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L'Echo du Village - Accueil n°313 - Jeudi 30 septembre 2004
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La guerre sur mer pendant la révolution et l'empire.
Episode XXIII

Série d’articles sur la marine de guerre à voile et les guerres de la révolution et de l’empire. La situation dans les colonies 1793-1795.

Malgré les désastres du règne du Louis XV et la perte irréparable du Canada, la France possédait un vaste empire colonial, 800 000 habitants et plus de 1 000 km de côtes, à la veille de la révolution (voir épisodes 8 et 9).

Cet empire comprenait :
• En Amérique, les Antilles françaises avec notamment la Guadeloupe et la Martinique, Saint-Domingue, l’actuelle Haïti, la Guyane et la Louisiane qui étaient pratiquement inexploitées.
• En Afrique, Gorée, et le Sénégal.
• Dans l’Océan Indien, l’île de la Réunion, l’île de France (la future île Maurice), l’île Rodrigues, et les Seychelles.
• Aux Indes, cinq comptoirs, Pondichery, Chandernagor, Mahé, Karikal et Yanaon.
• En Chine, la France avait obtenu le droit d’accéder au port Macao à l’instar des autres puissances occidentales.

La France était présente dans les deux océans où transitaient la plus grande partie du commerce mondial, l’océan indien et l’océan atlantique, ce qui lui permettait de rester dans la course pour la prédominance coloniale. Les principales villes portuaires à savoir Bordeaux, Nantes le Havre et Marseille connaissaient une prospérité inégalée. Saint-Domingue, l’actuelle Haïti, était la plus riche colonie occidentale des Antilles et faisait la fortune de ces villes. Cependant, cette richesse reposait sur le commerce triangulaire et l’esclavage.

La déclaration des droits de l’homme était en totale contradiction avec le maintien de l’esclavage, et un grave problème se posa rapidement à la constituante dès 1791. Comment abolir l’esclavage, sans ruiner des pans entiers de l’économie française ? Comment concilier les grands principes de la révolution et les réalités locales ? Comment assurer la culture des terres et la subsistance des esclaves libérés ?

1) Situation dans les Antilles.

On hésita longtemps sur la suppression de l’esclavage. Elle fut votée le 4 février 1794, mais jamais appliquée, sauf à Saint-Domingue où la situation devint rapidement dramatique. Celle qui était la plus riche colonie française fut tout d’abord déchirée par les dissensions entre les colons. Puis la catastrophe finale survint, lorsqu’elle fut mise à feu et à sang par les noirs révoltés contre leurs anciens propriétaires. Les esclaves massacrèrent sans exception tous les blancs, qu’ils fussent ou non des colons esclavagistes. L’île se rallia un instant à la France lorsque les noirs sous l’impulsion de Toussaint Breda dit Louverture, chassèrent les troupes Anglo-Espagnoles qui tentaient de s’emparer de la partie française de l’île. Mais la proclamation de fidélité de Toussaint envers la république et la France devait faire long feu. En effet, une fois au pouvoir, l’ancien esclave se comporta en despote. Il renvoya les commissaires de Paris, et se fit rapidement désigner gouverneur général, puis président à vie avec le droit de choisir son successeur. Pour reprendre le contrôle de l’île, Bonaparte dut envoyer sur place un corps expéditionnaire commandé par le mari de sa sœur Pauline, le général Leclerc en 1801. Je raconterai plus longuement cette histoire tragique dans un autre épisode.

Grâce à leur supériorité navale, les Britanniques allaient s’emparer sans coup férir, dès 1794, de la Guadeloupe et de la Martinique abandonnées par la Métropole. Par contre, lorsque l’abolition de l’esclavage permit de dresser les noirs contre l’Anglais, le commissaire de la convention Victor Hughes parvint à libérer les deux îles. Par la suite, elles servirent de base arrière aux expéditions corsaires lancées contre les possessions britanniques d’Amérique.

La Guyane fut également occupée par l’Anglais sous l’empire et la France ne la récupéra qu’à la restauration en 1815.

La Louisiane connut pour sa part un sort différent, puisque Napoléon la vendit au gouvernement américain en 1804. Ce vaste territoire comprenant toutes les terres situées à l’Ouest du Mississipi était inexploité malgré ses immenses ressources potentielles. Il était également indéfendable contre n’importe quel adversaire, compte tenu de la situation de faiblesse de la marine française. Napoléon n’avait pas d’autre choix que de la vendre.

Saint Pierre et Miquelon furent occupées de 1793 à 1815. Les diplomates de la restauration parvinrent à les arracher à l’Anglais après des négociations de haute lutte.

2) Situation dans l’océan Indien et aux Indes.

Les cinq comptoirs français, démilitarisés depuis la fin de la guerre de sept ans et le traité de Paris en 1763, n’opposèrent pas de grande résistance aux Britanniques. L’Anglais les occupa promptement. Ces villes redevinrent françaises pendant la paix d’Amiens 1802, avant d’être à nouveau réoccupées à la reprise de la guerre en 1804 et restituées à la France lors du deuxième traité de Paris en 1815.

Il n’en fut pas de même pour les Mascareignes. Les « commissaires extraordinaires » et même les troupes révolutionnaires furent systématiquement récusés par les colons et parfois réembarqués. La Réunion et l’île de France furent ainsi protégées du désordre métropolitain. Elles furent également protégées de l’occupation anglaise grâce à la division du capitaine de vaisseau Renaud composée des frégates la Prudente et La Cybèle.

En effet, le 13 octobre 1794, Renaud avait repéré pendant une de ses croisières deux vaisseaux britanniques de 50 canons faisant route vers les deux îles pour les bloquer. La menace était très grave, car elle signifiait la fin du ravitaillement des îles et des raids corsaires. La lutte s’annonçait disproportionnée entre deux vaisseaux de 50 canons armés de canons de 24 et de 18 livres contre les canons de 8 livres de la Cybèle et de 12 livres de La Prudente des commandants Tréhouart et Renaud. Malartic, le gouverneur des îles décida pourtant d’attaquer. Le corsaire « La Rosalie » et le brick « Le Coureur » furent chargés d’apporter à Renaud l’appui de leurs petits canons de 8 livres et des 400 marins disponibles dans la garnison, ainsi que 150 hommes du régiment d’artillerie de l’île de France.

Le 19 octobre 1794, les quatre navires portant tous les espoirs de la colonie appareillèrent pour attaquer l’Anglais au large. Après trois jours de recherche les deux navires britanniques, commandés par Sir Samuel Osborne, émergèrent lentement de la brume en milieu de matinée. La division française les prit aussitôt en chasse sous un petit vent d’Est qui ridait à peine la mer. La Prudente du capitaine Renaud s’approcha le plus possible du premier navire britannique « le Centurion ». Le second vaisseau britannique « le Diomède » qui traînait à l’arrière ne participa pas à la première heure de combat. Mettant tous ses espoirs dans leur cadence de tir, les canonniers de la Prudente tirèrent à démâter pour immobiliser le Centurion dont la puissance de feu était au moins deux fois supérieure à la leur. Au bout d’une heure de combat, le Centurion, la voilure et les mâts fortement endommagés, commençait à manœuvrer difficilement, mais la Prudente avait également beaucoup souffert et comptait déjà 14 morts et 25 blessés. Malgré ses avaries, elle parvint pourtant à se dégager de la mortelle étreinte du Centurion.

La Diomède n’étant toujours pas à portée de tir, la Cybèle et le Coureur du commandant Garraud se portèrent au secours de la Prudente et attaquèrent le Centurion. Pendant que la Prudente pansait ses plaies, la Cybèle encaissait durement les bordées ennemies. Par contre, le Coureur, brick léger, profita de sa petite taille et de sa vitesse pour s’approcher du Centurion et lui décocha quelques bordées à bout portant. Cependant, le vent tomba totalement et la malheureuse Cybèle se retrouva immobilisée sous les coups du vaisseau anglais. Malgré les voiles en morceaux, les mâts qui commençaient à s’effondrer et les pertes sévères, 30 morts et 55 blessés, la frégate française parvint à maintenir son feu sur l’ennemi. La Prudente, vaguement réparée, revint au combat pour la soutenir. Elle était également engagée par le Diomède qui venait tardivement porter main forte au Centurion. Les Anglais avaient hésité à s’engager totalement et avaient fait preuve d’un manque d’agressivité peu commun dans la Navy.

La situation était en train de devenir difficile pour les Français lorsque, contre toute attente, Le Centurion démâta. Les bordées adroites des frégates françaises avaient fait leur œuvre. Enfin, le Coureur parvint à placer un coup heureux dans le gouvernail du Centurion, ce qui le mit hors de combat. Alors que les français s’attendaient à poursuivre la bataille contre le Diomède, Osborne rompit le combat.

La Cybèle et la Prudente étaient dans un état pitoyable, mais le Centurion et le Diomède n’étaient pas mieux lotis. Les deux navires britanniques rentrèrent piteusement à leur base sous gréement de fortune. Les choses devaient mal se terminer pour le commandant anglais Sir Samuel Osborne qui, jugé responsable de la défaite, fut pendu.

Avec leurs petites frégates et leur brick, Renaud, Tréhouart et Garraud avaient héroïquement sauvé les Mascareignes.

Ce combat, pourtant peu connu, est une des rares victoires navales de la république. Les conséquences n’allaient pas être négligeables, puisque ces deux îles servirent de base arrière dans les expéditions lancées contre le commerce anglais dans l’Océan Indien. Surcouf qui participa à ce combat, son premier, à bord de la Cybèle allait appareiller pour ses campagnes de course à partir de ces îles.


A suivre...

Condottiere01@yahoo.fr

Illustration : Photographie de l'île Maurice.


Condottiere


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