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La guerre sur mer pendant la révolution et l'empire.
Episode XII.
Série d’articles sur la marine de guerre à voile et les guerres de la révolution et de l’empire. Cette semaine, nous commençons à parler de choses sérieuses : le potentiel militaire naval de la France anéanti (1789 – 1793).
« Durant ce court espace de temps, les Français ont fait eux-mêmes pour nous ce qu’auraient pu faire 20 batailles ». Edmund Burke à la tribune de la chambre des communes le 9 février 1790.
1) Quel était l’état d’esprit des cadres de la marine au début de la révolution ?
La plupart des officiers avaient fait la guerre d’Amérique et avaient été touchés par les doctrines des disciples de Jean Jacques Rousseau et de Voltaire. Cela ne signifiait pas de leur part une complète adhésion à l’idéal révolutionnaire, surtout lorsqu’il allait à l’encontre de leur ambition personnelle et de leur statut, mais il n’y avait pas d’hostilité déclarée contre les idées de la révolution tant qu’elle ne s’attaquaient pas à la monarchie ou au prestige du roi. De nombreux amiraux célèbres comme Destaing, Latouche-Treville, ou Kersaint rejoignirent les clubs. Ils étaient favorables à une évolution du régime vers une monarchie constitutionnelle à l’anglaise.
Au fond, le corps des officiers avait toujours été reconnaissant au roi Louis XVI d’avoir relevé la flotte et d’avoir restauré le prestige du pavillon national en participant à la guerre d’Amérique.
Cependant, la tournure dramatique des évènements changea rapidement les choses.
2) Les désordres.
Avant même la réunion des états généraux, Brest, Toulon, Rochefort, mais aussi le Havre, Saint Malot et Bordeaux connurent des troubles avec des pillages et des menaces d’exactions contre ceux qui tentaient de s’y opposer. La foule s’attaquait aux arsenaux ou aux dépôts pour y chercher les vivres et les fournitures dont elle avait besoin, mais aussi pour confisquer les armes qu’elle craignait de voir utiliser contre elle. Le phénomène s’accrut avec la période que les historiens ont appelée la « grande peur » après le 14 Juillet 1789.
C’est à Toulon que les troubles prirent le plus d’ampleur. Le comte Albert de Rions, amiral commandant l’escadre de Toulon, fut bientôt en butte à l’hostilité du peuple, de la petite bourgeoisie et de ses représentants civils (la municipalité), ou militaires (la garde nationale). Tout d’abord, les ouvriers de l’arsenal voulurent porter la cocarde tricolore et remplacer l’ancien pavillon blanc. Beaucoup d’officiers et de matelots ne voulaient pas abandonner le pavillon qu’ils avaient défendu pendant toute leur carrière. Pendant longtemps, la marine conserva le pavillon blanc, avec un quartier tricolore à la drisse « hochet à laisser aux enfants », selon un officier. A partir de cet épisode burlesque, l’hostilité à l’égard de la marine et de ses cadres s’amplifia dans les milieux révolutionnaires. L’esprit de corps et de caste des officiers, commença à nourrir la suspicion et la méfiance jusqu’à la révolte. Les matelots et les ouvriers des arsenaux se révoltèrent souvent avec la complicité de la petite bourgeoisie et des autorités locales et nationales.
De Rions, pourtant soutenu par ses officiers, fut arrêté avec la complicité du maire le 1° Décembre à Toulon, à la suite d’une émeute. Pourtant saisie par cette affaire, l’assemblée nationale n’osa pas prendre parti. De Rions fut libérée, mais muté à Brest.
A peine arrivé à Brest, il fut insulté par la populace et obligé finalement à démissionner. A partir de ce moment, il ne fut plus possible de tenir les équipages, et les actes d’indiscipline, voir de sédition se multiplièrent. Dans une arme exigeant la discipline et la cohésion, cela provoqua rapidement le découragement de l’état major et des officiers. C’est à partir de ce moment que les officiers émigrèrent massivement. En Mars 1792, il ne restait plus que 2 vice-amiraux sur 9, 3 contre-amiraux sur 18, 42 capitaines de vaisseaux sur 170 et 356 lieutenants sur 530. Beaucoup de ces officiers se retrouvèrent dans la malheureuse aventure de Quiberon et finirent massacrés sur les plages ou exécutés par ordre de la convention.
3) « Le corps de la marine est supprimé » (l’assemblée constituante).
Avant même sa dissolution, l’assemblée constituante avait pris conscience de la gravité de la situation et pris des mesures pour répondre à la catastrophe. Inspiré par le député Malouet, un nouveau décret fut adopté le 29 Avril 1791.
Les officiers nobles émigrés ne pouvant être remplacés, on fit appel systématiquement à la marine marchande pour remplir les vides. Ces derniers étant eux même en nombre insuffisant, on fit appel aux pilotes ou aux officiers de port. On créa un nouvel examen symbolique ouvert à tous les français ayant navigué au moins quatre ans pour recruter les enseignes. Ceux-ci avaient le droit de monter jusqu’au grade de capitaine de vaisseau même s’ils avaient navigués qu’au commerce. Les résultats de ce recrutement ne se firent pas attendre. Les fausses manœuvres se multiplièrent, et de nombreux navires furent isolés en pleine bataille, parce que leur commandant n’était pas capable de comprendre le code des signaux !
Parce que l’on supportait difficilement toute supériorité à quelque niveau que ce fut, on supprima le corps des célèbres « matelots – canonniers » qui avait fourni les artilleurs victorieux de la guerre d’Amérique pour les remplacer par des engagés volontaires de 18 à 24 ans. Les résultats furent la aussi catastrophiques, les canonniers français se distinguèrent pendant la totalité des guerres de la révolution et de l’empire par leur incapacité.
L’assemblée décida également de supprimer le corps des gardes côtes, milice chargée de la défense des côtes de France contre les attaques et le sabotage de ses ennemis. Bonaparte fut obligé de rétablir ce corps en catastrophe pendant la paix d’Amiens pour assurer un semblant de défense de nos côtes.
Il ne restait plus à la convention qu’une erreur, irréparable cette fois, à commettre : déclarer la guerre à la Grande Bretagne le 1 février 1793.
En surpassant les pires erreurs du régent et du roi Louis XV, la république naissante fit, à son corps défendant le jeu du Royaume Uni. En abandonnant la mer à la Navy et aux navires de commerce anglais, la France allait user ses forces dans des accroissements territoriaux sans fin et sans lendemain sur le continent.
A suivre.
(Illustration : combat entre navires anglais et français).
Condottiere
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Condottiere
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