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n°294 - Jeudi 13 mai 2004 |
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| Rubrique Edition spéciale animée par ma-dalton |
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Avarice ou prodigalité
Les deux faces d'une même médaille.
Face à l'argent, nous sommes nombreux à adopter un comportement pathologique. La morale, quant à elle, tend à préférer la cigale, mais à prôner l'attitude de la fourmi.
Entre raison et passion, l'argent fait partie intégrante de notre vie affective. Nous avons tendance à préférer, d'un point de vue purement sentimental, l'enfant prodigue, tout en marquant plus de respect à celui qui saura «réussir», c'est-à-dire gagner de l'argent, thésauriser et acquérir des biens matériels.
A la fois adoré, haï, convoité, méprisé, l'argent, dans notre société, fait de nous des êtres à double visages, des schizophrènes sociaux, dont la morale théorique et les attitudes pratiques sont souvent en complète opposition. «L'argent ne fait pas le bonheur» est un proverbe qui nous est venu aux lèvres à tous au moins une fois, ce qui ne nous empêche pas d'être convaincu que sans argent, point de bonheur possible.
C'est ainsi que nous élevons nos enfants, dans cet étrange paradoxe qu'il faut à la fois mépriser l'argent, d'où une certaine honte à avouer nos revenus, et le rechercher, pour acquérir confort et statut social, notions éminemment rassurantes aux yeux de tout parent qui se respecte.
De même, nous entretenons chez nos enfants un certain matérialisme, voire un matérialisme certain, en les couvrant de cadeaux somptueux, et ceci quels que soient nos revenus. Nous agissons souvent ainsi pour compenser une absence parentale, ou bien par crainte de la «frustration» ressentie par nos chers petits s'ils n'ont pas exactement les mêmes jouets que leurs camarades. Cette attitude est extrêmement dangereuse, car elle tend à élever nos enfants dans l'idée fausse que tout le monde à les mêmes moyens illimités, que l'affection est immédiatement liée à la possession de biens matériels, et en outre les prive de l'apprentissage d'une frustration nécessaire à la maturation de leur personnalité.
Nous voyons ainsi comme en agissant d'une manière qui nous semble «prodigue» et «généreuse», nous ne faisons en réalité qu'inciter le matérialisme et l'égoïsme des générations qui nous succèderons. De même, des parents avares et pêchant par excés d'économie risquent de provoquer chez leurs enfants un besoin de «flamber», et de dillapider à l'âge adulte les biens accumulés par les parents. C'est ainsi que l'on voit souvent des fortunes se perdre en 2 ou 3 générations, par le fait de parents qui, croyant bien faire, ont thésaurisé à outrance, en se privant parfois durant tout une vie pour assurer à leur descendance une existence à l'abri du besoin. Descendance qui n'aura de cesse, une fois devenue maîtresse de la fortune familiale, de la dépenser au plus vite.
Nous jugeons également le bonheur ou la qualité de vie des cultures différentes de la notre selon l'unique critère de la «richesse» ou de la «pauvreté». Nous n'imaginons pas le bonheur ou l'équilibre sans argent, et nous considérons qu'un habitant moyen de pays sous-développé ou en voie de développement est forcément malheureux, car désargenté. La réalité est heureusement tout autre. Personne ne niera que l'argent peut procurer confort, santé et nourriture, mais beaucoup de gens de par le monde fonctionnent avec très peu, voire pas d'argent, et ont une qualité de vie tout à fait supportable selon leurs propres critères. Critères qui varient, bien évidemment, d'un pays, ou d'une région à l'autre, d'une personne à une autre. Toujours est-il qu'il est surprenant de constater la joie de vivre éprouvée par des gens dont la pauvreté matérielle choque nos âmes d'occidentaux.
La morale bourgeoise héritée du XIXème siècle érige l'Argent en valeur ambigüe, et est responsable de beaucoup des dérèglements de notre société. Ce n'est pas par hasard qu'en psychanalyse, l'Argent est fréquemment associé à la Merde. Nous sommes victimes de cette double contrainte, culpabilisante et incontournable : rechercher quelque chose que nous associons consciemment ou non à la souillure, l'accumuler, ou le dépenser, voire le gaspiller, quelle que soit notre attitude, elle reflète notre mal-être par rapport à l'Argent, notre Croix et notre Graal.
ma-dalton
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Ma-dalton
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