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Shanghai
la ville aux deux visages.
A l'autre bout du monde, au bord de la mer de Chine orientale, est une ville au nom si familier, Shanghai.
A cinq mille kilomètres de là, dans notre salon au coin du feu, il nous vient à rêver de villes lointaines, si possible asiatiques. Et alors, on plonge de suite dans une ambiance mystérieuse. On se voit débarquer en Chine étourdi par le bruit sourd de la foule qui envahit les marchés, aveuglé par un épais brouillard qui laisse apparaître et disparaître furtivement quelques marchands installés au bords des routes. On s'imagine tourner dans la prochaine petite rue et y voir des lanternes flotter au dessus des portes en bois des restaurants.
Dans une rue transversale, à quelques mètres de là, les femmes font la cuisine dehors, les enfants jouent seuls ou avec les chiens errant et les hommes, réunis en petits groupes, jouent aux cartes. On assiste à de véritables compétitions, les équipes se disputent les derniers points pour remporter la mise et des grands cris de victoire jaillissent jusqu'au parc.
A l'orée du parc, un vieillard s'adonne à son passe-temps favori, la caligraphie. Sa femme fabrique des éventails en bamboo et en feuille de riz. Un homme accroupi, assis sur ses talons joue de la muisque avec son coloquinte percé.
Dans le parc, des dizaines d'enfants jouent au milieu des camélias en fleur. Les parents un peu plus loin, participent au concours de chamt organisé tous les dimanche au même endroits. Quelques vieillardes à l'oreille encore fine, viennent apprécier les exploits de la nouvelle génération. Les musiciens, toujours présents, tentent d'accorder leurs instruments, mais les crissements des cordes sont couverts par les rires des ainés.
A coté du petit pont de pierre qui traverse le lac, un papa montre à son unique enfant, l'art de manier le cerf volant. Alors on lève la tête et on admire cette foule de cerf volants qui filent toujours plus haut dans les cieux.
De retour dans la rue, les odeurs de riz et de porc au caramel attirent nos papilles. Des petites étales postées tous les dix mètres, proposent divers mets. Arrivées très tôt le matin, ces femmes se sont activitées depuis l'aube pour que tout soit près pour onze heures.
Seulement voilà, Shanghai, ce n'est pas seulement ces petits clichés pittoresques, habitudes adoptées par la tradition depuis plusieurs dizaines d'années. Shangai, c'est aussi près de quinze million d'habitants, des milliers de taxis qui font crier leurs claxons, des foules de gens et de vélos qui parcourent les rues de cinq heures à minuit...
Shanghai, c'est aussi ses buildings qui poussent un peu partout, détruisant sur leur chemin les vieux quartiers, chassant les plus pauvres. shanghai, c'est la modernité, le Mc Donald à chaque coin de rues, les centres commerciaux pour gens aisés, tres aisés.
On ne s'imagine pas, avant d'arriver ici, à quel point les deux facettes de shanghai peuvent être aussi différentes l'une de l'autre et à la fois si proche. A gauche du grand batiment de vingt-cinq étages là-bas, on peut encore trouver un petit marché, essentiellement alimenté par des paysans, vendant les trois ou quatre types de légumes qui poussent dans leur jardin.
Shanghai a ,malgré tout, su protéger quelques vieux quartiers. Quant à leur restauration et réhabilitation, ce n'est pas encore en projet. On préfère finir d'empiler les périphériques nord, sud, ouest, est, nord-ouest, sud-est... un dédale de labyrinthe emprunté chaque jours par des milliers de véhicules, des files qui s'étendent et s'allongent sur des dizaines de kilomètres.
Shanghai c'est un peu la ville atypique, la ville aux deux visages. Les gens y vont pour le travail, mais préfèreraient vivre dans leur région d'origine. Ils vont travailler dans ce building de vingt-cinq étages et font leurs courses au fond d'une ruelle...
Antoine BOOTOINE
bootoine@free.fr
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| L'auteur |
Antoine BOOTOINE
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