Lamiel (Stendhal : 1783-1842)
« Ce n’est que ça l’amour ! »
En 1839, Henri BEYLE dit STENDHAL, pense déjà au personnage de LAMIEL mais le roman sera inachevé. Après « La Chartreuse de Parme » et la critique dithyrambique de BALZAC (1840), Lamiel sera aux yeux de l’auteur, un roman inintéressant. Mais l’est-il vraiment ?
Si BALZAC reconnaît à Louis XVIII, le mérite d’avoir su réconcilier les Français, ce n’est pas le cas de STENDHAL qui trouve que son règne, ainsi que ceux de Charles X et de Louis-Philippe sont ennuyeux. STENDHAL ne connaître ni la Seconde République, ni Napoléon III.
La grandiose épopée de Napoléon s’est achevée à Waterloo, et depuis, la société s’ennuie.
En ce sens, LAMIEL est peut-être la créature la plus représentative de STENDHAL. C’est une fille adoptée par madame HAUTEMARE, une bourgeoise qui lui donnera une instruction avant de l’envoyer chez une noble… chez qui elle s’ennuiera !
Le docteur MOUTON est un autre singulier personnage. Bossu comme QUASIMODO, il y est pourtant diamètralement opposé. STENDHAL n’est pas HUGO, son bossu à lui sera instruit, colérique, et il profitera de sa science pour détourner les femmes vertueuses.
Reste le prêtre que LAMIEL s’amusera à torturer car, malgré toute son innocence, elle saura que celui-ci est amoureux d’elle.
Ces personnages auraient suffi pour faire un bon roman, et on ne comprend pas les réticences de STENDHAL qui, il est vrai, avec la « Chartreuse de Parme », vient de remporter un succès considérable. L’auteur se sent-il incapable de rééditer ? Sent-il que son nouveau roman est trop novateur pour son époque ?
Mais revenons-en à notre histoire. Le docteur MOUTON colère dès le chapitre II. Les femmes occupées au lavoir, le voient passer sur son cheval. Comme elles se moquent de sa bosse, il s’emporte et piétine la boue pour maculer leur linge.
Evidemment, on pourrait estimer que ce n’est que justice ! Mais STENDHAL nous aura, au préalable, décrit le caractère de ce médecin cynique, sans scrupule et qui a des vues sur l’enfant qu’est encore LAMIEL.
Faut-il en déduire que les femmes sont meilleures ? Non puisqu’elles insultent également LAMIEL, la fille du diable. Il est vrai que madame HAUTEMARE essaie de la faire passer pour sa nièce.
Reste-t-il encore des personnes convenables dans ce roman ? LAMIEL a bien des qualités : elle est intelligente, elle apprend vite, mais veut tout connaître de l’amour. Elle s’amusera à faire rougir le jeune curé, mais ne cèdera à personne…
Si ce n’est au jardinier qu’elle paiera pour « être déniaisée » avant de s’écrier déçue : « Ce n’est que ça l’amour ! ».
Comme la chose sera découverte, elle s’enfuira avec son « frère », celui qui devrait hériter à sa place.
LAMIEL est une manipulatrice, il est vrai qu’avec le docteur MOUTON, elle a été à bonne école. Elle forcera son partenaire à lui procurer des passeports et l’aventure commencera !
Dans ce roman où les héros ont tous une moralité douteuse, on peut se demander si STENDHAL a voulu envoyer un message à ses contemporains. Les risques de l’ennui dans une société sclérosée ?
Possible, mais après la « Chartreuse de Parme », Henri BEYLE a peut-être tout simplement songer à s’amuser.
S’il jugeait ce roman médiocre, pourquoi l’a-t-il écrit ?
René MORIN
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