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La guerre sur mer pendant la révolution et l'empire.
Episode XIII.
Série d’articles sur la marine de guerre à voile et les guerres de la révolution et de l’empire. Les premiers revers : Toulon – 1793.
Pendant la période 1792 – 1793, on avait tenté d’armer une flotte en Méditerranée pour atteindre les Autrichiens sur leur flanc Sud, pour attaquer les ports Italiens et conquérir la Sardaigne. Cette mission semblait facile compte tenu des exploits réalisés pendant la guerre précédente par la Marine. Elle fut confiée aux contre amiraux La Touche-Tréville, et Truguet. En raison du chaos régnant dans les ports et à Paris, ces derniers parvinrent difficilement à réunir 9 vaisseaux au lieu des 15 prévus à l’origine. Les équipages étaient hétéroclites et les troupes de débarquement comprenaient un grand nombre « de volontaires Marseillais », gibier « de sac et de corde » dont la place était plus dans un bagne que dans une armée. Après une croisière sans danger devant Nice et Gène, on se risqua à pousser jusqu’à Naples. Les Napolitains ayant quelque peu rudoyé notre ambassadeur, la flotte exigea et obtint de fortes réparations du roi de Naples. Cependant, sur le chemin du retour, un coup de vent pourtant léger dispersa la flotte. Une partie de celle-ci dut retourner à Naples pour réclamer du secours aux gens qu’elle avait menacés quelques jours auparavant ! Le reste cingla vers la Sardaigne pour tenter de s’acquitter de la suite de sa mission. Les troupes disponibles furent convenablement débarquées à Cagliari capitale de l’île. Mais confronté à un semblant de résistance, le corps expéditionnaire essuya quelques coups de feu, les volontaires marseillais se débandèrent. Truguet dut rembarquer le contingent et retourner sans gloire à Toulon le 8 Mars 1793. Les rodomontades des révolutionnaires s’achevaient dans la confusion et le ridicule.
Sur ces entre faits, la guerre avait été déclarée à la Grande Bretagne, et l’amiral Hood, avec 21 vaisseaux de ligne, renforcés par une escadre espagnole arriva devant Toulon. Cet adversaire était d’un tout autre calibre que les Sardes, les Napolitains et les vents contraires. Il n’était pas question de l’affronter avec 9 vaisseaux de ligne mal équipés montés par des équipages sous entraînés. Le blocus du port militaire de Toulon, deuxième arsenal français commença, ce qui n’arrangea pas le climat en ville, le travail dans les arsenaux et l’entraînement des équipages.
Cependant, les évènements allaient prendre une tournure encore plus dramatique. Pendant que « l’Anglais » croisait impunément devant le port de Toulon et les côtes de Provence, capturant tous les navires de commerce français passant à sa portée, les montagnards prirent le pouvoir par la force à Paris et chassèrent les députés modérés Girondins le 31 Mai 1793. A la suite de ce coup d’état, une insurrection éclata à Lyon, Avignon, Nîmes et Marseille. Le 12 Juillet 1793, elle gagna Toulon, où la population, excédée par les désordres, les exactions et l’incurie de la tyrannie Jacobine remplaça la municipalité en place par un comité insurrectionnel. Les royalistes, nombreux dans le port devaient rapidement en prendre le contrôle. Ceux-ci, en apprenant la reprise de Marseille par les Jacobins le 25 Août et les terribles représailles exercées contre la population, commirent l’irréparable en faisant appel à la flotte anglo-espagnole croisant au large.
Deux cents ans après, on ne peut qu’être stupéfait par leur immense naïveté. Le 23 Août 1793, ils demandèrent à Hood de prendre la ville et ses dépôts jusqu’à la paix. C’est en toute candeur qu’ils déclarèrent le 24 Août : « Lorsque la paix sera rétablie en France, les vaisseaux et les forteresses qui auront été mis à la disposition des Anglais rentreront au pouvoir du roi de France dans le même état qu’ils étaient à l’inventaire ».
C’était se faire de grosses illusions sur les intentions des Britanniques à l’égard de la France. Ceux-ci n’avaient que faire de la politique et de l’idéologie. Ils ne cherchaient qu’à profiter des troubles pour éliminer toute menace sur leur commerce et assurer la prospérité de leurs colonies. Leur seul et unique but était de détruire la marine française.
Le 28 Août 1793, l’amiral Hood débarqua 13 000 hommes de troupes alliées : Anglais, Espagnols, Napolitains et Piémontais. Le Baron d'Imbert, chef des royalistes, fit proclamer Louis XVII roi de France le 1 Octobre, et arborer le drapeau blanc fleurdelisé, tandis que l'amiral de Trogoff livrait la flotte française à l’ennemi. Cependant, une fois entrés dans le port, les Britanniques se comportèrent rapidement comme en pays conquis, en hissant « l’Union Jack » en haut des forts de la rade. De Louis XVII, il n’en était plus question. Avec des renforts, ils auraient même pu tenir durablement la ville, compte tenu de l’incurie de leurs adversaires.
Cependant, après des mois d’inaction, les Jacobins envoyèrent sur place Dugommier le vainqueur de Jemmapes. Après avoir bloqué la place par la terre, il se décida à accepter le plan d’attaque d’un jeune capitaine d’artillerie nommé Napoléon Bonaparte. Ce dernier, après une reconnaissance sur la colline de « Six Fours » et du « Caire » à la « Seyne sur mer », avait imaginé un plan audacieux : s'emparer des deux fortins de « l'Eguillette » et de « Balaguier » pour interdire par l'artillerie la passe séparant les deux rades de Toulon. Une fois cette opération effectuée la flotte anglaise serait sous le feu de l’artillerie républicaine et privée de toute possibilité de ravitaillement par mer.
La première étape consistait à prendre la colline du Caire que les Anglais avaient fortifié en construisant une série de redoutes de terre et de gabions baptisées « Fort Mulgrave » « Saint Philippe », « Saint Côme » et « Saint Charles ».
Le 20 Novembre, Dugommier installa en face du principal ouvrage Anglais, le « Fort Mulgrave », la batterie « des Jacobins » sur la crête de « l’Evescat ». Elle fut rapidement flanquée à sa gauche par la très célèbre batterie des « hommes sans peur » qui ouvrit le feu le 28 Novembre.
Le dispositif fut renforcé et complété le 14 Décembre par l’ajout de la batterie des « Chasse Coquins ». Pour canonner les vaisseaux alliés dans la rade, les républicains construisirent également les batteries de la « Grande Rade » sur la colline du « Rouquier », des « Quatre Moulins », de « Fabrégas » de « Mar Vivo » et des « Sablettes ».
Dans la nuit du 16 au 17 décembre, et malgré de fortes pluies, l’armée française lança l’assaut contre le « Fort Mulgraves », la principale défense anglaise. La colline du Caire devait tomber, après de furieux combats au corps à corps, au cours desquels Bonaparte fut blessé. Menacés par le feu de l’artillerie française, les Britanniques durent évacuer le lendemain les forts de « l’Eguillette » et de « Balaguier ». A partir de ces deux forts, l’armée républicaine pouvait canonner la ville et les navires anglais. Le dénouement était proche.
Le plan de Bonaparte était une réussite complète. Ce furent ses premiers faits d’armes, et il gagna à Toulon ses galons de général.
Craignant d’être pris au piège si les Français parvenaient à fermer le goulet, Hood n’insista pas. Le 18 décembre, la flotte anglaise se retira après avoir incendié les réserves de bois de l’arsenal pris ou brûlé les navires présents dans le port, 13 vaisseaux de ligne et 10 frégates. « Le Commerce de Marseille » vaisseau de 120 canons lancé l’année précédente, ainsi que le « Héro » navire commandé par le bailli de Suffren, « l’amiral Satan », terreur des Anglais pendant la guerre d’indépendance américaine faisaient partie du nombre.
La population civile française fut abandonnée à l’armée républicaine qui se livra à une répression féroce : le pillage fut autorisé et 1000 personnes, parmi les plus compromises furent fusillées.
Malgré son départ forcé de Toulon, Hood avait remporté une grande victoire. En capturant sans combat une flotte française et en incendiant les réserves, ce qui empêchait la reconstruction à brève échéance de nouveaux navires de guerre, il avait refait de la Méditerranée un lac anglais. Dix ans après la fin de la guerre d’Amérique, les Britanniques revenaient en force et pour longtemps en Méditerranée. Pour la France et sa marine, les résultats étaient déjà catastrophiques. Mais ce n’était rien à côté de ce qui se produisait sur la façade atlantique…
(Illustration prise d'un fort surplombant la rade de Toulon)
A suivre.
Condottiere
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Condottiere
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