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Les ailes de la colombe (Henry JAMES : 1843-1916)
La littérature américaine : 23/39
Cet article aurait dû paraître le 3 mars 2005
Auteur de nombreuses nouvelles (La Bête dans la jungle, L’Elève, Daisy Miller, etc.), Henry JAMES a également écrit des romans : Les Européens, Les ailes de la colombe, etc. . Les deux genres lui ont valu sa renommée, mais il peut parfois passer pour un auteur rébarbatif.
Ses phrases sont aussi longues que celles de Proust, les propositions sont rarement séparées par des virgules, et les formes d’insistances sont souvent des répétitions.
« Les ailes de la colombe » est un roman d’intrigue amoureuse. Kate, une intrigante pousse des hommes dans les bras de son amie Milly. On apprendra très tôt que cette dernière est tuberculeuse, ce qui –à l’époque- est un mal incurable.
L’auteur s’attaque donc à un sujet délicat puisque cette Milly Theale, bien qu’ayant hérité d’une immense fortune, est une fille qui sait que ses jours sont comptés. Elle devra vivre à cent pour cent, un peu comme une handicapée qui lutte contre la montre.
Ce handicap, ce compte à rebours contre la mort, est l’un des thèmes du roman.
Oublions le style de Henry James et attardons-nous sur le profil des personnages.
Ici, le lecteur ne pourra pas laisser voguer son imagination, car les héros de ce roman sont strictement définis. On fait leur connaissance au fil des pages, et leurs portraits finissent par nous être familiers.
Henry James semble même faire de l’autosatisfaction puisque Merton Densher, le principal héros masculin dit découvrir Kate, comme si elle avait été un livre. Il fait sa connaissance en tournant les pages, et c’est ce que ses lecteurs feront avec tous ses personnages.
Cette machiavélique Kate est un personnage typiquement américain. Elle correspond au goût du public d’Outre Atlantique qui affectionne particulièrement les intrigues, qu’elles soient politiques ou amoureuses. Souvenons-nous du feuilleton « Dallas », des nombreux films et téléfilms du genre, et des frasques de Bill Clinton qui passionnèrent les Américains.
Pour décrire ses personnages, l’auteur n’utilisera pas seulement la description d’un caractère, mais il jouera également sur leurs attitudes. A la fin du livre VIII, par exemple, on voit par exemple Kate rougir, puis chercher une échappatoire dans l’arrivée d’une amie.
Si les dialogues sont, le plus souvent, limpides, ils s’embrouillent parfois dans le style de l’auteur. On imagine mal ces longues phrases dans le langage parlé.
Parfois, ces mêmes dialogues sont pauvres. Comme Dumas, Henry James affectionne les interjections, mais à l’instar du père des Trois Mousquetaires, l’auteur américain distingue le « oh » intelligent et le « oh » bête !
Le lecteur qui s’intéresse au monde littéraire, lira également la préface de 1902. James considère que « Les ailes de la colombe » sont l’œuvre de sa vie. Il est particulièrement amer vis-à-vis des éditeurs qui lui ont refusé d’autres manuscrits.
A peu près à la même époque, en France, PROUST avait recours au compte d’auteur. Il est vrai que lui aussi affectionnait les longues phrases…
Un livre à lire dans le calme.
René MORIN
Illustration : VELAZQUEZ : La toilette de Vénus
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