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L'Echo du Village - Accueil n°354 - 15 Mars 2007
Rubrique littérature animée par aucun responsable. Postulez !


Huit hommes (Richard WRIGHT : 1908-1960)
La littérature américaine : 39/39

Isaac ASIMOV, Edgar R. BURROUGHS, William S. BURROUGHS, James M. CAIN, Truman CAPOTE, CHANDLER, Philip K. DICK, DOS PASSOS, FANTE, FAULKNER, FITZGERALD, HAMMETT, HEMINGWAY, HIGGINGS CLARK, William HJORSTBERG, Henry JAMES, Jack KEROUAC, Stephen KING, Norman MAILER, MATHESON, Horace McCOY, Henry MILLER, Philip ROTH, Gertrude STEIN, STEINBECK, Tom WOLFE, Richard WRIGHT, etc. Ils sont tous les dignes successeurs d’Edgar POE et contribuent au rayonnement et à la diversité de la culture américaine.

Richard WRIGHT est un auteur noir. Toute son oeuvre est un témoignage que l’on pourrait étendre aux minorités... Etre juif, être noir, être gitan, etc., c’est tout cela que nous décrit WRIGHT... Romans ou nouvelles, il y a toujours un vécu à l’origine. « Black boy », le plus connu de ses romans a un titre assez significatif de cet état d’être.

« Huit hommes » est un recueil de huit nouvelles. Toutes expriment la perception du blanc par un noir. Mais le talent de WRIGHT est multiple car il sait, lorsqu’il le juge bon, utiliser la dérision, quitte à rendre des situations assez cocasses.

« L’homme qui était presque un homme »
Comme tous ceux qui ont dix-sept ans, Dave se sent « homme ». Pour cette raison, qu’il envisage d’acheter un revolver, seule chose capable d’inspirer le respect.

Conscient que les brimades vont se terminer, Dave a envie de manipuler son nouveau jouet. Pour pouvoir s’entraîner, il arrive plus tôt chez son patron, le fermier Hawkins qui est évidemment un blanc. L’affaire s’annonce sous les meilleurs auspices puisque ce dernier l’envoie travailler assez loin... Le premier essai de Dave tue la mule du patron...

Le jeune homme avait oublié qu’une arme à feu pouvait tuer...
Condamné à rembourser cette mule, il devra travailler gratuitement pendant deux ans pour son patron.

Une histoire divertissante comme on le voit, mais qui met également l’accent sur cette banalisation des armes à feu aux Etats-Unis.

« L’homme qui vivait sous terre » (Egalement disponible en folio € 2,00)
Traqué dans le noir, un noir essaie d’échapper aux blancs. Ici, c’est une excellente étude psychologique que nous propose WRIGHT. En outre, il ne nous présente pas l’endroit où s’est réfugié son héros. Il nous faudra légèrement attendre avant de savoir que c’est un égout.

Si la fin est beaucoup plus lâche, cette nouvelle a des relents de Stephen KING qui est, rappelons-le, beaucoup plus jeune que WRIGHT.

« Un grand brave homme noir »
Plus que une histoire, c’est un face à face entre un Danois : Olaf, et un géant noir. Le blanc est réceptionniste dans un hôtel et, il nous faut insister sur ce point, non raciste.

Le géant est assez laconique et autoritaire. Il en résultera un malentendu, des relations ambiguës dès sa première apparition, et surtout une peur irrationnelle d’Olaf.

Ici, WRIGHT montre du doigt une des causes du racisme : la méconnaissance de l’autre. Il semble même indulgent puisqu’il essaie de comprendre la peur de l’inconnu.

Le géant noir est trop noir, il est trop grand, il est trop fort. En deux mots, il sort de la norme.

« L’homme qui a vu l’inondation »
Cette nouvelle se détache des autres puisque l’infortune ne vient pas du fait que l’homme est noir, mais c’est tout simplement un cas de force majeure.

Il faut souligner également le fait que WRIGHT n’a jamais prétendu faire un recueil sur la condition noire, mais sur le portrait de huit hommes. Tous noirs, il est vrai.

« Homme à tout faire »
Carl est le héros de ce gag. Il a une femme et un enfant à nourrir, deux traites de sa maison à honorer, mais comment faire lorsque l’épouse est malade, et que lui est au chômage...

Voici Carl qui se transforme en chevalier d’Eon pour pouvoir répondre à l’annonce des Owens qui recherchent une bonne.

Malheureusement, c’est compter sans monsieur Owens, un coureur de jupon... Et lorsque madame Owens rentre, c’est la catastrophe. Carl, toujours déguisé en femme, aura beau tenter de s’expliquer, elle lui tirera dessus...

C’est le drame. On apprend l’horrible vérité. Si Carl est entré illégalement chez les Owens, il est également victime. Il faut trouver un arrangement...
Mais tout est mal, qui finit bien.
Une histoire où WRIGHT déploie tout son talent d’humoriste.

« L’homme qui croyait que Dieu n’est pas comme ça »
Elsie et John sont en voyage en Afrique. Ils y cherchent l’imprévu qu’ils trouveront en pleine forêt vierge. Leur voiture renverse Babou...
Celui-ci est si affectueux que, malgré ses étranges coutumes païennes, ses nouveaux patrons l’amènent à Paris.

Babou est peut-être païen, mais il se rappelle de certaines leçons de catéchisme.... Dieu est blanc, il a créé Paris, etc. Il se souvient aussi que Jésus est revenu sur terre après trois jours, et lorsqu’il tuera son bienfaiteur, il s’étonnera que le Dieu blanc ne ressuscite pas.

Chrétien convaincu, Babou ne mentira pas. Il se livrera à la police, mais qui croirait une histoire aussi absurde ? On préfèrera croire à un crime passionnel...

A travers une nouvelle qui témoigne d’une réelle tolérance quant aux croyances d’autrui, WRIGHT venge tous les petits Babou qui ont vécu et que les missionnaires ou la société occidentale ont exterminés.

Une histoire désopilante où la logique des êtres arriérés l’emporte sur notre civilisation trop complexe.

« L’homme qui tua une ombre »
Les ombres, ce sont des êtres immatériels qui nous entourent qui ne ressentent rien. Pour un noir, elles ont logiquement la peau blanche...

Elles sont tellement distantes, qu’on pourrait croire qu’il est possible de vivre avec... Malheureusement, si on les égorge, elles saignent...
WRIGHT nous présente avec force, le quotidien pathétique d’un noir tel qu’il le perçoit.

« L’homme qui alla à Chicago »
Encore une histoire sur la perception de la société blanche par un noir, mais ici WRIGHT va plus loin, il essaie de comprendre pourquoi les peuples ou les religions ne peuvent se mêler.

« Huit hommes » est donc un recueil à plusieurs facettes. Mais c’est aussi un réquisitoire. Dire que WRIGHT défend les noirs est exact, mais il ne les idéalise pas. Pour lui, ils ne sont pas meilleurs que les blancs, ils leur sont égaux.

De cette égalité de l’être, il revendique une réelle égalité. Si la théorie reconnaît l’égalité des hommes, la pratique est bien différente, et c’est là qu’intervient notre auteur. Egalité des races, égalité des religions, égalité des sexes, égalité des âges, WRIGHT et les autres pionniers demandent simplement à l’homme de respecter son image.

René MORIN

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