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Du carnivorisme à l'anthropophagie du tiers monde par les riches
Trop de personnes ignorent encore, ou ne veulent pas savoir, que manger de la viande contribue à maintenir une situation alimentaire injuste au niveau mondial.
A l’heure actuelle, 800 millions de personnes à travers le monde (550 millions en Asie pour 170 millions en Afrique subsaharienne) souffrent de malnutrition, et 30 millions meurent de faim chaque année. D’après les chiffres publiés par l’Unicef, 7 millions d’enfants meurent chaque année des suites de la malnutrition, ce qui représente 55% des décès d’enfants de moins de 5 ans. Beaucoup d’autres enfants (on les estime aujourd’hui à ½ milliard) ne peuvent mener une vie normale en raison des graves handicaps physiques et mentaux qu’elle provoque. En dépit des actions menées pour remédier à cette situation, l’Unicef constate que le nombre d’enfants sous-nutrits est en croissance constante.
Les problèmes politiques sont souvent pointés du doigt par les Occidentaux, qui y voient la cause première de la pauvreté et de la malnutrition. Certes, les famines sont devenues aujourd’hui une arme de prédilection dans certains conflits, qu’il s’agisse de provoquer la compassion internationale pour ensuite détourner les aides alimentaires au profit des groupes armés (par exemple, en Angola, au Libéria ou en Sierra Leone), ou de faire lever un embargo (par exemple, en Irak avant la guerre). Mais cette « stratégie de la faim » ne peut être menée par les dirigeants que parce que la malnutrition endémique dans ces pays en fait un terrain favorable.
On entend souvent dire aussi que la densité de population génère la malnutrition. Mais en réalité, cela ne se vérifie pas, car les pays les plus peuplés, comme Java, ne sont pas ceux où l’on souffre le plus de la faim. En effet, ce qui importe n’est pas le nombre de personnes, mais la manière dont on gère le milieu dans lequel elles vivent.
Les denrées alimentaires produites actuellement ne manquent pas, elles n’ont jamais été aussi abondantes. La seule production céréalière pourrait nourrir chaque habitant de la planète en lui apportant 3000 calories par jour. Mais il ne suffit pas de produire des aliments, il faut que ceux-ci puissent être achetés et consommés par les groupes humains qui en ont besoin.
La situation de l’Inde est éloquente. Bien qu’autosuffisante sur le plan alimentaire au niveau national, l’Inde compte à elle seule 70 millions d’enfants malnutrits, soit 2,5 fois plus que toute l’Afrique subsaharienne.
Au Brésil, la production agricole serait à même de fournir 6000 calories à chacun de ses 125 millions d’habitants. Pourtant, de 1961 à 1984, le taux des Brésiliens sous-alimentés est passé de 38 à 65% de la population, le Brésil exportant la majeure partie de ses récoltes et n’en bénéficiant pas lui-même.
Actuellement, 90% de la production mondiale de soja, 49% de la production mondiale de plantes alimentaires, 38% de la production mondiale de céréales, sont destinées à servir d’aliment aux animaux élevés dans les pays riches pour produire de la viande. Or, cette transformation des végétaux en produits animaux entraîne un gaspillage économique très important.
En effet, pour produire 1kg de protéines animales, il faut fournir 21kg de protéines végétales à un veau, 15kg à un bœuf, 9 kg à un porc, 10 kg à un poulet, si bien que l’on ne récupère en moyenne qu’1/9ème de ce que l’on a investi. Cette disproportion entre ce que l’on investit et ce que l’on récupère s’explique par le fait que l’animal consacre une grande partie de la nourriture fournie au seul maintien de ses processus physiologiques ordinaires, et à la formation de parties (comme les os par exemple) que nous ne consommerons pas.
Le cheptel mondial, qui compte 1,4 milliard de bovins, 1,6 milliards d’ovins et de caprins, 800 millions de porcins et un nombre plus considérable encore de volailles, occupent 64% des terres cultivables du monde.
Pourtant, si l’on considère un même hectare de terre, plus de 500kg de protéines de soja peuvent être obtenues, pour seulement 26kg de protéines de bœuf. Un hectare planté d’avoine ou de brocolis fournit 7 fois plus de calories qu’un hectare consacré à la viande de porc, qui est pourtant la plus efficace des productions animales de ce point de vue-là. Le même hectare de brocolis fournira aussi 24 fois plus de fer qu’un hectare consacré à la production de viande de bœuf, et 5 fois plus de calcium que s’il était utilisé pour produire du lait.
Alors que des millions de personnes souffrent de malnutrition parce qu’ils n’obtiennent pas suffisamment de calories, nous donnons la préférence à une alimentation qui utilise 14,3 calories d’origine végétale, pour fournir seulement 1 calorie d’œuf ; ou 17 calories d’origine végétale, pour 1 calorie de bœuf ; ou 19 calories d’origine végétale, pour 1 calorie de poulet.
Chaque fois que nous produisons 1 calorie de bœuf, nous aurions pu obtenir 25 calories d’avoine !
Ces chiffres traduisent l’impact de nos habitudes alimentaires sur la gestion de la production mondiale de nourriture.
C’est un fait avéré que l’alimentation carnée ne contribue pas à résoudre les inégalités nord-sud, et qu’au contraire elle compte parmi les facteurs les plus importants de maldéveloppement.
En effet, les 2/5ème des denrées alimentaires du bétail de la CEE en 1980 provenaient du Tiers Monde. Chaque Thaïlandais a fourni 400 calories par jour (sous forme de farine de Manioc) et chaque Chilien 100g de protéines (sous forme de farine de poisson) pour le bétail des pays riches. Le Sahel, au plus fort de la sécheresse, exportait plus de protéines qu’il n’en recevait de l’aide alimentaire.
Trop de personnes ignorent encore, ou ne veulent pas savoir, que manger de la viande contribue à maintenir une situation alimentaire injuste au niveau mondial. Au-delà des approximations discutables, il est certain que l’adoption du végétarisme, au sein d’une véritable coopération économique des pays actuellement riches avec les pays actuellement pauvres, est un facteur décisif pour résoudre le problème de la malnutrition mondiale actuelle.
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Avea
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