L’invaincu (William FAULKNER : 1897-1962)
La littérature américaine : Nobel 1
Ils sont trois à avoir eu le Prix Nobel. FAULKNER, HEMINGWAY, STEINBECK. Nous leur avons déjà consacré à chacun, cinq articles dans le numéro qui leur était réservé. Pour avoir un meilleur aperçu de leur oeuvre, nous vous en proposons d’autres qui concluront la série sur la littérature américaine.
Prix Nobel en 1949, William Faulkner impose des personnages compacts qui marqueront son public. Dans plusieurs romans, il essaie d’innover un style : « Tandis que j’agonise » fait parler les héros à tour de rôle, « Le bruit et la fureur » ne respecte pas la chronologie.De tels procédés peuvent rebuter le lecteur de romans dits « faciles », mais il existe des livres qu’on oublie vite, et d’autres dont on se souvient toujours. Ceux de FAULKNER appartiennent à cette dernière catégorie.
« L’invaincu » est le premier volet de « Sartoris ». Le narrateur est le vieux Bayard Sartoris du roman cité, il est donc le fils du colonel John Sartoris (1823-1876) que nous retrouvons pendant la Guerre de Sécession. L’homme a alors plus une réputation de voleur de chevaux que de génie militaire...
Une réplique de son fils résume assez le cynisme de ses troupes :
« Nous l’ (le cheval) avons emprunté, dis-je.
- A qui ? demanda mon père (le colonel).
- On ne sait pas, répondit Ringo au bout d’un instant. L’homme n’était pas là. »
Le colonel n’est pas dépourvu de cet humour douteux qu’on pourrait illustrer par un autre exemple.
Après la guerre, il se fera élire maire, en rédigeant lui-même les bulletins de vote qui seront tous des « Non » à son rival.
« L’invaincu est donc bien le prologue de « Sartoris » et il constitue le premier volet de la saga de cette famille.
Outre John Sartoris, nous ferons connaissance avec son fils, Bayard (Premier du nom) et ses complices.
Ringo est son frère de lait. Mais c’est un noir, et la barrière des races les séparera plus tard. C’est quelqu’un qui aime rire et qui animera les deux premiers tiers du roman.
Granny est une femme intrépide. Elle aime le risque, la guerre, l’aventure et dissimulera son identité. Voleuse, mais pieuse, elle demandera pardon à Dieu, chaque fois qu’elle fera une entorse aux Dix Commandements.
Ad Snopes sera plutôt un receleur. Il est beaucoup moins intelligent que Bayard, Granny ou Ringo, mais il semble que dans beaucoup d’oeuvres de Faulkner, un tel personnage soit indispensable.
Avec ses complices, Bayard, organisera tout un système de détournement de chevaux qu’il revendra à l’ennemi.
L’affaire est si prospère que, lorsqu’à la fin de la guerre, un lieutenant leur demandera combien de fois les fédéraux auront-ils acheté les mêmes chevaux, Granny répondra qu’elle ne sait pas...
La subdivision du roman en sept chapitres assez indépendants les uns des autres, permet également à Faulkner de graduer la mentalité de Bayard. Au début, c’est encore un enfant qui se contente de suivre l’exemple de son père. Il a un frère de lait, Ringo, qui n’a pas la même couleur de peau. Ce sont deux joyeux compagnons toujours à l’affût d’un mauvais coup.
Cependant, il n’aura pas besoin de ses amis pour devenir un vrai Sartoris. C’est-à-dire un être sans scrupule, cynique et peu recommandable. Évidemment, il n’atteindra pas l’envergure du colonel, mais on sent qu’il en est le digne rejeton.
Parmi ses amours, on peut noter la femme de son père qui lui fait des avances, car toute moralité est à exclure dans cette famille. Autour des Sartoris et dans l’ambiance d’une fin de guerre, les meurtres sont fréquents. On pourra bien sûr expliquer que c’est la volonté de l’auteur, mais Bayard est le contemporain de Jesse James, de Billy le Kid, les symboles d’une violence qui incarne une révolte civile après la guerre ouverte.
C’est également à la même époque que le Sud cherche des boucs émissaires de sa défaite. Ce sera bien sûr les noirs qui n’auront pas rien gagné de la victoire des fédérés.
Warren nous montre qu’ils ont été aussi méprisés dans l’armée nordiste que dans celle des confédérés (La grande forêt). Wright (Black boy, etc.) nous montre à quel point l’égalité est un leurre dans le Sud, il nous décrit également le Ku Klux Klan. De fait, le noir affranchi est plus pauvre que l’esclave. Il en est réduit à la mendicité, mais c’est une autre histoire.
« L’invaincu » qui nous montre également l’origine de la fortune des Sartoris, est un texte intéressant. L’histoire d’une famille comparable aux Ewing de Dallas, mais d’une meilleure facture.
Avis aux amateurs !
René MORIN
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