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n°323 - Jeudi 30 décembre 2005 |
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| Rubrique société animée par Gerard Georges BRETON assistée par Hio-Tin-Vho |
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Les esclaves esclavagistes: un pan oublié de l'histoire
L’imaginaire courant de notre passé est de considérer que l’esclavagisme fut imposé par le commerce triangulaire et que seuls les européens moderne ont imposé cette vision si « sordide » de l’humanité. Mais en réalité l’esclavage va bien au delà des barrières que notre esprit lui conçoit. En effet depuis la Rome antique et même malgré une certaine absence de preuve scientifique à l’époque des hommes des cavernes toutes les civilisations ont connus l’esclavage. Car en fait, ce sont les idéaux révolutionnaires égalitaires, concrétisés par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et les théories des lumières qui nous font voir, à juste titre selon moi, ce système comme inhumain. Mais auparavant ce principe était entièrement rentré dans les mœurs et ce furent ceux qui le refusaient qui paraissaient suspect.
Le commerce triangulaire avec la pratique bois d’ébène fut l’une des multiples facettes d’une pratique totalement intériorisé et institutionnalisé. Certes le fait de ne jamais en parler à l’époque et le cacher sous ces noms pourrait paraître une façon de conserver un certain secret, une certaine crainte. Mais en fait le système était parfaitement assuré pendant des siècles d’une véritable pérennité. Ainsi toute cela nous permet alors d’imaginer que l’on puisse comprendre l’incompréhensible d’une situation de prime abord paradoxale : les esclaves esclavagistes !
L’accomplissement d’un système aussi structuré s’est fait sur les bases d’une commerce négrier déjà éxistant dont les populations arabes furent les principales bénéficiaires mais aussi de nombreuses tribus noires qui imposèrent leur domination sur les autres, par la force, la ruse, la technique,... En fait les européens se trouvèrent être un peu dans un raccourci facile et délicat des nouveaux clients très exigeants. En échange de verroterie, au départ puis petit à petit d’éléments de plus grandes valeurs les colons reçurent ses hommes, femmes et enfants,... Mais par la suite ceux qui furent envoyés dans les autres colonies des Amériques (du nom du navigateur italien Amerigo Vespucci) et qui réussirent dans des circonstances particulières à se sortir de cette situation d’esclave et à s’arroger un certain pécule eurent bizarrement l’envie de retourner en Afrique. Je dis bizarrement car leur but n’était pas en fait de retrouver leurs racines, mais de mettre au point le même type de commerce avec d’autres. Et oui, aussi cruel et inimaginable que cela puisse paraître de nombreux esclaves principalement du Brésil, d’où leur nom de brésilien, mirent en place surtout au Togo un nouveau commerce d’esclave dont ils furent les bénéficiaires. Car comme l'a dit Henri Duvernois : « Quand l’esclave trouve une occasion de devenir tyran, il ne la rate pas. »
La côte togolaise, comme l'ensemble du littoral du golfe de Guinée, est visitée à la fin du XVe siècle par les Portugais, puis par les Danois. Les missionnaires portugais apparaissent au XVIe siècle, mais un protectorat de fait est exercé par les Danois. Le commerce des esclaves prospère de bonne heure, les plaines du bas Togo et à un degré moindre du moyen Togo fournissant un vaste réservoir d'hommes à la traite occidentale, dans laquelle se compromettent de nombreux notables. En 1800, le « Brésilien » (nom donné aux anciens esclaves libérés d'Amérique du Sud) Francisco de Souza s'installe à Anécho et pratique la traite, « bois d'ébène » compris.
Les nouveaux notables pratiquèrent donc ce que leur ancien maître leur avait fait subir sans aucun remords ni déconsidération, bien au contraire. En effet à présent les descendants des « brésiliens » restent des gens de familles très riches et très bien considérés. L’argent dans des pays ruinés, et souvent rongés par la misère explique pour partie cette situation complètement paradoxal de descendants d’esclaves qui respectent avec une grande véhémence les fils et petits-fils de leurs anciens maîtres. Mais en fait c’est cette intériorisation, de cette ancienne norme, dont je vous est parler précédemment qui perdure encore. Le deuil d’une telle période, des millions de morts qui ont eu lieu à cette époque n’est pas encore fait. Car même si par exemple en France Victor Schoelcher a permit d’imposer l’abolitionnisme d’un tel système en 1848 on ne supprime pas aussi rapidement des siècles de notre histoire. Le temps et la mémoire feront certes leur œuvre mais suffiront t-ils ?
Hio-Tin-Vho
La plume plus forte que l'épée
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Hio-Tin-Vho
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