La Vente de Garage
Il fait BEAU !
Ca n'a l'air de rien, cette petite phrase, mais ici, elle met six mois pour apparaître. Quand l'hiver a pris ses quartiers d'été là-bas, ailleurs, plus loin, PLUS LOIN !!!... La nature se dépêche de galoper verticalement...
Après un automne coloré qui s'attarde, un hiver qui s'incruste... qui s'incruste... un printemps synthétique et concis... Avril... vers les 11 heures du matin, le thermomètre, dans un bel élan de sève et d'allégresse, passe la barre qui sépare le "Mouais... pas pire" du "Tabarnak ! Quelle belle journée !".
On se livre ici ou là à diverses activités jardino-piscino-récurentes ; on désherbe la piscine et on arrose le jardin (ou l'inverse, selon les goûts et les affinités).
On vérifie et on réinstalle le barbecue (pour être prêt à toute éventualité), la table et les chaises dans le jardin... On intervertit, dans les tiroirs et les armoires, les manteaux de (faux) vison et les petits shorts (bermudas ou maxi-strings suivant le sexe, quoique...)
Bref, il fait BEAU !
Le mois de juin arrive, discrètement, et là : Il fait TRES Beau ! Si ! Mais juillet n'a rien à lui envier, ne nous leurrons pas !
Et donc, c'est l'époque d'un rituel in-con-tour-nable ! Il correspond d'ailleurs à l'époque sus-mentionnée de va et vient entre les tiroirs, sans oublier le garage :
- Oh ! mes vieux jeans d'il y a vingt ans !
- Tiens , la télécommande que je viens de remplacer.
- Chérie , ton oncle Philibert n'a pas disparu, il est ici !
C'est l'époque des Ventes de Garages ! Les seules qui ne se font pas par correspondance : on se déplace pour s'y rendre. Fabuleux, non ?
Dantesque, dirais-je même , au risque de passer pour un cuistre.
Il y a une variante : la Vente de Garage Locale, parfaite pour les petites communautés. Et donc, chaque année, ce samedi-là ! , a lieu, dans notre quartier de condos (il y en a 280 : le bassin minimum pour une vente viable) : LA vente de garage locale).
Mais ça se prépare, un évènement pareil. Pendant la semaine, vous déterrez toutes les vieilleries néandertaliennes, protozoides et/ou
moches que vous trouvez, dont celles que vous n'avez pas réussi à vendre l'an dernier, PLUS celles que vous aviez achetées l'an dernier. Car, bien sûr, vous vendez... mais vous achetez aussi... C'est le principe des "garages communicants". D'où l'équation "Mochetés à moi + Mochetés achetées = 150 kg de fossiles à fourguer !"
Et vous étiquetez. Non ! Pas 25 $ ! L'étiquette d'origine, bien que poussiéreuse, marque 18 $...
Vous frôlez l'optimisme compulsif en calculant la valeur - virtuelle - de votre stock (un peu moins de 10 000 $). Ah ! Vous débarrasser d'une lampe construite avec une fourche de bicyclette surmontée d'un casque
sorti d'Easy Rider, et qui hante votre garage...
Vous dormez, quand même. Les grands capitaines le savent : toujours bien dormir *avant* une bataille.
A 9 heures du matin, mise en place du matériel : le fauteuil, la bière, le parasol... et les choses à vendre, bien sûr : Vous étalez tout cela artistiquement sur et sous la table, sur le gazon... Les voisins en font autant. Ca vous a un petit air de marché aux puces, mâtiné de souk d'Istanbul, avec une once d'Ouvroir des Dames du Quartier et de Brasserie des Mecs aux Torses Velus avec Beaucoup de Bière...
Et vous y trouvez de *tout* ! Rien d'utile, généralement, mais de tout ! Ca va de l'illustré que lisait Marat dans sa baignoire (on voit encore les taches) à un cul de lampe arrivé tout droit de Lascaux, en passant par les CD que Jacques Cartier écoutait en arrivant ici...
Ca démarre à 10 heures.
A midi, vous avez vendu un livre à 1 $. Votre fille vous a tapé de 20 $ pour aller magasiner au kiosque d'un voisin, là-bas, plus loin. Vous commencez à démarquer les prix de vos trésors. A midi trente, vous déléguez la conduite des opérations à votre fils, histoire de casser une croûte. Un total étranger, dans votre salle de bains, essaye des vêtements. Un autre demande si vous avez "encore de la crème glacée"...
Une bière et un hot-dog plus tard, vous retournez au front. Un voisin passe et tombe amoureux de LA lampe horrifique sus-mentionnée.
- Woaaaaw ! Ca, c'est ... gothique ! Combien ?
- Prix d'ami, 25 $
- L'étiquette dit 15 $.
- Ok. 15.
- J't'en donne 2 $.
- Vendu.
... Une parfaite inconnue farfouille dans vos vieux livres:
- Vous n'avez rien de Karl Duschnok ?
- Non.
Et vous ajoutez immédiatement :
- A l'intérieur non plus !
Votre voisin appelle :
- Ma femme ne veut pas voir ça chez nous. Je vais te la ramener.
- Les ventes sont finales.
- Tu peux garder l'argent.
- Si tu mets les pieds sur ma pelouse, je sors mon flingue. Et pas pour le vendre !
... Et le temps passe ... Et les bières trépassent... A 6 heures, on ferme ! Vous avez vendu pour 8 $ et 50 sous !
Mieux que l'an dernier !
... La pensée de rentrer tout ça... plus ce que vos enfants ont acheté... Vous commencez à transférer tout dans les poubelles...
Et votre fille, explosive, arrive sur la pelouse, excitée par son achat :
- Papa, regarde ! Juste 3 $. On a la paire, maintenant!
C'est LA lampe-fourche-casque...
Halluciné, vous ouvrez une nouvelle bière...
Mais...
Pendant toute la journée, vous avez rencontré vos voisins, vous avez papoté avec eux...
Et ça... Ca n'a pas de prix !
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En prime, et sans supplément de prix, quelques pensées existentielles sur le sujet.
Quelque chose qui a l’air moche à la vente de garage, aura l’air aussi moche quand vous le ramènerez chez vous.
N’achetez pas d’assurances à une vente de garage.
Pour retirer le plus d’une vente de garage, décidez d’abord de ce que vous voulez achetez et de combien vous voulez dépenser. Puis vous restez chez vous et vous organisez votre propre vente de garage !
La philosophie de base qui sous-tend la vente de garage est simple : Si vous ne pouvez pas le donner, vous pouvez vraisemblablement le vendre !
Hervé
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hbaudouy@videotron.ca
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