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L'Echo du Village - Accueil n°305 - jeudi 29 juillet 2004
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La guerre sur mer pendant la révolution et l'empire.
Episode XVII.

Série d’articles sur la marine de guerre à voile et les guerres de la révolution et de l’empire. Le débarquement des Chouans à Quiberon.

Après les combats de Groix, la flotte de Villaret Joyeuse s’était réfugiée dans le port de Lorient. Toutes les troupes dépendantes de l’armée de terre étant réquisitionnées par Hoche, la garde du port, de la ville et des environs fut assurée par des détachements tirés des vaisseaux. Pendant ce temps, la flotte britannique commandée par Bridport et Cornwallis verrouillait impunément toute la côte pour protéger le débarquement des émigrés en baie de Quiberon. Les Anglais étaient devenus les maîtres de l’Océan. La Royale Navy contrôlait la Manche et l’Atlantique, elle interceptait les convois et organisait des échanges constants avec les îles anglo-normandes et les Chouans. L’Anglais poussait même l’audace jusqu’à entrer à l’intérieur des ports pour y capturer nos navires de commerce.

Le port de Lorient était dans une situation sanitaire critique. Coté mer, l’Anglais interceptait tous les navires de ravitaillement et coté terre, il n’était pas possible de se procurer quoi que ce soit sans avoir recours à la force. A l’arsenal, le manque de vivres entraîna une grève des ouvriers et l’arrêt complet des travaux. Ces deniers répondirent à toutes les remontrances par : « Donnez nous du pain, et nous travaillerons ». Ils finirent par obtenir le 3 Août, 16 thermidor an III, une augmentation de leurs salaires.

Pendant ces tergiversations et ces conflits sociaux, les Anglais avaient débarqué les Chouans à Quiberon le 26 Juin 1795, Messidor an III.

Les Britanniques étaient entrés dans le conflit tardivement. Ce n’était pas l’idéologie révolutionnaire qui avait justifié leur attitude, mais la présence française en Belgique, à Anvers notamment, et le rapprochement avec la Hollande. Depuis le Moyen-âge, les Pays-Bas et la Belgique étaient les deux principaux pays où transitaient les produits manufacturés britanniques en Europe. L’irruption de la France dans cette région était une menace pour la prospérité et la sécurité de la Grande Bretagne.

Pendant toutes les guerres du XVIII° siècle, la mobilisation de la marine anglaise avait pris du temps. De plus, la conception de la guerre des vieux amiraux anglais était dépassée. C’est pour cela qu’ils avaient refusé les chances qui s’offraient à eux à Toulon, et en Vendée entre 1793 – 1794 (voir épisodes précédents). Mais ils étaient désormais bien décidés à exploiter à fond toutes les possibilités qui leurs étaient offertes pour éliminer ce qui restait de la flotte française. Leur seul et unique but était de dominer sans partage les Océans et le commerce mondial. C’était l’objectif essentiel de l’opération de Quiberon.

Le 25 Juin 1795, une flotte anglaise comprenant une centaine de navires de transports commença à débarquer un premier corps de 4 000 hommes, des Français émigrés, avec une énorme quantité de vivres et de matériel : 80 canons, 80 000 fusils et des uniformes rouges pour 60 000 hommes. Trois cents officiers de l’ancienne marine royale participaient à cette expédition. Par contre, aucun soldat anglais n’en faisait partie.

Malgré les énormes moyens en vivres et en matériel déployés, les choses se passèrent mal dès le début. En effet, le débarquement des troupes à Carnac prit 48 heures de retard à la suite d’une querelle entre les deux chefs Chouans, le Comte de Puisaye et d’Hervily. Ces deniers se disputaient le commandement de l’armée au lieu de foncer à l’intérieur des terres.

Cette querelle était la traduction sur le terrain de la rivalité entre le comte de Provence, futur Louis XVIII, et le comte d’Artois, futur Charles X, chefs des deux principaux partis royalistes.

Selon une tradition française aujourd’hui séculaire, les chefs Chouans dépensèrent leur énergie dans des querelles de personnes. L’armée Royaliste se contenta d’occuper les communes aux alentours de Quiberon et ne fit jamais mouvement vers l’intérieur des terres, ce qui ne pouvait que favoriser la défense des républicains.

Hoche disposait d’un effectif total de 110 000 hommes. Mais ils étaient dispersés dans les 18 départements de l’Ouest et leur concentration demandait du temps. A Vannes, il n’y avait, le 27 Juin, que 2 000 soldats républicains. L’absence d’initiative des royalistes, trop occupés à se disputer entre eux, lui permit de rassembler ses troupes et de maîtriser la panique qui commençait à se développer à Vannes et dans le golf du Morbihan.

Des renforts de plus en plus nombreux convergeaient vers le lieu du débarquement, et la situation des républicains se raffermissait tous les jours. Dès le 4 juillet, Hoche disposait de 13 000 hommes dans la région. Nos deux duettistes n’avaient toujours pas réglé leur querelle pour le pouvoir, mais Hoche était bien décidé à les mettre d’accord.

Après de durs combats, les républicains repoussèrent le corps expéditionnaire royaliste et les 10 000 paysans, hommes femmes et enfants, qui les avaient rejoints dans la presqu’île de Quiberon et dans le fort des Sans Culottes. Le 7 Juillet, Hoche put écrire à la convention que « les émigrés étaient piégés à Quiberon comme des rats dans une ratière ».

Le 15 Juillet, la situation des Chouans sur le terrain était désespérée, mais cela n’empêcha pas les Britanniques de commencer le débarquement à Quiberon d’une division de renforts de 2 000 hommes commandée par Charles de Sombreuil.

Son chef demanda à ses deux confrères d’attendre que sa division soit complètement débarquée avant d’attaquer l’armée républicaine pour tenter de se dégager. Puisaye et d’Hervily ne suivirent pas les conseils du « troisième larron », et attaquèrent Hoche sans attendre l’arrivée des renforts. La bataille tourna rapidement au désavantage des émigrés. Ces derniers eurent à déplorer 1 500 morts et la perte d’une grande partie de leur artillerie. Grièvement blessé pendant l’attaque, d’Hervily fut évacué.

Toutes les tentatives de sorties que les royalistes tentèrent par la suite furent de sanglants échecs. Pendant ce temps, Hoche organisait la contre attaque. Il avait eu le temps de préparer son plan, grâce aux renseignements fournis par ses espions et les nombreux déserteurs de l’armée royaliste.

Le 20 Juillet, les républicains attaquèrent les positions des Chouans, malgré la pluie et le feu des navires Anglais. Ils s’emparèrent rapidement du fort des Sans Culottes et massacrèrent tous ceux qui voulurent résister. Les autres s’enfuirent jusqu’aux navires et tentèrent de rejoindre les transports. Dans la panique, au moins 700 civils, des femmes et des enfants, se noyèrent.

Puisaye était parvenu à rejoindre les navires anglais, et il ne restait plus que Sombreuil pour organiser la retraite. Avec les résidus de sa division il tenta, en vain, de contenir l’armée républicaine pour protéger la fuite des derniers royalistes. Cependant, toute résistance était illusoire, et il dut se résoudre à « se rendre à discrétion ». 6 200 personnes furent prisonnières des républicains.

Le gouvernement institua des commissions militaires pour juger ceux qui avaient trahi la France. On fusilla 748 personnes, essentiellement des nobles et des prêtres. Les autres s’en tirèrent sans trop de mal.

Les historiens se sont longtemps interrogés sur cette expédition et les buts de la Grande Bretagne. En effet, cette tentative de soulèvement était vouée à l’échec dés l’origine.

En 1795, la Vendée était écrasée et le régime républicain s’était consolidé. Les Chouans n’avaient aucune chance de parvenir jusqu’à Paris rétablir le roi comme ils auraient pu le faire en 1793 s’ils avaient été mieux soutenus. L’opération était mal montée, plus ou moins volontairement, puisque le plan de descente a été exécuté en plusieurs phases, alors qu’il aurait été préférable d’attaquer en force au même point. La mésentente des chefs Chouans était également connue. En fait Pitt, le premier ministre anglais le plus francophobe de l’histoire, voulait simplement utiliser les Chouans pour rallumer la guerre civile qui avait été tant préjudiciable à la France.

Les Britanniques avaient abandonné sur le terrain d’énormes quantités de fournitures militaires et la Chouannerie était définitivement écrasée. Mais d’un point de vue humain, les Anglais ne déploraient aucune perte, car aucun de leurs soldats n’avait participé à cette expédition. Les victimes étaient pour la plupart les officiers de l’ancienne marine française, ceux dont l’absence faisait cruellement défaut à la France.

A suivre….

Illustration le fort Penthièvre, appelé fort des Sans Culottes pendant la révolution.


Condottiere


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Condottiere

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