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L'Echo du Village - Accueil n°292 - Jeudi 22 avril 2004
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La guerre sur mer pendant la révolution et l'empire.
Episode X.

Série d’articles sur la marine de guerre à voile et les guerres de la révolution et de l’empire. Cette semaine, je vais vous parler de la stratégie coloniale et commerciale de la « perfide Albion ».

A la fin de la guerre civile anglaise au milieu du XVII° siècle, Cromwell le lord protecteur ayant renversé le roi légitime Charles 1°, voulut s’appuyer sur la marine pour renforcer son pouvoir. Dans ce but, il lui alloua un budget annuel de 400 000 livres sterling et modifia la législation maritime.

En adoptant le Navigation Act en 1651, Cromwell changea durablement le destin de l’Angleterre ainsi que la nature de son commerce. Cette nouvelle loi réserva le commerce d’importation aux navires anglais à l’exception des navires étrangers introduisant des marchandises venant de leur propre pays. Par conséquent, la totalité des matières premières en provenance des Indes occidentales et orientales à destination du marché anglais devaient être transportées par des navires britanniques. Cromwell entendit également prélever des taxes sur le poisson pêché dans la Manche. Pour arranger les choses, Cromwell entérina les clauses stipulant que les navires de guerre et les escadres anglaises seraient autorisés à capturer tout navire qui ne les saluerait pas au passage. Ces mesures visaient à brider l’expansion de la Hollande, rivale commerciale de la Grande Bretagne, et la Navy devint le premier acteur de cette lutte.

Pour détruire le commerce hollandais qui faisait ombrage au leur, les Britanniques utilisèrent leurs escadres pour instaurer les blocus des provinces unies et pour attaquer les convois commerciaux. Cromwell comprit rapidement tout le parti qu’il avait à se servir de sa flotte pour attaquer et détruire les navires marchands.

Les deux nations se livrèrent trois guerres meurtrières, avant de s’allier contre un adversaire aux ambitions jugées plus dangereuses : la France. Le déclin de la Hollande commença avec ces guerres contre l’Angleterre et se poursuivit pendant les guerres contre la France, favorisant ainsi l’émergence de la Grande Bretagne au siècle suivant.

A partir de ce moment, l’utilisation de la Navy fut clairement définie ainsi que la tactique et la stratégie anglaise. La flotte fut systématiquement utilisée pour conquérir des colonies et pour détruire le commerce maritime des autres nations. Pendant que les escadres principales patrouillaient devant les ports adverses, interceptant et capturant tout ce qui entrait et sortait, les navires marchands anglais étaient rassemblés dans de grands convois escortés par des navires de guerre plus petits.

1) Caractéristiques du commerce anglais à la fin du XVIII° siècle.

En 1763, le traité de Paris à la fin de la guerre de 7 ans avait marqué la suprématie britannique sur les mers. La flotte de commerce anglaise passa de 496 000 tonnes en 1763 à 584 000 tonnes en 1751. La flotte de Londres prédominait avec 139 000 tonnes. La Grande Bretagne avait profité pleinement de l’incurie régnant en France au temps du roi Louis XV pour s’emparer de nos colonies et développer son commerce colonial. Les échanges entre la métropole et les colonies avaient doublé entre les années 1748 et 1772. En raison des distances et des nécessaires économies d’échelles, les navires utilisés pour ce commerce étaient de plus en plus grands.

A côté du commerce colonial, le cabotage jouait, comme en France un rôle prédominant. Les navires utilisés ne dépassaient pas 200 tonnes, et 5 navires de commerce anglais sur 6 étaient des caboteurs.

Le commerce avec les Antilles mobilisait à lui seul 90 400 tonnes, contre 20 400 tonnes pour l’Afrique et 96 900 tonnes pour l’Amérique du Nord.

Les Antilles exportaient vers la métropole plus de marchandises qu’elles n’en importaient, 3 millions de livres contre 1,3 millions. Par contre, le commerce entre l’Amérique et l’Angleterre était totalement déséquilibré en faveur de l’Angleterre avec 3,5 millions de livres contre 1,5 millions. Le commerce antillais assurait à l’Angleterre d’importantes rentrées coloniales, alors que l’Amérique du Nord était le débouché majeur de son industrie. La population de la nouvelle Angleterre était composée majoritairement d’artisans et de fermiers, qui s’estimèrent rapidement les victimes du système. En effet, les colons Américains, malgré l’isolement géographique de leur pays, n’avaient pas le droit de fabriquer les produits manufacturés qui leur étaient nécessaires. Ils étaient dans l’obligation de les acheter à prix d’or en Grande Bretagne. Cet acte de navigation, imposant l’achat de produits manufacturés en Angleterre et leur transport par des navires britanniques, était un puissant obstacle au développement industriel et commercial de l’Amérique. C’est ce conflit d’intérêts qui déboucha sur la guerre d’indépendance Américaine.

2) Les importations.

2.1) Importations de produits manufacturés.

Les toiles, « les linens », étaient le premier produit manufacturé importé par l’Angleterre. Sous ce nom, on trouvait les toiles de toutes qualités, essentiellement du lin, importées de Prusse et de Hollande. La rivalité franco anglaise avait éliminé la Bretagne du marché. Ces toiles servaient à habiller la population pauvre et à confectionner les toiles des navires, ainsi que les sacs et d’autres fournitures à bas prix. Une partie croissante de cette production était réexporté à Cadix, en Afrique et dans les colonies anglaises d’Amérique. Grâce à une habile aide de développement en faveur de l’Ecosse et de l’Irlande, la production de ces régions se substitua de plus en plus aux importations de Prusse et de Hollande qui virent leur pourcentage par rapport à la valeur totale des importations passer de 88% en 1699 à 33% en 1772.

L’Asie fut ensuite le premier fournisseur. Les célèbres cotonnades manufacturées, les « indiennes », virent leur part s’accroître de façon significative. Elles connurent un fort engouement auprès de la bourgeoisie et de l’aristocratie urbaine. Leur exportation doubla en volume tout au long du XVIII° siècle. En raison de leur prix élevé, la hausse de leur commerce était également une preuve tangible de la forte croissance du pouvoir d’achat des habitants des villes. A partir des années 1760, de nombreux entrepreneurs tentèrent d’imiter ces produits. Cependant, les effets de leurs efforts ne se firent pas connaître avant le début du XIX° siècle.

La volonté de produire le maximum de valeur ajoutée en Angleterre eut pour résultat la hausse constante des importations de produits bruts. Ces dernières passèrent de 2 millions de livres en 1699 à 4 millions en 1774.




2.2) Les importations de matières premières.

a) Les matières premières destinées à l’industrie.

La Grande Bretagne importait de ses colonies, les bois en provenance d’Amérique du Nord pour ses constructions navales, les teintures et la soie. La rapide croissance de l’industrie textile anglaise avait pour corollaire la forte croissance des besoins de soie brute et de teintures pour les couleurs. En ce qui concerne les importations de bois, celles-ci stagnèrent rapidement vers la fin du siècle, les Britanniques préférant acheter des navires neufs en Amérique. En 1770, un tiers des navires anglais, 2 340 sur 7 700, étaient fabriqués en Amérique.

b) Les matières premières agricoles.

D’une valeur équivalente à celle des produits manufacturés en 1699, les matières premières agricoles avec 6,5 millions de livres virent leur part augmenter de 300% en 1792.
Les variations dans les goûts des consommateurs furent spectaculaires. Le poivre qui représentait 76% des importations en provenance d’Asie en 1699, tomba à 3% en 1772. La chute des épices était la traduction économique d’un changement des modes alimentaires des Européens. Au XVI° siècle, ces derniers privilégiaient les produits poivrés. Au XVII°, le sucre commença à supplanter le poivre, et au XVIII° siècle, les nouvelles modes alimentaires explosèrent en une diversification majeure pour les économies. Toutefois, certains pays conservèrent leur préférence : thé pour les Britanniques, café pour la France, cacao pour l’Espagne.

A la fin du XVIII° siècle, le tabac du Maryland et de la Virginie était un important produit d’importation. 330 navires employant 4000 marins transportaient 330 000 millions de livres (poids) de tabac en Angleterre. Ce marché avait la particularité d’être réexporté. L’ensemble de réexportations anglaises était de 75%. Le premier client était la France qui achetait la moitié du stock. En fait le tabac devint rapidement un produit universel, contrairement aux autres qui restèrent longtemps destinés à l’élite de la bourgeoisie.

3) Les exportations.

Les exportations anglaises étaient essentiellement constituées de produits manufacturés. Avec 3 681 millions de livres de marchandises en 1772, les colonies anglaises d’Amérique étaient le premier débouché pour l’industrie manufacturière britannique. Au XVIII° siècle, la population des colonies américaines anglaises passa de 250 000 âmes à 2,5 millions. Cette croissance démographique fut un énorme stimulant pour l’industrie anglaise et son commerce maritime. Le commerce colonial, et le développement des colonies d’Amérique furent à la base de la croissance de l’industrie anglaise pendant tout le XVIII° siècle.

Le commerce colonial était à la base de la puissance anglaise. Qu’il s’agisse du développement de son industrie, mais aussi de la finance. Il était primordial pour la Grande Bretagne de conserver la première place par tous les moyens.





4 Conclusion.

Les guerres de la révolution et de l’empire furent la conclusion d’un conflit beaucoup plus long entre la France et le Royaume Uni. Ce conflit datait de la fin du XVII° siècle, lorsque l’expansion commerciale et coloniale de la France devint une menace pour le Royaume Uni. Les historiens l’ont appelé la seconde guerre de cent ans, 1680 - 1815. Tout au long du XVIII° siècle, la Grande Bretagne tenta d’anéantir le commerce français et de s’emparer de ses colonies par la force. Les bouleversements de l’époque révolutionnaire allaient lui permettre d’atteindre cet objectif au-delà de toutes ses espérances…


Illustration : plan du port de Boston à la fin du XVIII°siècle.


Condottiere


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