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L'Echo du Village - Accueil n°314 - 7 octobre 2004
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La guerre sur mer pendant la révolution et l'empire.
Episode XXIV.

Série d’articles sur la marine de guerre à voile et les guerres de la révolution et de l’empire. La chute de Robespierre (première partie).

Depuis la création du comité de salut public, à l’automne 1793, le pouvoir de Maximilien de Robespierre n’avait cessé de se renforcer.

1) L’organisation du régime.

Au sommet trônait le Comité de Salut Public, siège du pouvoir exécutif. On lui avait accordé d’énormes pouvoirs. Il avait le droit de nommer et de destituer les généraux, et les fonctionnaires civils, de conduire et de diriger les représentants en mission dans les départements. Il menait une politique extérieure sans le moindre contrôle. Il n’y avait rien qui ne fut pas de son ressort, y compris les religions et les beaux arts. Il disposait d’énormes fonds secrets. Un cabinet noir était chargé d’ouvrir les lettres. Signe de sa puissance, le comité s’était installé chez feu le roi guillotiné, au rez de chaussée du Pavillon de flore aux Tuileries. Ses dix membres, les décemvirs, s’étaient partagé tous les pouvoirs. Robespierre avait la haute main sur tout et était l’organe du comité à la tribune de l’assemblée. Saint-Just, son bras droit, dirigeait la police. Le damoiseau qui se considérait comme omniscient se mêlait aussi des opérations militaires. Billaud et Collot étaient chargés de la correspondance avec les représentants en missions. Couthon gérait la politique intérieure. Herault était chargé de la diplomatie avant de se faire supplanter par Barrère qui avait également en charge les beaux arts et l’instruction. Prieur de la Côte d’Or et Lindet étaient chargés des subsistances. Carnot était l’organisateur des armées. Jean Bon Saint André s’occupait de la marine. Prieur de la Marne était tout le temps en mission en province. Cependant, les fonctions n’étaient pas totalement étanches et tous s’occupaient de tout.

Officiellement, ils étaient les ministres de la convention. Mais le comité tenait « sa souveraine » sous tutelle. Le comité proposait les décrets, et la convention les votait. En 3 ans, elle en vota 11 200. Il lui était arrivé d’en voter 10 ou 15 en une séance. Comme le disait si bien Danton, il fallait « bâcler pour triompher ». Alors, elle avait bâclé. Toutes les garanties avaient été supprimées : plus de déclaration d’urgence et plus de seconde lecture. C’est ainsi que les décrets d’un comité de tyrans furent adoptés sans la moindre opposition ni discussion.

Dans le pays, les instruments du gouvernement étaient les commissaires représentants en mission, les sociétés populaires et les comités de salut public. Les représentants en mission, sorte de proconsuls, disposaient de tous les pouvoirs.

Pour consolider son pouvoir et installer son régime d’exception, Robespierre avait prétexté les défaites de l’année 1793, et la défense de la patrie en danger. Sous prétexte de sauver la France, Robespierre et ses amis s’étaient servi des tribunaux révolutionnaires pour satisfaire leurs haines. Sous les inculpations de « conspiration royaliste » et « d’intelligence avec l’ennemi », les tribunaux révolutionnaires avaient envoyé à la guillotine tous les ennemis du régime. La France, à commencer par Paris, était sous la surveillance d’une effroyable police. Tout le monde dénonçait tout le monde et donc se méfiait de tout le monde et surtout craignait tout le monde. Les salons étaient déserts et les cabarets vides.

Fouquier Tinville, le trop fameux président du tribunal révolutionnaire de Paris donnait le « la » dans cette parodie de justice en satisfaisant avec application tous les désirs du tyran. Exhorté à « serrer la botte aux bavards » dès l’été 1794, il était parvenu à réduire les procédures et les audiences. Les têtes disait-il joyeusement « tombaient comme des ardoises ». Le rendement était élevé, puisqu’il en « décalottait » trois ou quatre cents par semaine. Lorsque les témoins témoignaient mal, ils allaient eux aussi à la guillotine. Malgré tout, Fouquier n’était pas encore satisfait. Pourquoi s’embarrasser avec des témoins ?

Pendant six semaines, du 23 prairial au 9 thermidor 1795, le président du tribunal révolutionnaire donna toute la mesure de son talent. Après avoir chassé « les faibles » du jury, il proclama la suppression des témoins. Ce fut un massacre. En 49 jours, 1 376 têtes tombèrent à Paris, entre 40 et 60 par jour. Lorsqu’il n’y eut plus de nobles et de prêtres, on s’en prit aux prostituées et aux noceurs. « Avoir dépravé les mœurs » était passible de la guillotine dans la France du vertueux Robespierre...

2) Le complot.

Que manquait-il encore à Robespierre en ce début d’été 1795 ? Toute opposition était muselée, et il exerçait sur la France un pouvoir sans partage. Las, le despote n’était pas rassasié. Il lui fallait plus encore : l’éternel. « Si dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer », avait il proclamé le 1° frimaire. « L’idée d’un grand être suprême qui veille sur l’innocence opprimée et punit le crime triomphant est toute populaire ». Bien entendu, ceux qui n’étaient pas de cet avis étaient des scélérats.

Le 20 prairial, devant la foule médusée, aux Tuileries, puis au champ de Mars, juché sur son trône, enveloppé d’encens, engoncé dans son célèbre habit bleu, Robespierre prononça le long discours que lui avait écrit l’ex abbé Porquet. Pendant que cent mille voix chantaient le seigneur, il crut qu’il était devenu dieu. Mais en coulisses, l’orage commençait déjà à gronder.

Dans la convention, et surtout le fameux club des Jacobins présidé par l’inquiétant Joseph Fouché, des « murmures » s’élevaient...

Fouché, le « déchristianisateur » avait prononcé dans le club des Jacobin en présence de Robespierre une phrase lourde de menaces et de sous entendus : « Brutus rendit un hommage digne de l’Etre Suprême, en enfonçant un poignard dans le cœur d’un tyran ; sachez l’imiter. » Ses collègues du club l’avaient applaudis à tout rompre, à la plus grande fureur de Maximilien.

Robespierre qui avait compris le message fit de Fouché le chef de la conspiration qui se tramait contre lui. Mais Fouché n’était pas Danton. Il avait la tête sur les épaules et comptait bien la garder. Il ne faisait pas de longs discours. Il agissait en coulisses. Partout, il trouvait des gens effarés qui craignaient pour leur tête. Le visage de Robespierre « aussi fermé que le marbre glacé des statues » terrorisait tout le monde. Tout un groupe se savait condamné si le tyran ne disparaissait pas. Certains représentants en mission de retour à Paris à savoir les citoyens Fréron, Barras, Tallien, avaient été reçus plus que fraîchement. Les trois lascars étaient aux yeux de l’incorruptible « des pourris » qu’il fallait sacrifier à la vertu. Fouché était non seulement un comploteur, mais aussi un athée digne du pire châtiment. Robespierre l’avait interpellé du haut de sa chaire en des termes sans équivoque : « Dis nous donc, Fouché, qui t’a donné mission d’annoncer au peuple que la Divinité n’existe pas ? ». Certains membres du Comité commençaient même à craindre pour leur propre vie : Carnot, Billaud, Collot, Barère se sentaient menacés. Même l’assemblée n’était pas sûre. Le fameux Comité de Sureté Générale, pourtant inféodée au Comité de Salut Public était devenu anti-robespierriste.

De toutes manières, qui pouvait se sentir en sécurité lorsqu’un Fouché, auteur des mitraillades de Lyon*, était fustigé par le maître pour incivisme ?

La France tout entière semblait destinée à l’échafaud à la veille du 10 Juillet 1795.



A suivre...

Condottiere01@yahoo.fr

* note : Fouché s’était illustré à Lyon en ordonnant l’utilisation de l’artillerie pour exécuter les nombreux prisonniers détenus dans cette ville. Le 14 frimaire, 74 jeunes gens garrottés furent couchés par la mitraille et achevés à coups de sabres. Le 25, on tua 209 personnes de la même manière. On continua ainsi les jours suivants. Lorsque Fouché quitta Lyon, on avait abattu deux mille personnes. Il avait écrit à l’époque : « les cadavres ensanglantés précipités dans le Rhône offrent sur les deux rives l’impression de l’épouvante et l’image de la toute puissance du peuple. »

Illustration : La fête de l'Etre suprême.


Condottiere


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