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L'Echo du Village - Accueil n°296 - Jeudi 27 mai 2004
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La guerre sur mer pendant la révolution et l'empire.
Episode XI.

Série d’articles sur la marine de guerre à voile et les guerres de la révolution et de l’empire. Cette semaine, je vais vous parler du recrutement des équipages.

1) La France.

Le fonctionnement de la marine française était assez complexe. En faisant abstraction des conflits de personnes, la marine était menée au combat par des officiers militaires, alors qu’elle était conçue et réglementée par des civils. Jusqu’à la révolution, il n’y avait pas d’amirauté à l’anglaise, c'est-à-dire d’organisme chargé de définir les missions de la flotte, les moyens à mettre en œuvre, de concevoir et de diriger les opérations. Jusqu’en 1776, les militaires se voyaient attribuer les aspects tactiques des opérations. La stratégie était réservée aux ministres en exercice.

a) Les officiers.

Le corps des officiers de marine – le grand corps, créé par Richelieu et organisé par Colbert -était formé de jeunes gens instruits au sein des compagnies de gardes de la marine recrutés, sauf cas exceptionnels, dans la noblesse. Les cas exceptionnels étant Jean Bart et Duguay-Trouin !

Le système était plus ou moins gangrené, puisque les protections, et les hautes faveurs étaient plus efficaces pour obtenir de l’avancement que les études ou les actions d’éclat. De plus, le système était caractérisé par l’absence de promotions régulières. Il existait un réel blocage des carrières qui se répercutait du grade de vice amiral, jusqu’au grade d’enseigne. Si on ajoutait à cela un système de promotions très discutable, à l’ancienneté, le corps était caractérisé par une gérontocratie, peu propice à l’éclosion des jeunes. En effet, l’importance donnée à la naissance et à l’ancienneté entraînait le maintien aux grades supérieurs d’hommes malades ou trop vieux, souvent incapables de commander à la mer. Les différents ministres en exercice tentèrent de réformer ce système en poussant régulièrement à la retraite les officiers trop âgés.

Grâce à l’expérience de la guerre d’Amérique, la qualité des études, médiocre à l’origine, fut améliorée. Les connaissances étaient contrôlées par un ensemble d’examens et les officiers disposaient d’une bonne formation pratique. Pour mémoire, on obtenait son entrée dans les gardes de la marine après un concours, jugé très difficile. Chateaubriand le rata.

Cependant, les résultats étaient assez mitigés.

Les officiers français étaient réputés pour leur forte propension à se dénigrer les uns les autres, et surtout pour leur manque de cohésion et de solidarité. La désobéissance et l’indiscipline gâchèrent de nombreuses batailles, et transformèrent des victoires en combats indécis. De plus, le « grand corps » cultivait un esprit de caste vis-à-vis du reste de la population.

b) Les marins.

La navigation à voile exige un long apprentissage et de solides connaissances. On pouvait utiliser des terriens pour les manœuvres du pont, mais on devait avoir recours à des gabiers et à des matelots aguerris pour les voiles hautes car le vent et la mer ne pardonnaient pas les erreurs. De plus, l’accroissement de la taille des vaisseaux exigeait des effectifs de plus en plus nombreux. A l’époque de Louis XIV, un vaisseau de 70 canons se contentait de 500 hommes. A la fin du XVIII° siècle, un 74 canons nécessitait un équipage de 750 hommes et un 110 canons 1 000.

En France, Colbert avait mis en place le système des « classes ». C’était un système par roulement, en général une année sur trois, sur les vaisseaux du roi, avec la peine de mort pour les déserteurs. Chaque inscrit était pourvu d’un livret stipulant son âge, sa situation de famille qui était visé par le commissaire de la marine. Les matelots autorisés à s’embarquer sur les vaisseaux de commerce ou corsaires ne devaient pas faire partie d’une classe appelée.

Les besoins de la marine n’ont jamais cessé de croître tout au long du XVIII° siècle, contrairement au nombre de matelots disponibles. En effet, le nombre de matelots recrutables par le système des classes était passé de 50 000 à la fin du règne de Louis XIV à 65 000 à la veille de la révolution. Ces effectifs n’autorisaient que 65 à 70 vaisseaux de lignes et à peu près autant de frégates. L’avantage du système des classes permettait de fournir rapidement un grand nombre de matelots, mais la source se tarissait en cas de conflit un peu trop prolongé.

2) La Grande Bretagne.

a) Les officiers.

Contrairement à la France, il n’y avait pas d’équivalant à l’école des gardes marines en Grande Bretagne. Les futurs officiers s’embarquaient dés leur plus jeune âge, une douzaine d’années. Le capitaine, souvent un ami de leur famille, était chargé de leur éducation et de leur apprentissage. Vers 18-20 ans, ils devaient passer un examen pour obtenir leur brevet de lieutenant. Cet examen était difficile et sanctionnait tout ce qu’ils avaient appris pendant leur enfance. Ensuite, le second barrage était l’obtention du brevet de capitaine. Il n’y avait pas d’examen, et de puissants appuis étaient nécessaires pour son obtention. Dans le cadre de missions outre-mer, lorsque l’on avait besoin de pourvoir des postes vacants, les promus étaient systématiquement les protégés de l’amiral.

Le système de promotion dans la royale Navy était basé sur ce que l’on appelait « privilège » au XVIII° siècle. Il était essentiel pour les officiers d’avoir un carnet d’adresse fourni.
Lorsque l’on regarde la liste des officiers supérieurs anglais, on s’aperçoit qu’ils disposaient tous de puissants appuis. Mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître, tous, à de rares exceptions, avaient mérité leur promotion et leur poste.

Les capitaines étaient entièrement responsables du recrutement des matelots, des officiers mariniers et des gradés. Les officiers pouvaient choisir le capitaine sous les ordres duquel ils serviraient. Ce dernier était donc en mesure d’inspirer la loyauté de ses subordonnés. La victoire, ou la défaite était souvent le résultat de la bonne cohésion des équipages et de leur esprit d’équipe. Sans travail d’équipe rigoureux et sans subordonnés fiables, aucun officier, aussi brillant soit-il, ne pouvait espérer remporter de succès.
Par conséquent, les capitaines et amiraux obtenant de bons résultats avaient rapidement un bon groupe de fidèles, et drainaient vers eux les meilleurs officiers en s’assurant de leur loyauté.

Ce système permettait d’assurer une bonne cohésion aux équipages et garantissait aux amiraux et aux capitaines la loyauté de leurs subordonnés. C’est ce qui fit la différence dans de nombreuses batailles.

b) Les marins.

Les effectifs de la marine marchande anglaise augmentèrent tout au long du XVIII° siècle (voir épisodes précédents). A la fin du siècle elle était, et de très loin, la première du monde. Par conséquent, les Britanniques disposaient d’une importante réserve humaine et n’avaient aucun mal à trouver les marins nécessaires à l’armement de leur flotte. A la fin du 1815, la Navy disposait de plus de 120 000 hommes d’équipage.

D’autre part, les Anglais utilisaient le système de la presse pour recruter leurs équipages. La presse reposait sur la rafle systématique par l’armée de tous les hommes valides dans les quartiers populaires et dans les villes. Ces hommes se trouvaient enrôlés de force dans la Navy et soumis à une discipline de fer. Le fouet, le chat à neuf queues, composé de neuf lanières de cuir, était régulièrement utilisé. En cas de refus d’obéissance, de mutinerie ou de désertion, la sentence était la peine de mort par pendaison.

Dans la pratique, les effets pervers de ce système étaient compensés par un long entraînement dans les ports et en mer. Les navires britanniques, plus petits, étaient également plus aisés à manœuvrer que ceux de leurs adversaires.

Le recrutement des équipages Britanniques apparaît injuste et profondément révoltant. Cependant, il était d’une grande efficacité. Le système du patronage était la garantie de la cohésion de la flotte et de la loyauté des officiers. C’est ce qui fit la différence dans de nombreux combats contre la France, où les disputes et les jalousies entre officiers eurent des résultats désastreux.

A suivre.

(illustration, le Chat à neuf queues).


Condottiere


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Condottiere

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