Manhattan Transfer (John DOS PASSOS : 1896-1970)
La littérature américaine : 14/39
Isaac ASIMOV, Edgar R. BURROUGHS, William S. BURROUGHS, James M. CAIN, Truman CAPOTE, CHANDLER, Philip K. DICK, DOS PASSOS, FANTE, FAULKNER, FITZGERALD, HAMMETT, HEMINGWAY, HIGGINGS CLARK, William HJORSTBERG, Henry JAMES, Jack KEROUAC, Stephen KING, Norman MAILER, MATHESON, Horace McCOY, Henry MILLER, Philip ROTH, Robert SILVERBERG, STEINBECK, Tom WOLFE, Richard WRIGHT, etc. Ils sont tous les dignes successeurs d’Edgar POE et contribuent au rayonnement et à la diversité de la culture américaine.
C’est d’un œil sévère que John DOS PASSOS nous présente la société américaine. Aux Etats-Unis, on ne parlera pas d’écrivain communiste ou socialiste, on préfèrera plus pudiquement le terme d’ « écrivain engagé ».
Le style DOS PASSOS peut-être déroutant. Nouvelles, romans, informations, unes de journaux s’entremêlent sous une appellation générique qui donnera le titre du roman. Mais ces pages d’informations d’une autre époque, nous mettent dans l’ambiance du ou des récits.
Souvent les historiens de ce début du siècle oublient les événements contemporains, et le style DOS PASSOS est en ce sens, plus précis. Il permet au lecteur d’avoir un autre regard sur les évènements.
Parmi les plus grands succès de DOS PASSOS, on compte bien sûr « Manhattan Transfer », mais paradoxalement, ce seul titre prouve à quel point son œuvre est méconnue.
S’il existe des chefs d’œuvre dont on a oublié le père, « Manhattan Transfer » est un. Dès les premières pages, on voit Ed Thatcher qui va voir sa femme, Susie, qui vient d’accoucher d’une fille Helen. Cette même Helen, lorsqu’elle grandira, deviendra le personnage principal.
C’est elle qui dira : « Quand je serai grande, je veux être un garçon », et qui rappellera par certains côtés l’héroïne de « Splendeurs et misères des courtisanes ».
Dès la fin de la première partie, elle se mariera avec John Oglethorpe qu’elle laissera tomber au profit de Jimmy dont elle aura un enfant, avant de fréquenter Georges Baldwin, l’avocat qui monte dans la hiérarchie.
A la fin du livre, elle aura tout connu, mais ne regrettera qu’une chose : le qu’en dira-t-on.
C’est une femme qui a l’air volage, mais en fait, l’est-elle réellement ? C’est une simple épicurienne qui cherche à jouir du moment présent.
Autour d’elle, gravitent d’autres personnages. Certains sont des parvenus, d’autres tombent, d’autres resteront des exclus à tout jamais. Car l’histoire d’Helen Thatcher a pour fond, les premières années du siècle dernier : la misère, la montée du socialisme, la Grande Guerre, la prohibition, la crise qui ne résoudra en rien les problèmes sociaux. L’Amérique, comme le reste du monde, se cherche.
Certains jugeront peut-être d’un œil assez sévère, le style DOS PASSOS. Il est vrai que les aventures des uns et des autres se chevauchent au milieu de chaque chapitre, et qu’il faudra attendre longtemps avant de leur trouver un point commun : Helen Thatcher.
Malgré cela, « Manhattan Transfer », du nom d’une gare, restera un chef d’œuvre. On y retrouve l’euphorie socialisante du début du 20ème siècle, et peut-être s’interrogera-t-on sur les causes réelles de la Grande Guerre.
Dans ce même roman, on notera une persistance des odeurs. Les tuyaux bouchés par une femme qui pratique des avortements, etc. Mais laissons la parole à l’auteur :
« Ils descendirent les escaliers qui sentaient successivement le savon à barbe, la pâte à polir les cuivres, le lard, les cheveux brûlés, enfin les boîtes à ordures et le gaz carbonique. »
Un livre à lire plutôt deux fois qu’une.
René MORIN
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Pour en savoir plus
• Quatre autres titres de DOS PASSOS dans ce numéro.
Ces titres donnent une idée de l'opinion mondiale à la veille d'une Guerre Mondiale.
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