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L'Echo du Village - Accueil n°304 - jeudi 22 juillet 2004
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La guerre sur mer pendant la révolution et l'empire.
Episode XVI.

Série d’articles sur la marine de guerre à voile et les guerres de la révolution et de l’empire. Les combats de Groix.

Après la défaite du combat de prairial, et les pertes de la croisière du grand hiver, la flotte de la Manche, toujours commandée par Villaret-Joyeuse, ne pouvait déjà plus nourrir de grandes ambitions. Elle parvenait à peine à protéger des atterrages de l’Atlantique. Personne dans le haut commandement ne voulait prendre le risque d’un nouvel affrontement avec la Royale Navy. Une nouvelle bataille ne pouvait être que catastrophique, car il ne restait à Brest que 12 vaisseaux de ligne et quelques frégates en état de combattre.

Mais c’était sans compter sur la prétention de la convention qui maintenait ses ordres de combattre coûte que coûte. Le gouvernement français n’avait que faire du manque d’argent, de fournitures militaires et de vivres. La situation de l’ouest de la France était catastrophique. Dés le mois d’octobre 1794, la disette, était réapparue à Brest. Elle devint un problème crucial au printemps. Le pain vendu à la population était confectionné à partir d’ingrédients divers mélangés à de la farine de froment et de riz. Les rations journalières distribuées aux ouvriers de l’arsenal étaient tombées de 3 livres à 700 grammes par personne. Plus de 6000 malades encombraient les hôpitaux et l’activité du port s’en était fortement ressentie. La fièvre révolutionnaire était tombée et les marins désertaient en grand nombre.

Au début du mois de Juin 1795, l’amiral Vence qui escortait un convoi de fournitures et de vivres, de Bordeaux jusqu’à Lorient ¹, fut chassé au large de Belle-Ile par une petite division anglaise composée de trois vaisseaux et de deux frégates commandées par l’amiral Cornwallis. Après quelques heures de poursuite, Vence parvint à se réfugier dans la rade « du palais » devant l’île. Pensant que l’ennemi le guettait vers la pointe de Penmarch’, Vence n’osait sortir.

Villaret à la tête des restes de la flotte de la Manche, 12 vaisseaux de ligne et 18 frégates, dut aller le secourir. Le 16 Juin 1795, 28 prairial an III, Villaret dégagea Vence et prit son convoi sous sa protection. Le lendemain, tandis que la flotte française rentrait à Brest, l’arrière-garde de Cornwallis apparut à l’horizon. La chasse à l’Anglais commença aussitôt. Le Tigre de 74 canons rejoignit le premier le Royal Sovereign de 100 canons et engagea aussitôt le combat. Une canonnade de quatre à cinq heures s’ensuivit.

Vers 15H30, l’Anglais Mars commença à montrer des signes de faiblesse, et Cornwallis décida de se rapprocher de lui pour lui permettre de se retirer. Côté français, le Tigre également mal en point dut rompre le combat. Le Droit de l’Homme resté seul face à l’ennemi eut quinze tués à son bord. Les commandants du Formidable et du Zélé, n’avaient pas jugé utile d’aller le secourir et d’attaquer l’Anglais. Heureusement, vers dix huit heures, il parvint à se dégager grâce à l’intervention du Wattignies et du Jean Bart. Cette arrivée aurait dû permettre d’amariner le Mars, mais devant la détermination des Anglais qui se battaient pourtant à trois contre douze, la flotte française rompit le combat.

A douze contre trois, Villaret aurait dû écraser aisément l’Anglais. Plusieurs explications ont été données à cet échec. On a beaucoup parlé de l’incompétence de nos canonniers et des capitaines qui ne comprirent pas les signaux, mais l’explication la plus probable est que Villaret savait que l’amiral Bridport avec 17 vaisseaux de ligne avait appareillé de Spithead. Il s’attendait à le voir surgir à l’horizon. Par peur d’être coupé de ses bases, il n’osa pas pousser le combat à fond.

En cela, il avait sans doute vu juste, puisque l’escadre de Lord Bridport fut signalée le lendemain. En plus de ses dix-sept vaisseaux de ligne, l’Anglais escortait un convoi de troupes pour débarquer en Bretagne et organiser une nouvelle insurrection royaliste. Devant le nombre, Villaret décida de rejoindre Lorient.

Le 23 Juin, 5 Messidor an III, à quinze mille de Lorient, l’amiral français ordonna aux meilleurs marcheurs de régler leur allure sur celle des vaisseaux les plus lents qui étaient à portée de tir de l’Anglais. Lui-même, à bord de la frégate la Proserpine se porta à l’arrière, mais personne ne répondit à ses signaux et à ses ordres, même lancés au porte-voix. En fait, c’était la débandade, et chacun s’efforçait d’atteindre Lorient le plus vite possible, sans se préoccuper des autres. Villaret ne parvint jamais à obtenir l’aide de 7 vaisseaux, qui fuyèrent à toutes voiles après avoir dépassé la frégate amirale, malgré les huées de son équipage qui hurlait « Oh ! Les lâches. Oh ! Les lâches ». Seuls le Tigre, le Jean Bart et le Formidable exécutèrent l’ordre d’aider l’Alexander ², le vaisseau le plus lent de l’escadre, assailli par l’avant-garde ennemie.

Ce dernier se défendit héroïquement. Mais avec trois mètres d’eau dans ses cales, il dut amener son pavillon à 11H30 à six milles de Groix. Il retrouva ainsi sa nationalité d’origine. Quinze minutes plus tard, ce fut au tour du Formidable à seulement trois milles de l’île. Cinq vaisseaux, le Peuple, le Redoutable, le Droit de l’Homme, le Tigre et le Nestor auraient pu contenir l’ennemi et permettre à l’Alexander et au Formidable de s’enfuir. Mais les ordres donnés aux vaisseaux de tête de diminuer la toile et même au Zélé de passer une remorque au Tigre, en difficultés, ne furent jamais exécutés.

En dernier espoir, Villaret Joyeuse fit carguer les basses voiles de la Proserpine en espérant que les autres imiteraient sa manœuvre pour ne pas le laisser seul devant les boulets anglais. Il se mit même en travers pour arrêter les fuyards. Seul le Droit de l’Homme mit en panne. Mais constatant la fuite des autres vaisseaux, il remit de la toile tout en servant une bordée aux Anglais qui le talonnaient. En passant devant la Proserpine, qu’il manqua d’aborder, le commandant du Droit de l’homme, le citoyen Sébire Beauchêne reçut un message de mécontentement de son amiral.

Pendant ce temps, à un demi mille de Groix, le Tigre du commandant Bedout était entouré par trois vaisseaux anglais de 110 canons. Malgré une défense héroïque, il dut amener ses couleurs. Villaret Joyeuse avait fait remettre de la toile pour ne pas être enserré dans l’étau et décida, amer, de rentrer avec les 9 navires survivants dans le port de Lorient.

Lord Bridport qui était désormais à portée de canons des batteries situées sur Groix leva la chasse.

Le bilan était de 670 morts sur les trois navires français pris et de 31 tués pour l’escadre anglaise. La débandade de la flotte française fit scandale. Ce combat reste d’ailleurs dans les annales comme étant la bataille la plus honteuse jamais livrée par une armée française toutes armes confondues.

Une commission d’enquête fut nommée. Villaret se plaignit dans une lettre adressée à la convention « du citoyen Aved Magnac, commandant du Zélé, qui s’était toujours tenu loin de l’ennemi et qui n’avait pas exécuté les ordres ; du citoyen Larreguy commandant du Mucius qui avait forcé ses voiles dès les premières volées, pour se sauver au plus vite, sans même écouter les ordres qu’il lui donnait de la voix ; du citoyen Giot-Labrier, du Fougueux, de n’avoir pas pris part aux deux combats et d’avoir fait preuve d’ignorance et d’insubordination ; du citoyen Donat du Wattignies, de ne pas avoir exécuté l’ordre de se mette en panne pour couvrir le Tigre ; des citoyens Legouardun du Jean Bart et Sébire-Beauchêne du Droit de l’homme, d’avoir servi³ trop tôt avant le signal. »

Donat et Larreguy furent relaxés, Legouardun et Sébire-Beauchêne obtinrent leur réintégration après une suspension d’un mois. Par contre, les autres furent relevés de leur commandement.

Les Britanniques avaient désormais les coudées franches pour verrouiller la côte et protéger le débarquement des Chouans en Bretagne. Ce dernier aura lieu le 26 Juin 1795 en baie de Quiberon. Mais c’est une autre histoire.

¹ Sous l’ancien régime, les fleuves et le cabotage jouaient un rôle déterminant pour ravitailler les ports (voir épisodes précédents).
² Après avoir été capturé (voir l’épisode précédent), l’Alexander avait été remis en état et incorporé dans la flotte française.
³ « Faire servir » : Expression maritime qui signifie que le navire se remet en route.

Illustration : Bataille de Groix. Un navire Français isolé est assailli par l’escadre Anglaise.

A suivre...


Condottiere


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