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Et nous nous reverrons… (Mary HIGGINS CLARK)
La littérature américaine : 21/39
Cet article aurait dû paraître le 17 février 2005
Mary HIGGINS CLARK, la dame du roman noir, collectionne les succès. Et, si elle en est arrivée là, c’est peut-être parce qu’elle aborde le genre avec la sensibilité d’une femme. Cette seule précision suffit à la détacher des James M. CAIN, CHANDLER, CHESBRO ou autres HAMMETT.
« Et nous nous reverrons… » est bien un roman féminin. Non pas, parce que les personnages principaux sont des femmes, mais à cause de la personnalité du coupable…
Dans le prologue, Molly, accusée du meurtre de son mari, est condamnée à la détention. Par le jeu des remises de peine, elle ne fera que six ans de prison.
En fait, Molly ne sait même pas si elle est réellement coupable. Dès les premiers chapitres, elle cherchera à revivre cet instant de folie qu’elle a oublié. C’est une femme qui aimait son mari et qui aura besoin d’aide pour se souvenir…
Cette aide, elle la trouvera en la personne de son avocat, de son médecin et de deux de ses amies : Jenna qui a épousé un riche médecin, et Fran, une journaliste d’investigation.
A travers son enquête, Molly découvrira que son mari ne l’aimait pas, qu’il avait été soulagé par la mort de leur enfant, et qu’il n’était pas plus fidèle à sa maîtresse qu’à elle-même.
Une grande partie de ce qu’elle apprend, lui est révélée par une infirmière, celle-là même qui a été la maîtresse de son mari. Pourtant avec le recul, les deux femmes en viennent presque à sympathiser. L’une est avide de confidence et l’autre regrette ce qu’elle a fait endurer à l’épouse…
Mais la rencontre tourne au drame. L’infirmière est sauvagement assassinée. A nouveau, Molly ne se souvient plus de rien…
Une seule personne croit encore à son innocence : Fran, la journaliste. Parviendra-t-elle à rétablir la vérité ? Cette vérité s’éloigne du crime passionnel. A elle seule, l’intrigue qui y aboutira est digne d’éloges…
Mais revenons-en à l’héroïne. La Molly que décrit HIGGINS CLARK, est avant tout une femme fragile. Cependant, l’auteur ne laisse rien au hasard. Le choc émotionnel de celle qui trouve son mari assassiné peut expliquer cette volonté d’effacer un événement de sa mémoire.
De fragile, Molly devient donc fragilisée. Elle est une femme comme les autres. Victime de son passé, elle est également victime de son présent car personne ne croit à son innocence. Victime de son passé, elle est également victime de son présent, parce que beaucoup pensent qu’une femme issue d’un autre milieu, aurait purgé une peine beaucoup plus lourde.
La charpente de ce roman est bien la personnalité de Molly. Croire que ce serait la recherche d’un coupable, serait erroné puisque, au moins au début, le suspens se résume à deux possibilités : Molly est coupable ou innocente. Le livre aurait donc pu se concentrer sur cette recherche du passé oublié…
L’intrigue en elle-même continue, avec la présentation de la maîtresse ou d’autres personnes suspectes, avant de s’enliser dans les affaires véreuses…
On le voit, le suspens se déroule en trois étapes cimentées par la personnalité de Molly.
Cette Molly n’aurait pu être écrite que par une femme…
Rappelons-nous qu’un auteur vit avec ses personnages le temps d’un roman… Mettre un point final, c’est comme s’il les congédiait. Et c’est peut-être pour cela, que HIGGINS CLARK rajoute un ou deux chapitres…
Un livre à lire.
René MORIN
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