L'hebdo
RETOUR A LA UNE

LES ARCHIVES
371370369368 367
366365364363362
Toutes les archives

LA REDACTION
Devenez reporter
Votre bureau
La rédaction
Les reporters

AIDE ET CONSEILS
Foire aux questions
Conseils d'écriture
La netiquette

Publicité

L'Echo du Village - Accueil n°301 - Jeudi 1 juillet 2004
Rubrique culture animée par aucun responsable. Postulez !


La guerre sur mer pendant la révolution et l'empire.
Episode XIV.

Série d’articles sur la marine de guerre à voile et les guerres de la révolution et de l’empire. La bataille du 13 prairial an III, 1 Juin 1794.

Pendant que « l’Anglais » brûlait les réserves de l’arsenal de Toulon et s’emparait des vaisseaux présents dans le port, la situation était quelque peu différente sur la côte atlantique. En effet, la marine française était parvenue à éviter une grande défaite navale. Les Britanniques, échaudés par la guerre d’Amérique et ses combats acharnés, avaient évité tout affrontement pendant toute la durée de l’année 1793. La Royale Navy n’avait pas su utiliser la chance que lui offrait l’insurrection de la Vendée pour contrôler les côtes de cette région, mais aussi du pays de Retz et du marais Breton. L’armée Vendéenne ne fut jamais soutenue par les Britanniques. Après leur défaite à Cholet, les Chouans tentèrent de trouver leur salut dans la fuite jusqu’à Granville où la Navy devait les réembarquer. Les Britanniques ne furent jamais au rendez-vous, et les royalistes désorganisés et découragés refluèrent en désordre jusqu’à Savenay où ils furent massacrés par l’armée républicaine. Une féroce répression s’installa alors sur la Vendée. La rébellion royaliste était vaincue lorsque les Britanniques voulurent l’utiliser 18 mois plus tard.

Cependant, la marine française n’avait pas su mettre ce répit à profit pour former ses équipages et rétablir la discipline. Une mutinerie avait même éclaté lorsque la flotte naviguait au large de Quiberon, obligeant l’amiral Morard de Galles à rentrer précipitamment à Brest.

Devant la gravité de la situation, le Comité de Salut Public, désigna en son sein, un représentant en mission investi de tous les pouvoirs, Jean Bon Saint André, avec mission de rétablir l’ordre. Installé à Brest, mais faisant fréquemment le voyage jusqu’à Paris, il pouvait prendre des arrêtés ayant force de loi. Son action de Septembre 1793 à Mai 1794, sera brève et assez peu probante. Pourtant, il avait compris qu’il était impératif de rétablir la discipline et de rappeler certains anciens cadres de la royale pour augmenter le niveau technique. C’est dans cet esprit qu’il décréta : « La mort contre ceux qui n’obéiraient pas aux ordres de leurs chefs, les injurieraient, porteraient la main sur eux, feraient partie d’attroupements délictueux sur les vaisseaux ou dans l’arsenal, contre les déserteurs ou les absents pendant trois jours sans permission ». Dans un autre décret du 2 février 1794, 14 pluviose an II, il déclara traîtres et passibles de mort les capitaines et les officiers ayant capitulé devant des vaisseaux ennemis quel que soit leur nombre.

Jean Bon Saint André fit régner la terreur à Brest, et s’attaqua indistinctement aux gens de l’ancien régime et aux incapables du nouveau. Cependant, il ne pouvait rien pour pallier au manque d’officier qualifiés et de marins, dont la plupart n’avaient jamais pris la mer, ainsi qu’à la pénurie d’approvisionnements et de fournitures militaires.

Au printemps 1794, les intentions des belligérants devinrent beaucoup plus belliqueuses. Les destructions de la guerre de Vendée (habitations, greniers, cultures) alliées à la guérilla des Chouans avaient contribué à la forte dégradation de la situation alimentaire de la France. La disette menaçait, et la république avait dû acheter de grandes quantités de blé aux Etats-Unis. Un immense convoi de 112 navires partit le 11 Avril 1794 de Saint Domingue. Il était escorté par une division légère de 6 vaisseaux commandés par l’amiral Van Stabel et attendu à Brest. Pour le Comité de Salut Public et la France affamée, ce convoi devait arriver coûte que coûte.

Le 2 Mai 1794, l’amiral anglais Howe appareilla de Portsmouth avec 35 vaisseaux et partit à la recherche du convoi pour l’intercepter. A la fin du mois, il n’avait plus que les deux tiers de ses forces avec lui, car il avait envoyé des éclaireurs à la recherche du convoi. Le 27 Mai, 8 prairial, Villaret Joyeuse, commandant la flotte française et sorti de Brest avec 25 vaisseaux le 17, rencontrait Howe à 400 milles au Nord de Brest et cherchait à l’entraîner hors des eaux du convoi. Un premier accrochage à l’arrière garde marqua cette rencontre. Le combat se poursuivit le lendemain. L’Indomptable et le Tyrannicide y furent durement malmenés. Ce combat incertain avait permis à Howe de disperser la flotte française. En effet, les commandants inexpérimentés n’avaient pas compris les manœuvres que leur ordonnait leur amiral.

La tempête et la brume empêchèrent la bataille de reprendre les jours suivants. Grâce à cette trêve imposée, Villaret parvint à regrouper ses forces. Mais le 13 prairial, le 1° Juin, le temps se calma et la brume se dissipa. Au matin, Villaret découvrit sa flotte à nouveau dispersée. Par manque d’entraînement et de formation, les commandants des navires français étaient incapables de conserver la position qui leur était assignée. Howe attaqua immédiatement. A dix heures, il n’y avait plus que 13 navires français en état de combattre. Villaret, ayant entraîné les Anglais suffisamment loin au Nord pour que le convoi puisse passer sans encombres, Jean Bon Saint André lui ordonna de rompre le combat et d’abandonner le reste de la flotte à son sort. Les pertes françaises s’élevèrent à 7 vaisseaux (dont le fameux Vengeur) et 5 000 tués ou blessés tandis que les Britanniques ne déplorèrent que 1 000 morts.

Voici quelques témoignages :

Moreau de Jonnès à bord du Jemmapes se laisse aller au lyrisme :

« Quand le nuage se déchirait, quelque vaisseau ennemi, ceint d’une double ou triple zone jaune ou rouge, nous montrait son flanc hérissé de canons prêts à nous foudroyer. Bientôt cette citadelle flottante, ramassant avec ses voiles immenses la légère brise de l’air, prenait une direction plus rapprochée et se couvrait de feu. Une effroyable détonation se faisait entendre et une grêle de boulets énormes venait démolir les murs de bois qui nous servaient de parapet. Souvent nous prévenions cette décharge meurtrière par celle de toute notre artillerie, et lorsque, à travers les tourbillons de fumée nous découvrions que nos coûts biens dirigés, avaient renversé un mât, abattu une vergue, enfoncé un plat-bord et fait une large brèche aux batteries ennemies, alors il s’élevait un cri de triomphe qui relevait le courage de nos compagnons moins favorisés que nous par les hasards du combat. »

« Privés de voiles et même de tous moyens d’en employer, nous étions cloués sur le champ de bataille sans pouvoir nous défendre. Un vaisseau à trois ponts, ayant reconnu notre situation désespérée, vint pour en profiter se placer en travers de notre arrière à demi-portée. L’Amiral qui le commandait parut sur sa dunette haute et crénelée comme la grande tour d’un vieux château et il cria à nos officiers : j’espère bien messieurs que vous avez amené. Pas du tout Monsieur répliqua notre capitaine, et appelant un timonier il lui dit : va t’en la haut mon garçon montrer notre pavillon à l’Amiral. Grimpant quatre à quatre les enfléchures des haubans d’artimon et saisissant un des coins du pavillon qui, faute de vent, tombait en paquet, il l’étala dans toute sa grandeur et le maintint ainsi en défiance de l’ennemi. L’amiral Anglais nous envoya à tous les diables et ordonna le feu. »

La fin du « Vengeur », selon Renaudin, son commandant.

Dés le début du combat, l’ancre du « Brunswick », vaisseaux anglais de 100 canons s’accrocha à celle du « Vengeur », 74 canons. Un combat acharné et à bout portant s’ensuivit entre les deux navires…. D’autres vaisseaux anglais s’y intéressèrent rapidement.

« Nous aperçûmes deux vaisseaux ennemis, dont un à trois ponts, qui arrivaient à l’autre bord. Chacun alla prendre son poste dans les batteries et le feu recommença. L’équipage encouragé par les officiers soutint ce premier choc avec une intrépidité vraiment républicaine, et nous reçûmes plusieurs bordées à couler bas. De ce côté, l’ennemi nous abandonnait, lorsque la vergue de l’ancre du vaisseau le Brunswick avec lequel nous étions abordés depuis plus de deux heures cassa. Le trois ponts, le voyant s’éloigner, vira de bord, revint sur nous et tira deux autres volées qui démâtèrent le vengeur de tous ses mâts, exceptés celui d’artimon qui ne tomba qu’une demi-heure après. Nous ne pûmes riposter, parce que l’eau avait subitement pénétré dans les soutes et que l’équipage se disposait à pomper et à puiser. L’ennemi se trouvait en désordre et confondu avec quelques uns de nos vaisseaux qu’il avait engagés, tandis que l’armée française était sous le vent avec deux vaisseaux anglais et s’éloignait beaucoup…
Nous nous sommes occupés depuis cette malheureuse journée de connaître le nombre des hommes réchappés au péril, et après nos différentes demandes verbales et par écrit nous avons connus qu’il s’était sauvé 267 personnes avec le seul habit qu’elles avaient sur le corps. En sorte que de 723 hommes qui composaient notre équipage, il s’en est perdu 456 ».

Cela s’était passé par 47° 48’ Nord et 18° 30’ Ouest.

Le convoi étant arrivé à bon port, le Comité du Salut Public n’hésita pas à faire de cette défaite une victoire. Cependant, cette bataille était une défaite profonde pour la marine française. Le premier Juin 1794, était avant tout un jour glorieux pour la Navy. Confrontés à la précision et à la forte cadence de tir des canonniers britanniques sur entraînés, les Français avaient rapidement eu le dessous. Même s’il n’y avait pas eu d’écrasement total, les Britanniques étaient parvenus à utiliser l’incapacité de leurs adversaires et avaient isolé une partie de la flotte française. La concentration des forces avait permis à « l’Anglais » de détruire plus facilement nos escadres.

A Suivre...

Illustration : "Howe sur la "reine Charlotte" perce la ligne pour achever la dispersion de la flotte française".


Condottiere


Réagissez à cet article dans les forums de l'Echo
Recommander à un ami
        Imprimer



L'auteur
Condottiere

Carte de reporter

5 derniers articles :
• La guerre sur mer pendant la révolution et l'empire.
• La guerre sur mer pendant la révolution et l'empire.
• La guerre sur mer pendant la révolution et l'empire.
• Je vais vous aider à devenir riche....
• La guerre sur mer pendant la révolution et l'empire.

Réagissez
- Réagissez à cet article dans les forums de l'Echo
- Recommandez cet article

Devenez reporter
L'Écho du Village propose à tous les villageois de devenir reportergrâce à une interface conviviale et facile d'utilisation.

L'Echo_du_Village
Les_Blogs_du_Village
Les_forums_du_Village