Germinie Lacerteux (Edmond et Jules GONCOURT)
De Victor HUGO à Emile ZOLA
A leur époque, Edmond (1822-1896) et Jules (1830-1870) GONCOURT étaient des novateurs. Du roman plausible de BALZAC ou de HUGO, ils inaugurent le roman vrai, celui qui inspirera ZOLA dans son roman expérimental.
Contrairement aux héroïnes de BALZAC, Germinie Lacerteux est une fille de condition modeste qui évoluera dans son milieu et qui y restera. Elle n’a donc rien à voir avec la Madame Bovary de FLAUBERT qui est d’un milieu plus aisé, ne serait-ce que par son alliance.
La Cosette des Misérables pourrait lui ressembler, mais les frères GONCOURT ont déjà critiqué le manque de vérité de Victor HUGO. Le géant de la littérature écrit du « vraisemblable », ils se promettent d’écrire du « vrai ».
Mais cette vérité a un défaut. Si les autres grands de la littérature sont plus ouverts d’esprit, beaucoup critiqueront cette avalanche de détails. Cet intérêt pour une descente aux enfers est presque du voyeurisme selon eux. Ils ne comprennent pas l’intérêt psychologique du roman.
C’est ici, que ZOLA s’enthousiasmera. Ce roman, c’est le roman expérimental, la vérité qui interpelle.
Un mot sur l’histoire : Germinie Lacerteux (j’allais dire Germaine, tant elle semble proche de nous) est une fille qui monte à Paris à 15 ans. Elle y rencontre Mlle de Varandeuil pour laquelle elle va travailler.
Entre les deux femmes, une amitié presque paternelle va naître. Germinie prend plaisir à s’occuper de sa maîtresse et cette dernière trouve une confidente discrète en la personne de Germinie.
La jeunesse de Germinie va évidemment la pousser vers l’amour. Elle aura un enfant qui ne survivra que trop peu de temps mais qui suffira pour montrer au lecteur que cette débauchée a un instinct maternel.
Elle tombera amoureuse de quelqu’un qui, contrairement à « Bubu de Montparnasse », il ne la prostituera pas et se contentera de lui soutirer de l’argent. Finalement, elle s’endettera et volera. Une seule fois, mais suffisamment pour qu’elle se sente souillée.
Ses dettes sont une hypothèque sur l’avenir et ses créanciers (des commerçants de quartiers) ne se priveront pas de le lui rappeler.
Une fois ses finances épuisées, Germinie sera répudiée par une « cousine » de son amant. Mais cela ne l’empêchera pas de satisfaire ses instincts sexuels avec de nombreux partenaires.
Germinie, c’est aussi une personne qui a conscience de sa déchéance. Pour peu, elle se suiciderait ! Mais il existe encore une personne qui la respecte parce qu’elle n’est au courant de rien : sa maîtresse.
La fin du livre se termine dans la douleur car Germinie est atteint d’une pleurésie mortelle. Sa patronne s’occupe des funérailles mais les créanciers reviennent à la charge. Lui pardonnera-t-elle ? La réponse repose dans la dernière phrase du roman. La patronne cherche la tombe de celle qui a vécu 25 ans avec elle :
« - comme si la destinée de la pauvre fille avait voulu qu’il n’y eût, sur la terre, pas plus de place pour son corps que pour son cœur ! »
Faut-il relativiser la qualité de ce roman, si on sait que les frères GONCOURT se sont inspirés d’un fait qui les touchait ?
Certes non, mais ici on peut également applaudir la perspicacité de ZOLA qui a très bien cerné Germinie puisqu’en dissociant ses qualités et défauts, il a très bien démontré que si elle avait été marié, elle aurait été une bonne mère et une bonne épouse.
Evidemment, le roman n’aurait pas existé.
Un livre à lire absolument.
René MORIN
Illustration : Peinture de BOUCHER
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