Et nous qu'aurions nous fait?
Quel aurait été notre action sous la seconde guerre mondiale?
En ses jours de mémoire et de souvenir on tente de ressouder avec le passé proche de la seconde Guerre mondiale. Pour la connaissance et le bien de tous on essaye de se rappeler au travers de reportages télévisés, qui rassemblent de plus en plus de téléspectateurs, mais aussi au travers de la parole de ceux qui l’ont vécu, les derniers qui sont encore là pour nous en parler, mais pour combien de temps encore. Au delà ce magnifique mouvement je souhaiterais soulever une question difficile et dont les blessures risqueraient d’être profondes et indélébiles pour la fin des jours. Qu’aurions nous fait si on avait été dans la même situation qu’eux ?
On jette l’opprobre sur les collaborateurs, les dénonciateurs ou profiteurs de cette monstruosité qui n’a eu lieu qu’il y a soixante ans, mais nous, aurions été capable de faire mieux ? Je ne veut n’y expliquer, ni juger, ni excuser, mais je voudrais savoir si nous hommes et femmes, enfants, adultes, adolescents qui pour la plupart n’avons connu que la liberté et la paix, la docile et douce vie sans diktat ni mort ni sang, aurions fait autrement ou aurions nous été meilleurs ? Nous ne pouvons en fait le savoir car la situation ne s'est pas présentée frontalement, nous n'avons heureusement pas été plongés dans ce drame, dans cette cruelle situation, mais en notre âme et conscience qu’aurions nous fait ?
Au tout début du conflit et surtout au début de l’occupation en France, seule une poignée de résistants, représentant à peine 2% de la population active s’opposa aux troupes allemandes mai aussi italienne et se trouva ensuite face à la milice, ces français qui choisirent de s’allier avec les forces hitlériennes et dénoncèrent leurs propres compatriotes. Leurs crimes et leurs actions furent, et c’est indéniable!, horribles et répugnants, mais, nous, qu'aurions-nous fait? Aurions-nous eu le courage de rejoindre le rang de poussière minuscule de la population qu’était la résistance ? Aurions-nous suivi le mouvement incrédule et formé une partie de ce marais attentiste qui était la grande majorité de la population française ? Ou pire encore mais c’est aussi possible, aurions-nous fait partie de ces miliciens ou même des Waffen-SS français ? Qui peut savoir ?
Mais se ne sont pas que ceux qui ont suivi les ordres de l’Allemagne nazie bon gré mal gré sur lesquels on doit porter un regard, il y aussi ce qui ont profité de la situation pour faire du commerce, du marché noir, ou pire encore comme le résume le très beau film « Monsieur Batignole » qui ont utilisé la Shoah pour s’emparer des biens des juifs. Aurions nous vraiment été différents d’eux ? Je ne sais pas. Moi même...
Mais cela ne s’arrête encore pas là, au moment de la Libération, après la révélation des crimes horribles des miliciens et telle une vapeur sous pression, un nombre incalculable de français vont s'en prendre à d’autres avec une rage et une cruelle ferveur. Des femmes tondues, des torturés, des pendus, tous sans aucune forme de procès ni même de réflexion. Peu de gens, même célèbres ou cultivés, ne se lèveront contre cela. Seul des gens très peu nombreux comme Jean-Paul Sartre oseront refuser de tels actes. Et nous alors ? Nous qui vivions confortablement ou moins bien, mais dans un pays à présent pacifié et libre, est-ce que l’on aurait eu le courage de dire non à ceci. Des femmes qui ont eu des relations charnelles et affectueuses avec des allemands, à cette époque qu’aurions nous pensé de cela ? Qui sommes-nous pour juger, pour se dire que l’on aurait fait différemment, c’est sûr ?
En définitif, si la situation n’était pas trop difficile pour nous, ne valait-il mieux être de ceux qui se disait que cela ne les regardait pas, que ce n’était pas leurs affaires, alors que les fumées des chambres à gaz volaient vers nos habitations ? Réellement, sans fausse mesure ni galvaudage prétentieux, qu’aurions nous fait ? Le courage et les tripes auront-elle pris nos vies ? Quand on sait que nos familles, nos amis, et tous ceux qui nous connaissaient risquaient aussi leur vie sans être responsables de rien, aurions-nous continué d’avoir une telle détermination ? C’est pourquoi les actes de tous ceux dont l’action petite, grande, fulgurante, mais qui leur ont très souvent coûté la vie sont encore plus à reconnaître comme de véritables héros, ils ont fait un choix difficile et que beaucoup ont refusé. C’est donc tout à fait normal et logique de reconnaître en eux des hommes et des femmes d’exception qui ont parfois quasiment tout sacrifiés pour la liberté, la justice, la vie même de tout un continent. Comme l’a rappelé Patrick Rotman dans le magnifique reportage Eté 44 du Lundi 31 mai, les résistants français de la première heure par exemple, ont permis que le mot honneur s’écrivent encore en français.
Et nous ?
Hio-Tin-Vho
La plume plus forte que l'épée
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