y opposera parce qu’il craint l’explosion d’un moteur qui tourne encore, mais surtout la réaction des blancs.
Plus tard, ce sera un autre noir qui donnera asile à Bayard Sartoris alors perdu dans une froide nuit de Noël. Non content de gâcher l’unique jour de repos de cette famille, il exigera qu’on l’amène directement à la gare afin de regagner la civilisation des blancs.
Ici, on peut se demander qui de Faulkner ou de Sartoris, est le plus raciste. Sartoris est en détresse. Il ne peut donc pas faire le difficile, et la couverture que lui offre son hôte, ne peut donc pas sentir le nègre. En outre, Sartoris est bien plus préoccupé pour reconnaître si ses membres ne sont pas gelés, s’il sent sa propre peau, si ces bras et ses jambes lui obéissent, et il nous paraît peu plausible qu’il soit en position de faire le difficile.
Ces noirs qui environnent tout le récit, sont jovials. On reconnaît parfois ceux que décrit Wright, mais ils paraissent un peu puérils si on s’en tient à la description de ce même auteur.
Finalement, la vitesse a raison de Bayard. Il laissera un enfant, comme si William Faulkner n’avait pas voulu en rester là.
Plusieurs femmes figurent dans le roman, elles sont souvent les juges des Sartoris.
La plus intéressante est sans doute Narcy (Narcissa). Les sentiments qu’elle éprouve pour Bayard sont assez complexes. Elle semble le détester tout en l’aimant. C’est cette même Narcy d’ailleurs, qui lui fera la lecture pendant sa convalescence. Et c’est toujours à elle que son frère demandera ce que Bayard lui a fait ou ne lui a pas fait.
Ici, on peut dire que Faulkner a gagné puisqu’il décrit quelqu’un qui ne sait pas exactement où il en est.
Jenny est également un personnage Faulknérien. Elle est courtoise, mais ses réactions sont parfois imprévisibles : elle prévoit d’être quarante jours malade, elle met à jour l’amour qu’ignore Narcy. Faulkner a voulu en faire une créature des Sartoris, le lecteur jugera s’il a réussi.
Un livre à lire après L’invaincu pour avoir une meilleure chronologie de la saga des Sartoris.
René MORIN
Illustration : Le sorcier de MAGRITTE
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