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L'Echo du Village - Accueil n°299 - 17 juin 2004
Rubrique L'actu animée par Aggie


Bloom's day! Joyce encore
Et encore

Le péplum moderniste d'un publicitaire et son épopée dans les pubs.

Lacan aimait faire ce sketch à propos de Joyce : "Du Joyce il y en a comme ça, disait-il, avec un geste évoquant la hauteur modeste d'une pile de livres, du sur Joyce il y en a comme ça ajoutait-il", en embrassant du geste un volume plus que considérable.
A l'occasion de ce centième BLOOMSDAY le réalisateur Joseph Strick ne présentera pas son adaptation d'Ulysse au 19ème symposium James Joyce. La projection ayant été annulée. Le film parut en 1967 pour l'année de la création de l'International James Joyce Fondation mais resta interdit jusqu'en 2000.
Que les lecteurs de l'Echo se rassurent : Ulysse avait été projeté le 16 juin 1982 salle Garance au centre Beaubourg et il n'est pas possible à l'auteur de faire acte de fausse modestie : il était l'un des 7 spectateurs qui assistèrent à cette unique projection d'un des chef-d'oeuvre du cinéma. Il doit cependant confesser n'avoir été là qu'en croyant assister à la projection d'un péplum.
La presse a donné suffisamment d'écho aux événements périphériques au James Joyce Symposium (par Frédérique ROUSSEL jeudi 27 mai 2004, Liberation.fr). Les prétentions de l'ayant-droit Stephen Joyce ont contraint le Parlement à voter un amendement conformant les droits d'auteurs sur les oeuvres littéraires et plastiques à leur utilisation dans les expositions publiques.
Pourquoi la censure était peut-être plus avisée que la critique qui s'obstinait à reconnaître dans les tribulations de notre Leopold Bloom la pérégrination d'Ulysse telle qu'Homère l'avait présentée ?
Oui ! Partir en avant du soleil, lui dérober un jour.....
Mais le pays n'est pas la carte et une seconde vie n'est jamais suffisante pour raconter la première. Le vrai casse-tête c'est de traverser Dublin sans passer devant un zinc. Dès le matin jusque chez le charcutier pour acheter les rognons du petit-déjeuner (sa faiblesse) avant d'essayer de rattraper les jambons de la bonne du voisin rencontrée dans la boutique. Toujours rejoint par l'ailleurs, l'Orient, quant au retour l'eau du thé se met à bouillir. L'odeur du thé infusé se mêle à l'odeur de sa chair s'échappant du lit quand elle verse le liquide ambré, mais rien sur l'odeur des rognons en train de frire jusqu'à ce que Molly demande qu'elle était cette odeur de brûlé venant de la cuisine. La motricité du récit chez Homère restera éolienne, il semble que ces glandes de porcs ingurgitées par Leopold au petit-déjeuner lui fournissent l'énergie qu'il va déployer pour arriver au bout du livre.
Le héros rédacteur dans une agence de publicité parcourt le courrier pris à la poste en allant chez le charcutier avant de courir le monde croyant poursuivre le bonheur resté casanier. "...me voila lancé dans la photo et ça marche comme sur des roulettes... " lui écrit sa fille qui a eu quinze ans hier le quinze. Quant à la lettre en poste restante reçue au nom de Harry Flower il la lira plus tard... (Les cinéphiles se souviendront du boss de la mafia des courses qui porte le même nom dans Performance ou l'abominable Mick Jaegger apparaît dans sa seule prestation qui ne soit pas du chiqué).
Quant à la lettre reçue par Mme Bloom, c'est Boyland le directeur de la chorale qui la fait si bien chanter la la si da rem et Pour un peu d'amour et confirme sa visite pour quelque mise au point dans l'après-midi.
Révélons d'entrée le mot de la fin de cet Ulysse. La morale n'est plus ce qu'elle était au temps d'Homère.
Mme Bloom n'est pas Pénélope. Le bonheur est plus que casanier, il a déjà pour domaine particulier le Litto Matrimoniale et si le récit ne tombe pas dans le vaudeville, c'est poussé au-delà par un grand courant rabelaisien, mixé par Stern, jusqu'à l'épopée de la fusion des langages dans la fraternité de classes arrosée à la lager bier des pubs. Le prêtre, celui qui rapproche des femmes, à la grande différence du zinc, boit du vin.
--1904/1914: d'une autre manière, à la française, Proust et les pitreries dadaïstes restent comme un ailleurs d'une fraternité des tranchées restées sous la coupe d'une chefferie susceptible sur les écarts de langage, comme le rappelle l'histoire du pantalon rouge.--
Déjà dans ce que Joyce avait présenté comme destinée exemplaire les années de formation du roman précédent s'achèvent pour Dedalus à son premier cachet qui fait de lui un homme ; professionnel, travailleur, avec les moyens d'assouvir la chair, de s'offrir le fruit défendu. Pourquoi dans le commerce de la chair est-il dans la faute ? Son angoisse procède des secrets mal fermés de ce nouvel état ; le mal, la faute, le péché, l'enfer lui sont coextensifs, forcément affirmés par la société des damnés et son droit de regard ; imperméable à la miséricorde divine envers du baptême, plongée dans le St Esprit.
"La participation de grands acteurs du théâtre irlandais ainsi que l'image en noir et blanc apportent un éclairage charnel à l'oeuvre de Joyce." disait le programme du James Joyce Center qui annonçait le film.
Le gouvernement a payé 12,6 millions d'euros en 2001 pour plus de 500 feuillets écrits par Joyce dont les brouillons de huit chapitres d'Ulysse. L'épopée de Léopold Bloom et de Stephen Dedalus dans les rues de la capitale irlandaise le 16 juin 1904.
Ce jour-là James Joyce avait rencontré Nora, qui devait devenir sa femme. J'en viens alors aux développements inédits rien moins que joyciens à cette exégèse biographique.

La recherche et le transit des manuscrits est une agitation périphérique à l'histoire de l'écriture. Au 19me siècle l'attraction des grandes collections de livres et de manuscrits est encore considérable dans les motivations de bon nombre de voyageurs. Le voyage littéraire est un motif qui fait genre dans le récit. Nerval utilise aussi l'argument du périple à travers les bibliothèques dans Angélique.
A Bibliographical antiquarian and picturesque tour in France and Germany de Thomas Fragnal Dubdin est une rareté pour bibliophile averti. Voila le compte-rendu d'une excursion littéraire sur le continent ou l'auteur dans son souci du détail sur les libraires et bibliothécaires visités se montre peu soucieux de la bienséance qui lui aurait imposé de garder confidentiel ce qu'il voyait à l'intérieur des maisons dont il fut l'hôte. Le bibliographe a la prétention de vivre de l'amour du livre, il est donc conduit au commerce du livre, au "Bibliopolisme" dit Dubdin.
Pour 31 bibliomanes le 17 juin 1812 devint le jour anniversaire de l'adjudication du Décameron de Valdafer pour une somme astronomique à la vente de la bibliothèque du duc de Rox et ainsi vit le jour le Roxburghe club dont Dubdin était vice-président. Chaque convive au banquet annuel de la société devait s'acquitter d'une dizaine de toasts adressés à la cause de la bibliomanie du monde entier, à la mémoire de Christof Valdafer, à Will Caxton premier imprimeur anglais, celui à John duc de Rox finissait la série. Par ailleurs, chaque membre était tenu de faire réimprimer un livret devenu rare et d'en présenter un exemplaire à chacun. Cette société littéraire se perpétua jusque dans les années vingt.

Joyce après sa rencontre avec Nora n'assista pas à la réunion du club le 17 juin 1904. Un autre Bloom's day commençait. Oui ! Partir en avant du soleil, lui dérober un jour...

Internet Resources sur Joyce
The International James Joyce Foundation Bookstore
The James Joyce Resource Center

International James Joyce Foundation Reference
Bylaws of the International James Joyce Foundation


Yves Maraux


coglobe@wanadoo.fr


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