Le Jeune Homme et la Princesse
Souvenirs... souvenirs...
Il était une fois, dans un Royaume proche de chez vous, un Jeune Homme rêveur et timide...
Il vaquait, une partie de sa tête dans ses livres, l'autre partie dans les étoiles, se demandant s'il y avait quelque chose là-haut, là-bas, derrière la nuit, plus loin que le soleil ; il vaquait disais-je, à de vagues occupations professorales ; on aurait donc pu dire qu'il « vaguait »...
Occupations vagues, certes, mais anglaises ! Ce qui vous donne une idée de la futilité des choses en ce bas-monde....
Un Collègue nouveau arriva, histoire de futiliser davantage. Ce Collègue habitait un gros bourg, distant de quelques lieues et célèbre pour sa Cathédrale, ses couronnements, son champagne et une bibliothèque extraordinaire.
Un beau samedi - c'était l'été, il faisait 20 degrés, ciel dégagé,
piste 4, Papa Tango Charlie, Over - le Collègue, pour réintégrer ses pénates
familiales, se trouva fort dépourvu : ni cheval, ni patache !
Le Jeune Homme, n'écoutant que son bon coeur et son envie d'aller faire
un tour, lui proposa derechef de le mener chez lui. Le Jeune Homme disposait en
effet d'une carriole personnelle à quatre roues, assez ruinée et rouillée, qu'il appelait affectueusement Ma Poubelle Ambulante, mais qui roulait ! Lentement, mais elle roulait !
C'est ainsi que les histoires les plus fabuleuses, les plus étonnantes
commencent souvent par des détails insignifiants : demandez à Newton, par
exemple...
Un Collègue dans une Poubelle Ambulante, quoi de plus insignifiant, de plus
prosaïque ?!
Ah ! Si le Jeune Homme avait su !...
... Il aurait poussé sa carriole aux limites de ses capacités, quitte à faire
sauter le carbu !...
Car, et c'est là l'ironie de l'Histoire... non, tout de même, restons modeste,
pas de « H » majuscule... l'ironie de l'histoire, donc... il allait rencontrer
la Princesse !
Celle que... Celle qui... bref LA Princesse, qu'il ne cherchait pas
parti-culièrement, mais qui, elle, allait le trouver ! (Comme cela se produit
dans 99,87 % des cas - statistiques garanties par Cupidon S.A.)
Le Collègue et le Jeune Homme s'en furent donc, lentement, devisant de
conserve, de l'École au Gros Bourg sus-mentionné. Arrivés dans la cour du
Palais, le Collègue invita son chauffeur :
- Entrons nous rafraîchir !
N'ayant jamais dit non
À ce genre d'invitation,
Le Jeune Homme, qui n'était pas fier,
Accepta une bonne bière !
La Reine Mère officiait à l'office
Et son fils remplit les verres sans artifice.
Tout allait pour le mieux
Dans les meilleures des chopes
On commençait à parler d'escalope
Et de casse-crouter avec eux
(Certes la rime est faible,
mais elle est chère !)
Quand le Jeune Homme eut une apparition...
Descendant l'escalier, une main sur la rampe,
La Princesse, bien polie, venait leur dire bonjour...
Le coup passa si près que la chope trembla...
Ver d'étoile amoureux de la terre...
Non, ça, c'est plus tard...
Perturbé, vertigineux, le Jeune Homme tomba dans des yeux verts étincelants de
tendresse mutine, un visage en forme d'ovale (il avait un compas !), un corps
rêvé par Michael-Ange, dessiné par Alain Dicible, et carrossé par Lamborghini !
Il en fut tout estransiné...
La conversation reprit vaille que vaille, ils parlèrent d'Anglais ; le Jeune
Homme proposa ses services d'enseignement (diplôme garanti ou argent remis - tel qu'annoncé à la télé) Il fut agréé comme professeur particulier (les cours
furent essentiellement... horizontaux... En tout bien toute horreur,
qu'alliez-vous penser ?!)
Mais...
Mais, quand les relations du Jeune Homme et de la Princesse se firent plus
reserrées et plus visibles, la Reine-Mère en prit quelque ombrage, pour des
motifs assez futiles en somme :
- Or ça, Messire, vous n'êtes point de notre Religion, lança-t-elle, la louche à main, en servant le potage.
- Il est vrai, Majesté,
Point comme vous ne crée
Mais aux athées bien nés
La valeur n'attend pas le nombre des Avé !
(Olé ! ajouta-il in petto)
Sur l'heure, les négociations furent rompues, les ambassadeurs rappelés, le
Jeune Homme termina son potage, et la Princesse trouva qu'ils étaient dans la
semoule !
Ils se virent néanmoins, et roucoulèrent de plus belle... en d'autres lieux.
C'est alors que le Jeune Homme dut partir,
Non point chassé par l'Ire
Maternelle, mais par une corvée de misère
Qui s'appelle Service Militaire.
En ces temps reculés, les mâles étaient tenus
D'aller faire le pitre, tous dans la même tenue...
Le Jeune Homme réfléchit : aller faire le pitre ? Et porter l'uniforme ?!
Que nenni ! C'était contraire à ses idées, ainsi qu'à ses goûts
vestimen-taires.
Il fallait contourner ce déplaisant obstacle,
Tel le Cheval qui renâcle.
Mais comment ?
Se faire passer pour fou ? Il l'était déjà bien assez ! Il fit ce qu'il fallait
pour « contourner l'armée ». Mouvement tournant savamment combiné.
Un sien ami, connaissant du monde dans les Hautes Sphères Gouvernementales, le
fit envoyer comme missionnaire...
« Go West, Young man, Go West ! », comme disait Attila. Il fut envoyé aux
Amériques, pour enseigner la douce langue Françoise aux jeunes sauvages
autochtones - lesquels s'en tamponnaient le coquillard avec une patte de
langoustine siffleuse et garde-barrière (en sauce blanche !)
Il y passa deux ans, y perdit sept kilos et se ruina en timbres
transatlantiques, en des courriers interminables (sur lesquels nous jetterons un voile pudique !) avec la Princesse.
Sautons deux ans... (La Vie en Enfer ne vaut pas qu'on la raconte, mais quel
beau pays !)
Et ce fut la Libération !
Il revint donc, amaigri, parano, mais toujours frétillant, revoir sa belle, la
Normandie et le champagne !
Mais la Reine-Mère n'avait pas désarmé. Le Jeune Homme, qui avait combattu,
Outre-Flaque l'arrogance, la bêtise et quelques ripoux baveux, se leva tout de
go, et lui lança, la cuillère à la main :
- Or ça, Madame, on a décapité des Rois pour moins que ça ! Votre avis
m'importe autant qu'un cautère sur une jambe de bois !
Les ambassadeurs furent de nouveau rappelés.
La Princesse décida de franchir le Rubicon... d'un appartement autre que celui
de ses parents. La Reine-Mère opposa toujours un refus obstiné à quelque visite
que ce soit dans l'antre d'hérétiques non-mariés.
Heureusement, d'autres membres de la Sainte-Famille y venaient, au risque de se
damner, d'encourir les foudres maternelles, voire d'être privé d'argent de
poche pour les plus jeunes.
Faisant preuve alors d'un sens de la diplomatie dont il est encore tout
esbaudi - voire ès-Baudouy - des décennies plus tard, le Jeune Homme accepta un
mariage religieux.
Mais...
Mais, histoire de lever toute ambiguïté, il y asséna à la Reine Mère et
à l'Assistance Publique un exposé complet des motifs, ainsi que le « Si c'était vrai... » de Jacques Brel !
Ah !
C'est ainsi que le Jeune Homme Timide épousa la Princesse...
Et ils eurent beaucoup... non, trois enfants...
Et ils continuèrent à être très heureux ensemble...
(étonnant, non ?!)
C'était - c'est encore - Mme Samovar !
Hervé
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