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Le vieil homme et la mer (Ernest HEMINGWAY : 1899-1961)
La littérature américaine : 20/39
Cet article aurait dû paraître le 10 février 2005
HEMINGWAY a écrit « Les neiges du Kilimandjaro », « Le jardin d’Eden », « Pour qui sonne le Glas », « Le soleil se lève aussi », « Le vieil homme et la mer ». Il est donc l’un des très grands de la littérature américaine.
« Le vieil homme et la mer » est un face à face entre l’homme et lui-même. Il développe cet instinct qui oblige l’homme à toujours se surpasser.
C’est aussi un combat digne des meilleurs corridas puisque l’homme affronte un animal au péril de sa vie. Un combat où il n’y aura qu’un vainqueur : le vieil homme ou l’espadon.
Le prologue et l’épilogue de ce combat titanesque, c’est une amitié pure entre un enfant et un vieillard. Les deux héros sortent en mer, ils lient leur destin, mais lorsque la quatre-vingt-cinquième sortie des pêcheurs fera suite à un fiasco, les parents interdiront à leur fils d’accompagner le vieillard.
Il ne faut pas voir ici, un acte d’hostilité envers celui-ci, mais tout simplement une exigence due à la misère du milieu marin. Si l’enfant ne sortira plus avec son ami, c’est parce qu’il revient bredouille.
Reste ce face à face entre l’espadon et le vieil homme. Il durera durant la quasi totalité d’un livre, somme toute, assez court. Comme un preux chevalier, l’homme commencera à estimer son adversaire. « Ca m’est égal lequel de nous tue l’autre ».
Mais à bout de forces, les deux combattants sombrent… L’homme sera blessé aux deux mains (crampes et saignement dus à la force du poisson qui tire sur la ligne). Quant au poisson, il cèdera…
C’est alors que loin de crier au triomphe, le vieillard remerciera Dieu pour ce combat incertain. Il parlera à son ami poisson pour lui exprimer toute sa sympathie. L’orgueil de l’homme n’est pas le fait d’avoir vaincu un si gros spécimen, mais d’avoir vaincu un adversaire si brave.
Mais la lutte n’est pas terminée pour autant. Cette prise, il faudra la garder, et c’est contre les requins que devra se battre le gagnant.
S’il réussit à tuer et à repousser les premiers, les armes et les forces lui manqueront pour lutter contre le nombre, et surtout la nuit, où il ne verra rien.
Sombre privilège de celui qui assiste impuissant à l’anéantissement de tant d’efforts ! Il sait qu’au petit matin, il ne restera plus rien de son trophée, car les requins auront tout mangé.
La fin se veut plus optimiste. Celui qui n’avait plus rien rapporté depuis quatre-vingt-cinq jours, a des preuves qu’il existe un tel espadon. Mais il s’en moque, il est heureux d’avoir retrouvé son ami.
Au delà du roman, on peut aussi recevoir cette leçon d’humilité qui dit que nous ne sommes rien, et que même lorsque nous croyons être quelqu’un, tout peu être réduit à néant.
Un récit passionnant pour tout ceux qui aime la littérature, la pêche, et les combats contre soi-même.
René MORIN
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