Le commerce religieux
Quand les lieux de culte ne sont pas seuls à avoir pignon sur rue
La séparation de l'Eglise et de l'Etat, c'était lié à un idéal de société. Le capitalisme, la dictature de l'argent sont un excellent terreau sur lequel poussent très bien les religions de tout poil. Elles prennent le relais des idéaux perdus et affichent leur diktat dans la rue. Cette rue où fleurissent commerces cacher, hallal... et certainement d'autres à venir.
La rue voisine était historiquement la "rue des bordels". Depuis leur fermeture, voici déjà quelques républiques, elle reste la charnière entre quartiers résidentiels et quartiers coquins, animée toute la nuit par le passage de voyageurs qui se rendent à la gare, des couche-tard en recherche de plaisirs et quelques établissements variés comme sex-shops, cabarets et bars américains.
Le rez de chausée commercial d'un des immeubles de cette rue très passagère affiche depuis hier une ouverture prochaîne : un supermarché Hallal. Perplexe, une fois rentré chez moi, je recherchais la signification de ce mot. Un saut rapide sur internet, et mon esprit s'éclaire : Il s'agit d'aliments autorisés par l'islam. Ainsi donc le commerce prend aussi les couleurs de la religion. Remarquez, nous avons bien Lourdes pour enrichir les petits commerçants, mais bon, comme ailleurs, c'est une ville de culte qui se prête bien à ce genre de dérapage.
Alors que les quartiers chauds d'une métropole... Ca me paraît être plus une démarche publicitaire que religieuse.
Quant à moi qui refuse de manger du poisson le Vendredi et qui ne fréquente jamais les cimetières à la Toussaint, (c'est beaucoup plus agréable et sincère les 364 autres jours de l'année), je suis choqué et inquiet. Inquiet de voir proliférer les vitrines, les propagandes, les actes racistes et sectaires, les contraintes, les aliénations même, conduits sous les bannières souvent blanches mais parfois noires de la vie spirituelle.
La curiosité m'a amené à consulter la liste des produits hallal : Le principe paraît simple et ma foi assez sain en terme d'hygiène alimentaire.
Mais cela devient délirant car visiblement totalement inadapté à une société, sinon évoluée (j'en doute parfois) du moins industrialisée,
Il faut en effet appliquer ces principes simples à la totalité des additifs présents dans tous les produits de consommation courante. Et là il est nécessaire de savoir comment est obtenu chaque produit au nom imprononçable, ou soigneusement numéroté.
On atteint simplement les limites de l'intégrisme religieux quelle que soit la religion.
Les religions sont nées voici plusieurs siècles, voire millénaires. Elles servaient de guide tant spirituel pour apporter une réponse aux questions existantielles que se posait l'humanité naissante ou confrontée à des situations de crise ou de perte d'identité. Elles ont énoncé des lois qui ont permis d'introduire une rigueur morale et des vertus de respect, d'entraîde, d'hygiène parfois, et cela par le moyen très simple de la carotte ( le paradis et tous ses dérivés) et le bâton (l'enfer et ses dérivés).
Certains de ces préceptes sont universels et sont communs me semble-t-il à toutes les religions : ne pas tuer son prochain par exemple. D'autres, alimentaires ou vestimentaires me semblent être liés à un environnement particulier mais toujours naturels à cette époque.
Aujourd'hui, la nature est exploitée, souvent bafouée, toujours modifiée, parfois maîtrisée et certains "commandements" n'ont de raison d'être que comme moyen de reconnaissance d'une communauté...
Peut-on tolérer que ces "panaches blancs", ces "étandards" sociaux puissent remplacer ceux des régiments pour lesquels tant de jeunes êtres ont perdu la vie depuis l'aube du monde ? Les laissera-t-on perdre leur liberté et leur âme cette fois ?
Ma mémoire défaillante me souffle que c'est Jean Yanne, l'auteur de cette réflexion : Si Dieu existe, j'espère qu'il a une bonne excuse !
Ingénieur et aquarelliste, je viens d'être greffé de deux cornées...
J'ouvre les yeux...
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