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L'Echo du Village - Accueil n°318 - Jeudi 25 novembre 2004
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La guerre sur mer pendant la révolution et l'empire.
Episode XXVIII.

Série d’articles sur la marine de guerre à voile et les guerres de la révolution et de l’empire. L’expédition d’Irlande, 1796 – 1797, introduction, première partie.

En ce début d’année 1796, une sorte d’accalmie semblait se dessiner sur le front maritime. On espérait une paix grâce aux succès terrestres. Non seulement l’armée française avait repassé ses frontières, mais elle occupait la Belgique et la Hollande. Après la chute de Robespierre, le régime s’était considérablement assagi et cherchait à traiter. On négocia d’avril à août 1796, à Bâle. L’Espagne cédait à la France l’est de Saint Domingue, l’actuelle Haïti, et s’alliait avec elle contre l’Anglais. Il en était de même pour la Hollande, qui était devenue « la république batave ». Seule l’Angleterre invaincue ne désarmait pas. L’accord avec la Hollande, le principal débouché pour les produits manufacturés anglais, justifiait son hostilité. L’Autriche voulut également faire la paix avec la France en lui donnant la frontière du Rhin. Mais elle finit par se raviser, sous la pression des Britanniques qui la finançaient. Dans ces conditions, on dut confier aux généraux Moreau, Jourdan et Bonaparte la mission de prendre Vienne respectivement par l’Allemagne et l’Italie.

L’âme de la résistance et l’ennemi le plus dangereux de la France était encore et toujours la Grande Bretagne. Comment l’atteindre et l’amener à négocier ?

La totalité des opérations précédentes s’étant soldées par des échecs cinglants, une nouvelle stratégie s’imposait. Dans un premier temps, on tenta de s’en prendre à ce qui faisait la richesse de l’Anglais en relançant et en encourageant la guerre de course. Dans un deuxième temps, on monta un projet de descente contre les îles Britanniques.

Je vais laisser, pour l’instant, de côté la guerre de course qui nécessitera plusieurs épisodes ultérieurs, pour me consacrer à la grande affaire de cette année 1796, le projet de descente en Irlande.

1) Présentation.

Les projets d’invasion de la Grande Bretagne ou de l’Irlande n’étaient pas nouveaux. Depuis le règne de Louis XIV, et la reprise de la rivalité franco-anglaise en 1680, les tentatives de débarquement dans les îles Britanniques s’étaient multipliées. En fait, tous ceux qui avaient gouverné la France depuis Louis le Grand avaient cherché à envahir la Grande Bretagne ou l’Irlande. A l’exception de la guerre d’Amérique, les circonstances étaient toujours les mêmes. La France était confrontée à une longue guerre d’usure sur le continent dont elle ne voyait pas le bout. Une fois une coalition vaincue, une autre, financée par l’Anglais, prenait sa place. L’intérêt des Britannique était d’obliger leur ennemi à mener une guerre coûteuse sur le continent, ce qui le privait des ressources financières et matérielles pour mener efficacement la guerre sur mer. La flotte de guerre a toujours été la grande sacrifiée lorsque les finances de l’état étaient asséchées par les campagnes terrestres. Cela permettait à l’Anglais de s’emparer à peu de frais des colonies françaises. Pendant tout le XVIII° siècle, les Britanniques ont cherché à s’assurer la mainmise sur le commerce maritime mondial. Depuis l’acte de navigation en 1661, ils ont toujours utilisé la force pour faire la guerre à leurs concurrents et s’emparer de leurs colonies.

Confrontés à une situation militaire maritime de plus en plus catastrophique, incapables d’assurer la sécurité des colonies et du commerce maritime, ceux qui gouvernaient la France sortaient de leur chapeau, tels des prestidigitateurs, un plan d’invasion des îles Britanniques en espérant redresser la situation. Aucun des ces projets rocambolesques n’avait jamais réussi pour la bonne et simple raison qu’ils dépassaient largement les moyens matériels, militaires et financiers dont disposaient la France.

2) Les difficultés géographiques.

La principale force de la Grande Bretagne était sa situation géographique. La France ne possédait aucun port en eau profonde en Manche. Ce handicap était lourd de conséquences, car les escadres françaises devaient toujours appareiller de Brest et remonter la Manche jusqu’au lieu ou attendaient les transports chargés d’acheminer l’armée de terre en Grande Bretagne. La Manche était une sorte de piège pour la marine française, puisqu’elle ne disposait d’aucun point de repli pour réparer les vaisseaux endommagés en cas de bataille perdue. La situation géographique des arsenaux français posait également de graves problèmes d’intendance voir épisodes 4, 5, 6, ce qui contribuait à compliquer davantage la situation car ces projets de débarquement étaient également des défis logistiques.

Pour mémoire, Brest était isolé à la pointe de la Bretagne et devait être ravitaillé par mer. A une époque où le chemin de fer et le moteur à explosion n’existaient pas, les fleuves étaient massivement utilisés pour le transport des marchandises. Les fournitures militaires étaient donc rassemblées par chalands à Nantes, Bordeaux, et le Havre. Elles étaient acheminées ensuite vers Brest par la mer grâce aux gabarres telles que le Gros Ventre par exemple. Ce mode de transport était vulnérable puisque l’Anglais contrôlait les atterrages de Brest et pouvait intercepter le ravitaillement. Les Britanniques pouvaient tuer dans l’œuf toutes les tentatives d’attaques lancées contre eux. La situation des autres arsenaux n’était pas meilleure. Rochefort était pratiquement inutilisable malgré les énormes investissements consentis depuis le milieu du XVII° siècle - la France payait cher la mégalomanie de Colbert, et les escadres venant de Méditerranée, c'est-à-dire de Toulon, devaient franchir Gibraltar. La Navy y possédait une base inexpugnable depuis 1710, et bloquait toutes les tentatives de passage. L’amiral La Clue-Sabran en avait fait l’expérience pendant la bataille désastreuse de Lagos en 1759.

L’Anglais contrôlait également la mer du Nord et par conséquent les fournitures navales stratégiques produites par les pays Scandinaves, comme les sapins qui étaient utilisés pour les mâts.

En fait, la France ne disposait pas d’une infrastructure lui permettant de lancer des attaques contre la Grande Bretagne dans de bonnes conditions. Les régimes qui s’étaient succédés au pouvoir depuis le règne de Louis XIV avaient été bien incapables de remédier à cette situation par manque d’argent, de volonté et de clairvoyance. Aucun port susceptible d’accueillir un grand nombre de navires de guerre n’avait été construit en Manche. Le port militaire de Cherbourg, dont les premiers plans avaient été tracés par Vauban pendant le règne de Louis XIV, ne fut achevé qu’en 1860. Le canal de Bretagne reliant le port de Brest à Saint Nazaire ne fut construit qu’en 1830. En fait, ces projets de descentes en Grande Bretagne ne s’inscrivaient jamais dans des plans à long terme. Ils étaient systématiquement conçus dans la précipitation, avec des moyens matériels limités et une infrastructure insuffisante.

3) Conclusion.

Le premier projet d’invasion des îles Britanniques s’était soldé par la défaite de la Hougue, en 1692, ou on avait poussé la stupidité jusqu’à envoyer l’amiral Tourville affronter les 98 navires britanniques de la flotte de la Manche avec 44 vaisseaux. Le second avait été le grand dessein du Duc de Choiseul en 1759. Ce projet s’était achevé par les défaites de Lagos et de la baie des Cardinaux, le Trafalgar de l’ancien régime. Ces batailles, qui étaient perdues d’avance, étaient le prélude à la défaite définitive de la France et en avaient largement aggravé les conséquences.

De plus, la marine était en pleine déliquescence en 1796, voir les épisodes précédents.

Au lieu de tirer les leçons des désastres passés, on persistait dans ces plans d’invasions chimériques. En fait, on peut parler ici de l’aveuglement des élites et des états majors parisiens, totalement déconnectés de la situation sur le terrain et sous-estimant totalement les enjeux logistiques et militaires de ce type de projets.

A suivre.

Condottiere01@yahoo.fr

Illustration, la bataille de Quiberon ou des cardinaux, 1760


Condottiere


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