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L'Echo du Village - Accueil n°342 - Jeudi 12 mai 2005
Rubrique littérature animée par aucun responsable. Postulez !


Nouvelles (Jerome David SALINGER : né en 1919)
La littérature américaine : 32/39

Isaac ASIMOV, Edgar R. BURROUGHS, William S. BURROUGHS, James M. CAIN, Truman CAPOTE, CHANDLER, Philip K. DICK, DOS PASSOS, FANTE, FAULKNER, FITZGERALD, HAMMETT, HEMINGWAY, HIGGINGS CLARK, William HJORSTBERG, Henry JAMES, Jack KEROUAC, Stephen KING, Norman MAILER, MATHESON, Horace McCOY, Henry MILLER, Philip ROTH, Gertrude STEIN, STEINBECK, Tom WOLFE, Richard WRIGHT, etc. Ils sont tous les dignes successeurs d’Edgar POE et contribuent au rayonnement et à la diversité de la culture américaine.

Jerome David SALINGER occupe une place à part dans la littérature américaine. Ses romans ou nouvelles sont riches en dialogues qui laissent au lecteur une interprétation toute psychologique à des textes non dénués d’humour. On lui doit, entre autres, « L’attrape-cœurs »

Neuf nouvelles regroupées sous l’appellation française de « Nouvelles » est, comme son nom l’indique, un recueil. On peut se demander pourquoi les Français ont-ils éliminé leur nombre indiqué dans le titre américain.

« Un jour rêvé pour le poisson-banane »
L’histoire commence par un palpitant coup de téléphone entre une mère et Muriel sa fille. Comme tous les parents, la première s’inquiète sur le sort de sa progéniture qui fréquente un jeune homme que l’un et l’autre juge différemment. Pour l’ancienne génération, il est « spécial », pour la plus jeune, il est tout à fait normal.
Ensuite, on perd un peu le fil du sujet. Qui est cette Sybil qui joue sur la plage ? D’où sort elle ? On a l’impression que les proches de la mère de Muriel sont aussi excentriques que le supposé Seymour.
Finalement, ce sont deux nouvelles indépendantes que nous lisons. Mais elles ne sont pas là par hasard.
Ne serait-ce que pour l’attitude de Muriel qui attend le coup de fil, pour l’intégralité de ce coup de fil, « Un jour rêvé pour le poisson-banane » vaut le détour.

« Oncle déglingué au Connecticut »
La rencontre entre deux anciennes amies de collège est croustillante. L’une d’elle a une fille qui s’est inventée un « fiancé », mais ce sont surtout les dialogues qui font la richesse de ce texte.
La nouvelle est un exercice périlleux, mais avec aussi peu de pages, l’idée que l’on se fera de Mary Jane et d’Eloïse est suffisamment précise pour qu’on reconnaisse la trace d’un grand auteur.

« Juste avant la guerre avec les esquimaux »
Séléna est une fille qui adore rentrer chez elle en taxi. Malheureusement, c’est Ginnie, son amie, qui en fait les frais.
Evidemment, il arrive un jour ou la seconde dit « stop ». Elle raccompagne la première jusque dans son appartement, et attend qu’elle soit remboursée.
C’est pour elle, l’occasion de rencontrer le frère de Séléna, et c’est pour Salinger, l’occasion de nous faire rire aux dépens d’une adolescence tendre et généreuse.
Le lecteur appréciera également la chute de cette nouvelle : Séléna veut rembourser Ginnie qui ne veut plus rien savoir…

« L’Homme Hilare »
Une histoire un peu plus déroutante qui n’est pas sans rappeler « L’homme qui rit » de Victor HUGO. Mais ici, ce sont les Chinois qui ont torturé l’homme hilare…
L’humour peut être douteux, mais le drame ne fait-il pas partie de l’humour ? L’arroseur arrosé, la chute, etc. ne sont-ils pas des gags préférés de nos comédiens ?
Mais il y a un message social dans ce texte. L’homme hilare, parce qu’il a été hideusement déformé, est rejeté. Rejeté de la société, il en deviendra un rebut qui se vengera.
Et s’il y avait encore une morale, on pourrait dire que tout ce qui ne sort pas de la norme est monstrueux. Ce monstrueux n’est pas seulement l’aspect physique, il peut viser chaque minorité…
Moins convaincu pour cette nouvelle. Il est vrai que les dialogues y sont plus discrets.

« En bas, sur le canot »
L’histoire de Boo Boo, le marin est assez morne. Elle tranche avec l’euphorie créée par les premières nouvelles. Sans doute est-ce pour cette raison qu’elle n’apparaît qu’en quatrième position.
Le lecteur n’y trouvera pas forcément ce message psychologique. C’est dire qu’il n’y trouvera pas son compte.

« Pour Esmé avec amour et abjection »
La rencontre entre un homme et une femme est toujours quelque chose d’intense. Mais ce qui s’y pense est encore plus notable : « Je me rappelle avoir voulu faire quelque chose en voyant à nouveau sa montre à un énorme cadran : peut-être lui suggérer de la porter en guise de ceinture. »
Cette rencontre se déroule en 1944. Lui est un GI, elle est française. Ils se promettent de s’écrire mais le courrier a du mal à suivre l’évolution des troupes. Ce n’est qu’à la fin de la guerre qu’il lira sa première correspondance.
Un texte intéressant à plus d’un point.

« Jolie ma bouche et verts mes yeux »
Encore un coup de téléphone farfelu de quelqu’un qui recherche sa femme. Ici, l’infortuné n’hésite pas à réveiller son ami au milieu de la nuit.
Outre ce dialogue inoubliable, le drame de l’alcoolisme est également au premier plan.
A lire.

« L’époque bleue de Daumier-Smith »
Un professeur de français se fait recruter dans une école où les deux uniques enseignants, ne sont autres que ses employeurs. Daumier-Smith perd vite son enthousiasme lorsqu’il les rencontre pour la première fois. Comme il n’y a pas de professeur de dessin, il devra y suppléer, mais cela lui permettra de rencontrer une religieuse qui le marquera…
Une histoire racontée parfois avec humour, mais toujours avec délicatesse.

« Teddy »
Une suite de réflexions philosophiques d’un adolescent. Certains thèmes comme la différence entre l’amour filial et sa réciprocité, ou encore comme la mort qui ne serait qu’un réveil, ne sont pas dénués d’intérêt.
A étudier.
Ces nouvelles tantôt agréables à lire, tantôt plus ardues, voire plutôt moyennes n’ont pas de réels vecteurs. Teddy cadre mal avec l’ensemble, pourtant c’est également un dialogue contrairement à « L’homme hilare ». Ce même homme hilare et « L’époque bleue de Daumier-Smith » ne cadrent pas avec les nouvelles sur l’adolescence ou sur l’enfance.
Ce manque de points communs nuit-il à la qualité du recueil ? Je le pense car après l’histoire du poisson-banane, on est loin de penser à Teddy.

Evidemment, nul n’est tenu d’apporter un dénominateur commun dans un recueil, mais ici c’est le lecteur qui risque d’être déçu par les unes ou par les autres.
Un livre à lire en connaissance de cause.

René MORIN

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René

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