En Exclusivité de notre Envoyé Spécial !
Par Hervé Baudouy
Grâce à des relations intimes et généreusement horizontales avec la femme du Directeur des Hautes Etudes Escronomiques, nous sommes en mesure de vous dé-voiler aujourd'hui un document tout à fait étonnant : La Leçon Inaugurale du Préfet des Etudes, responsable de la formation des futurs économistes, chefs d'entreprise, responsables du marketing, parrains maffieux et assimilés.
Telle que sténographiée par notre envoyé spécial, déguisé en élève, Sam O'Var.
"Biens Chers Frères et néanmoins Elèves,
C"est avec une émotion annuellement renouvelée que je vous accueille aujour-d'hui en ce Temple du Savoir et de la Vérité.
Vous avez signé, lors de votre inscription, un engagement de confidentialité.
Cela était nécessaire, car nous parlerons de choses que les fidèles, citoyens et autres consommateurs ne doivent pas savoir.
Pour le commun des mortels, nous sommes "l'Ecole des Hautes Etudes d'Économie". En fait, vous vous trouvez au Grand Séminaire d'Escronomie.
Par ailleurs je m'appelle Alec O'Nomy.
Nous vous formerons à la Nouvelle Religion, qui bientôt, recouvrira le monde, les consommateurs et les travailleurs des Vérités Premières : "Spéculation, Dégraissages, GrossPépètes". Notre Devise sera : "Credo In Unum Deum : CAC 40"
N'oubliez jamais que vous serez en mission d'évangélisation ; il vous faudra inculquer aux gens qui travaillent, aux chômeurs, aux consommateurs, aux pe-tits actionnaires, la passivité, la résignation, les habituer à trouver normal un état de choses chaotique et incontrôlable.
Pour cela, il vous faudra mentir avec aplomb, et utiliser un jargon incompré-hensible au vulgum pecus.
Pourquoi mentir ?
Pour garder votre job !
Vous serez employés par les grandes institutions financières, les banques, les grandes compagnies, les bourses.
Vous imaginez-vous leur dire la vérité ?
Exemple : Vous martèlerez avec application que le chômage d'aujourd'hui crée les richesses et les profits de demain ! Vous savez bien que c'est faux. Le chômage d'aujourd'hui crée les profits d'aujourd'hui. Mais si vous dites ça, vous allez pointer au chômage dans la demi-heure qui suit.
Les seuls économistes qui peuvent dire la vérité (que le Diable les patafiole !), sont ceux qui travaillent dans les Universités ; ils ne perdront pas leur job !
Quand aux médias, nos alliés les plus sûrs dans notre croisade, la plupart sont contrôlés par les Grandes Forces de l'Argent. Les autres sont possédés du démon.
Vous le découvrirez peu à peu : il n'y a PAS de lois en économie, on ne peut rien prévoir scientifiquement.
Nous oeuvrons dans la théologie : nous utilisons des articles de foi, des axiomes, non démontrés, et qui s'autosuffisent.
La seule chose que peuvent prévoir les économistes, c'est le salaire des éco-nomistes.
La loi qui dit que le commerce accroit la richesse est une farce. Elle ne dit pas la richesse de qui elle accroît...
Quand à la loi de l'offre et de la demande, c'est le summum de l'hilarité (off record, bien entendu).
Jadis, on entendait : "Souffre aujourd'hui et tu gagneras le paradis. »
Maintenant, on assène : "Souffre et tu gagneras le paradis économique » (quitte à expliquer dans 20 ans qu'il *faut* réduire les retraites...)
Il faut dire maintenant : "La pression sur les salariés fait que les entrepri-ses sont plus compétitives", mais sans rire ; on sait bien que c'est faux : perte de productivité, démotivations, dépressions, absentéisme. Mais les ac-tionnaires ne sachant pas voir plus loin que le prochain bilan...
Quand vous dites : "Les salaires doivent être plus flexibles, afin que les gens ne soient pas paresseux », c'est une imbécillité de première grandeur : Et , bien sûr, nous ne parlerons jamais - c'est tabou ! - de la flexibilité éventuelle du salaire des dirigeants...
C'est de la morale, en fait, une resucée de la morale 19e siècle, repeinte au couleurs de l'économisme...
Le but, vous l'aurez compris, c'est d'instaurer le règne de l'arbitraire, de l'aléatoire, du fait du prince, la peur autrement dit, peur pour sa job, peur de l'avenir, peur du patron, ce qui donne des génuflexions professionnelles fort juteuses...
En fait, nous sommes entrés dans une économie de rentiers : "Le chômage doit servir de stabilisateur à l'économie"!
Le rentier édicte : « Je veux 10 % de rendement ,cette année". Le PDG, s'in-cline : "Oui, Maître, je m'en occupe". Et il taille, il coupe, il restructure, il coupe les budgets, sans oublier de se servir au passage...
Un peu de géométrie : la société - surtout au niveau du travail - est organisée en triangle, ou en pyramide.
Ceux qui dirigent sont presque en haut.. Au-dessus, il y a les actionnaires, ceux qui palpent.
Puis on descend jusqu'en bas, où se trouvent ceux qui travaillent.
Et y a pas de miracle, mes frères ! Si ceux d'en haut veulent palper, et gros !, faut que ceux d'en bas en chient.
C'est proportionnel, mathématique : si vous en donnez plus à ceux d'en bas, c'est ça de moins dans les poches du rentier, on est bien d'accord ! C'est le principe des vases communicants, sauf que là, la pente obligée est ascendante !
Le cas des économistes est particulier : nous sommes là pour dire aux "gros" comment palper encore plus ( restructuration, dégraissages, surcharges de travail, coups fourrés en bourse, délits d'initiés, lessivage d'argent, etc...)
Donc, nous sommes payés très cher !
Il vous faudra vous imposer comme les autorités indiscutables et indiscutées, du monde économique.
Vous apprendrez ici le jargon nécessaire, comme par exemple la balance des invisibles ( ça sonne assez religieux, non ?),
les incubateurs, la stagflation, etc.
Il vous faudra aussi à discourir , plus ou moins longuement, sans éclater de rire, et en ayant l'air de croire à ce que vous dîtes. Ce n'est pas si simple qu'on le pense. Des travaux pratiques seront organisés à cet effet.
Vous étudierez bien sûr les Textes Sacrés :
Les oeuvres de Keynes, en tout premier lieu, Milton Friedman, etc. Consultez la liste des Prix Nobel d'économie, pour constituer votre bibliothèque de base. Ensuite, apprenez-en de grands passages par coeur.
Ca vous servira à répondre à côté de la plupart des questions qui vous seront posées.
Car le fond de la question est là : Vous répondrez toujours à côté de la question, ou en expliquant en quoi la question est importante, difficile, qu'elle mérite un examen approfondi, tout cela dans un salmigondis de termes plus abscons les uns que les autres, ; ou bien encore en renvoyant négligem-ment le questionneur à un texte obscur et illisible. Ce qui s'appelle, chez nous aussi, "botter en touche".
Sam O'Var - alias Hervé dans la Résistance
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hbaudouy@videotron.ca
http://www.eklek.com/herweb/index.html
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