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L'Echo du Village - Accueil n°300 - Jeudi 24 juin 2004
Rubrique Droit animée par Serket


Le fusible présidentiel
Premier ministre un poste à haut risque

S’il y a un poste à responsabilité que je ne souhaiterais pour rien au monde, c’est bien celui de premier ministre. Les hommes politiques l’on bien compris et considèrent ce poste comme un sacerdoce destructeur, une calamité à éviter à tout prix, si l’on ne veut pas ruiner à tout jamais sa carrière en politique. Essayons un peu de comprendre ce poste clé mais très difficile de nos institutions, en tout intéressant tout d’abord à son choix qu’il soit constitutionnalisé ou pris dans une habitude politique répétée. Puis nous verrons le cas de la fonction en elle-même et de sa conséquence. Enfin nous porterons notre regard sur le cas de la mise à terme de ce poste.

L’article 5 de la Constitution de la 5ème République du 4 octobre 1958 stipule que « le Président de la République nomme le Premier Ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du gouvernement. » Ainsi apparemment selon la lettre de la Constitution la nomination est totalement libre et n’importe qui, qu’importe son bord politique, peut prendre cette fonction. Mais en fait le Président nomme de préférence le leader de la majorité élue au Parlement car l’article 49 et la motion de censure empêcherait toutes les actions ou travaux du gouvernement. Il vaut donc mieux mettre en place un rassembleur et stabilisateur parlementaire. Ainsi, si nous excluons la cohabitation pour l’instant c’est-à-dire qu’en cas de concordance politique entre le Président et le Parlement, le premier Ministre est considéré comme le bras droit du Président.
De plus, très souvent mis à part en 2002 mais c’est l’exception qui confirme la règle, les différentes nominations suivent un ordre particulier. « Lorsqu’un Président est élu, il a souvent à cœur de nommer une personnalité qui a déjà une certaine consistance politique (Michel Debré, Jacques Chaban-Delmas, Jacques Chirac, Pierre Mauroy), alors que par la suite, il sera plutôt tenté de désigner un homme qui lui est proche même s’il est peu représentatif sur le plan politique (Georges Pompidou, Maurice Couve de Murville, Raymond Barre, Pierre Bérégovoy). » Formery Simon-Louis « La Constitution commentée article par article » Hachette Edition, 2003, 27-29.

Inversement, sous une cohabitation comme en 1986 et en 1997 le choix est plus limité et le premier ministre pourrait s’avérer plus fort et plus solide car le Président se retrouve alors chef de l’opposition en présence. Le Premier ministre a alors une prestance beaucoup plus grande et une stature importante. Il n’est plus sous la coupole du Président et suit la politique qu’il souhaite pour le pays.


Le Premier Ministre est le poste central, important mais très difficile de nos institutions. En effet le premier de nos Ministres doit gérer la politique du pays, mettre en route les actes réglementaires, s’expliquer devant les parlementaires qui ne sont pas des tendres surtout ceux de l’opposition, gérer les rivalités internes entre membres du gouvernement, appliquer les directives du Président par rapport à la réalité des possibilités (comme pour les baisses d’impôts actuelles, promises), représenter le pays partout en France, subir les grèves, manifestations, sit-in effectués à l’encontre de réductions de budget ou de « réformes », voir ses points dans les sondages dégringoler, lire partout les critiques des journalistes de toutes parts,... C’est pour tout cela que l’on considère le Premier Ministre comme le Punching-ball ou le fusible du Président de la République française, c’est lui qui prend les coups à sa place. C’est d’autant plus net quand on se rappelle la façon dont il a été mis en place. A l’inverse du Président qui est élu et donc détient une certaine légitimité immédiate à confirmer, le Premier Ministre est nommé et donc non soutenu par un plébiscite populaire bien qu’il soit le symbole d’une majorité élue.


Nous pouvons encore plus nous rendre compte de cette position de fusible quand nous voyons la façon dont il est mis un terme à sa fonction. Selon la Constitution, aucune révocation n’a jamais été prévue. Comme vous l’avez lu en effet, l’article 8 mentionne simplement que le Président met fin à la fonction sur présentation de la démission du Gouvernement. Pour autant une habitude politique a été prise de rendre cette démission systématique si le Président souhaite le départ du Premier Ministre. En effet on s’autorise à penser qu’il y a lors de la prise de fonction, la signature d’une lettre de démission tout de suite, comme une préparation au départ dès l’arrivée. D’autant plus que le Président utilise l’homme comme un pilote de montgolfière utiliserait des sacs de sable, il le renvoie pour lâcher du lest et éviter une plus grande catastrophe politique (mis à part le cas Raffarin III et IV).



Vous comprenez donc ainsi, qu’il est rapidement préférable si l’on cherche à faire une carrière politique d’éviter cette fonction à tout prix. Il est nettement mieux d’avoir celui de simple ministre ou secrétaire d’Etat. Pourtant ils sont encore beaucoup à le vouloir et à y aller coûte que coûte et nombreux aussi à se plomber politiquement (Raffarin, Rocard, Jospin,...). Mais d’autres arrivent l’incroyable, réussir le doublé Premier Ministre puis Président de la République, mais ils ne sont que deux dans la courte histoire de la 5ème République : Jacques Chirac et Georges Pompidou mais c’est parce qu’entre leur deux responsabilités un temps important s’écoula. Comme certains anciens Premiers Ministres le disent eux-mêmes cette fonction est une machine à broyer les hommes.


Hio-Tin-Vho
La plume plus forte que l'épée


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Hio-Tin-Vho
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