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La guerre sur mer pendant la révolution et l'empire.
Episode XXVII.
Série d’articles sur la marine de guerre à voile et les guerres de la révolution et de l’empire. L’installation du directoire, 3 novembre 1795.
1) Présentation du directoire et des directeurs.
Le 13 Brumaire an IV, le 3 novembre 1795, le directoire exécutif prit officiellement ses fonctions. Il était composé de Barras, Reubell, Letourneur, La Revellière et de Carnot. A l’origine, Sieyès devait en faire partie, mais il se récusa au dernier moment. La « diva » ne voulait pas « essuyer les plâtres » d’une constitution qu’il jugeait bancale.
Parmi tous les directeurs, le plus célèbre était sans conteste le citoyen Barras. Il avait la caractéristique d’être un roué de l’ancien régime. Le ci-devant vicomte Paul de Barras avait porté l’épée au service du roi et était apparenté des Castellane aux Brancas à toute la noblesse de Provence. Elégant et fastueux, il était raffiné jusque dans la débauche et se disait cousin du marquis de Sade. Même s’il était parfois le jouet de ses passions, il mêlait à ses nombreuses fredaines un zeste de cynisme en n’hésitant pas à placer certaines de ses maîtresses dans les alcôves à surveiller. C’est ainsi qu’il plaça la belle Joséphine dans le lit de Bonaparte. Amoral autant qu’homme du monde, il faisait preuve de la même âme dépravée dans la politique, l’amour et les affaires. Barras adorait l’argent plus que tout et il aimait le pouvoir pour ce qu’il pouvait lui rapporter. Un ministre étranger disait « qu’il jetterait par la fenêtre la République dés demain, si elle n’entretenait pas ses chiens, ses chevaux, ses maîtresses, sa table et son jeu ». Celui que les Français allaient appeler « le roi des pourris » « tranchait aussi du prince » selon en bon mot de Fouché en accueillant ses courtisans à son petit lever comme Louis XIV. Cependant, contrairement à celle des Bourbons, la cour du roi Barras comprenait des royalistes et des anarchistes. L’époque étant incertaine, manger à tous les râteliers était plus prudent.
Reubell était un ex avocat Alsacien. Malgré la révolution Thermidorienne, il restait un jacobin convaincu. Sa violence et son arrogance blessaient et effrayaient ses collègues. En effet, il n’avait pas hésité à s’écrier «qu’il fallait mettre tous les députés contre-révolutionnaires dans un sac et les jeter à la rivière ». Par contre, il était tout aussi vénal que Barras. Sieyès disait méchamment : « Il faut que Reubell prenne tous les jours quelque chose pour sa santé » (dans les caisses de l’état ou ailleurs).
Le destin avait été toutefois quelque peu ironique, en faisant entrer dans ce directoire l’austère Carnot. Homme de famille, consciencieux, officier des armes savantes, « du corps des ingénieurs, dans la politique comme dans la guerre », le « grand » Carnot était l’antithèse de Barras. Il était grave, orgueilleux, moral, dur et irascible. Il aimait le pouvoir pour le plaisir de commander. Cependant, il faut reconnaître qu’il commandait bien puisqu’il était parvenu à réorganiser l’armée de terre de la république. C’était grâce à lui si la France n’avait pas sombré entre 1792 et 1795. Il était l’organisateur de la victoire et échappait à l’impopularité qui frappait ses collègues. 14 départements venaient de l’élire. Au fond, il était le seul à mériter sa place.
Letourneur était un autre officier du génie. Il était de médiocre stature et marchait dans l’ombre de Carnot qu’il tenait pour infaillible.
Le Revellière était celui qui devait partager les courants Barras – Reubell, et Carnot – Letourneur. Il était un ancien député de Gironde et avait échappé au tribunal révolutionnaire et à la guillotine à une voix près. Alors qu’il allait être déchu de son mandat et déféré devant le tribunal de Fouquier Tinville, un député montagnard s’était écrié « Pourquoi encombrer le tribunal avec ce bougre chétif ? ». Il était en effet disgracieux, bossu, la tête trop grosse et les jambes trop maigres, il avait l’air selon un contemporain «d’un bouchon sur des épingles ». Il était également assez simple et fut, disons le tout de suite, le jouet de ses collègues jusqu’à son éviction du directoire un an plus tard.
Après l’époque du vertueux Robespierre, la France allait vivre celle des « incroyables » et des « merveilleuses ». Les nouveaux riches, c'est-à-dire les spéculateurs qui avaient fait fortune grâce à la vente des biens nationaux et des fournitures militaires, allaient dépenser leur argent dans des fêtes somptueuses dépassant en fastes les orgies de Caïus Caligula.
2) Etat de la France et de la marine.
Les paysans avaient été les grands gagnants de la vente des biens nationaux. Beaucoup d’entre eux accédèrent ainsi à la propriété. La plupart des grands domaines, autrefois propriété de la noblesse et du clergé, avaient été morcelés. D’autres investisseurs, plus avisés et plus argentés, avaient pu exploiter cette période pour spéculer sur les terres et les fournitures militaires. Ils avaient bâti de considérables fortunes en quelques années. Barras, « le roi des pourris » était leur digne représentant. Par contre, les ouvriers des villes restaient les oubliés de cette redistribution. Leurs revenus n’avaient pas augmenté, et ils manifestaient bruyamment pendant les périodes de famines et de disettes. On les appelait les « ventres creux ».
L’état et l’administration étaient en déliquescence. Les routes n’étaient plus entretenues, les hospices n’étaient plus gérés, et le trésor était désespérément vide. Malgré les efforts de Carnot, l’armée restait mal équipée. Les cavaliers montaient sans bottes, les fantassins marchaient sans chaussures. Beaucoup de soldats n’avaient pas d’uniformes. Leur donner un fusil et des cartouches était déjà un tour de force.
L’état de la marine était encore plus catastrophique. Faute d’entretien régulier, les vaisseaux tombaient en ruines, les vivres et les munitions manquaient plus que jamais. Et puis, les pertes commençaient à s’accroître dangereusement. En 1791, la France possédait 88 vaisseaux de ligne et 73 frégates. En 1795, elle n’alignait plus que 65 vaisseaux de ligne et 64 frégates. Cette évolution était d’autant plus dramatique que l’effort matériel de l’an II ne pouvait pas être renouvelé. La seule victoire de la marine française avait été remportée par la cavalerie de Pichegru qui était parvenue à s’emparer de la flotte hollandaise, prisonnière des glaces, pendant l’hiver 1795.
L’instrument maritime français était en train de se décomposer et de disparaître. L’incompétence de certains officiers, leur indiscipline, l’absence de cohésion au sein de leur corps étaient criantes face à la Navy. Les équipages français souffraient d’une double hémorragie due au nombre croissant de prisonniers et de déserteurs. La population maritime française restait limitée et fournissait très difficilement les équipages nécessaires aux escadres. De plus, la ruine des colonies entraîna celle de la marine marchande et de tous ceux qui vivaient du commerce colonial. Sachant que la marine marchande fournissait les équipages de la marine de guerre, tous les éléments étaient réunis pour la catastrophe finale.
Il n’était pas exagéré de dire qu’il n’y avait plus de flotte française capable de s’opposer à la Navy dés 1795.
Après le désastreux combat de Groix, il fallut près d’un an avant de trouver les hommes nécessaires au réarmement des 9 navires qui s’étaient réfugiés dans le port de Lorient. 3 voyages furent également nécessaires pour les ramener à Brest. L’absence de toute riposte permit à l’Anglais de lancer dés octobre 1795 une expédition en Vendée avec 120 voiles, 2 500 émigrés et 1 000 soldats britanniques. Après l’occupation de l’île d’Yeu, le comte d’Artois qui commandait l’expédition des Chouans tergiversa et préféra retourner en Angleterre plutôt que de devoir mener une guerre de partisans indigne de son auguste personne. Il regagna la Grande Bretagne comme il était venu, sans que la marine républicaine ne réagisse. On peut mesurer l’incapacité de la flotte française à assurer les plus élémentaires de ses missions : la sécurité des côtes et la surveillance de la Manche et de l’océan Atlantique.
Le directoire fit lui-même le constat de la situation dans une déclaration le 3 décembre 1795 à la convention : « Nos flottes humiliées, battues, bloquées dans nos ports, dénuées de toutes ressources en vivres, en matières de toute sorte, déchirées par l’insubordination, avilies par l’ignorance, tel est l’état dans lequel les hommes à qui vous avez confié le gouvernement ont trouvé la marine Française. »
A suivre.
Condottiere01@yahoo.fr
Illustration : Paul de Barras.
Condottiere
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Condottiere
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