Lumière d’août (William FAULKNER : 1897-1962)
La littérature américaine : Nobel 1
Ils sont trois à avoir eu le Prix Nobel. FAULKNER, HEMINGWAY, STEINBECK. Nous leur avons déjà consacré à chacun, cinq articles dans le numéro qui leur était réservé. Pour avoir un meilleur aperçu de leur oeuvre, nous vous en proposons d’autres qui concluront la série sur la littérature américaine.
Prix Nobel en 1949, William Faulkner impose des personnages compacts qui marqueront son public. Dans plusieurs romans, il essaie d’innover un style : « Tandis que j’agonise » fait parler les héros à tour de rôle, « Le bruit et la fureur » ne respecte pas la chronologie.De tels procédés peuvent rebuter le lecteur de romans dits « faciles », mais il existe des livres qu’on oublie vite, et d’autres dont on se souvient toujours. Ceux de FAULKNER appartiennent à cette dernière catégorie.
Dans le premier chapitre de « Lumière d’août », on fait connaissance avec Lena, une jeune fille qui attend un enfant. Elle vient de son Alabama natal pour se rendre dans le Mississipi. Plus précisément dans le comté de Jefferson, si cher à Faulkner.
Au 21ème et dernier chapitre, elle repart avec un homme et son enfant qui vient de naître. L’histoire pourrait s’achever ainsi, une histoire idyllique où le père finit par accepter ses responsabilités. Mais voilà, celui qui l’accompagnera sur le chemin du « retour », n’est ni le père, ni le mari.
Si le roman se résumait à ces deux chapitres, il ferait 50 pages, mais il y en a 19 autres, et ils commencent dans un scierie où on découvre deux acolytes : Joe Christmas et Joe Brown, le père de cet enfant, ainsi que le contremaître : Byron.
Les deux Joe se sont associés dans des affaires véreuses. Christmas fabrique du whisky, et vit chez une femme âgée, au regard de Faulkner. C’est chez elle que se passera le gros des activités illicites, mais c’est aussi elle qui sera tuée par Joe Christmas.
L’assassin est trahi par son complice, et il s’ensuit alors une grandiose chasse à l’homme. Cette traque est le moment fort du roman, et Faulkner analyse les antécédents du coupable.
Sa vie commence dans un foyer où il surprend la diététicienne au moment où elle fait une faveur buccale à un homme. A cinq ans, le jeune Christmas ne comprend pas pourquoi la « fautive » se sent obligée de lui donner un dollar. Il ne sait rien des pratiques sexuelles et se sent aussi coupable qu’elle.
C’est alors qu’il devient gênant. Une famille d’accueil acceptera de l’élever, mais le père est trop strict dans les affaires de religions. Ce n’est pas la première fois que Faulkner critique le puritanisme à outrance, et il n’est pas le seul si on pense à « Carrie », l’héroïne malheureuse de Stephen King. Toujours est-il qu’après des années d’humiliation, Christmas va se révolter et tuer son père.
C’est alors qu’il trouve un emploi stable, dans cette scierie à Jefferson où il rencontre Joe Brown.
Mais il a un terrible secret. Du sang noir coule dans ses veines. Si personne ne l’avait su, le meurtre de la négrophile de 41 ans aurait été un moindre mal, et les recherches n’auraient sans doute pas été aussi pointues. Mais un noir qui tue une blanche, c’est un double crime.
Dans cette traque, Faulkner nous montre un homme livré à lui-même. Contre les chiens, contre les hommes, il n’oppose que son intelligence et son instinct de conservation. Ce n’est qu’au moment où il parvient à prendre de la distance qu’il va se livrer aux habitants d’une ville voisine.
Suicide prémédité ? Sans doute, car rien n’indique dans l’attitude de Christmas qu’il cherche à s’échapper. Renié par les blancs, renié par les noirs, il n’est qu’un rameau égaré sur l’arbre de la création, un arbre qu’il faut élaguer. C’est comme si la nature elle-même avait décidé que cet homme devait mourir.
Le fruit issu de ce rameau est d’ailleurs pourri. On ne verra jamais Christmas faire un acte politiquement correct.
« Lumière d’août » est une excellente approche des derniers retranchements de l’homme ? Par certains aspects, ce roman se rapproche du Transfuge de Wright. Mais ici, le héros n’est ni blanc ni noir, c’est un bâtard de la création.
Mais Faulkner nous pose une question judicieuse. Dans un monde où les noirs et les blancs sont strictement séparés, quelle est la place des métis ?
La réponse est terrible si on sait que Christmas a été abandonné le jour de Noël, d’où son nom.
René MORIN
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