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L'Echo du Village - Accueil n°290 - Jeudi 8 avril 2004
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Le corail en voie de disparition
Une richesse immense

Fruits d’une évolution de plus de 50 millions d’années, les récifs coralliens constituent l’un des systèmes les plus fragiles et les plus complexes de la biodiversité. Ils abritent plus de 800 espèces de coraux et 4 000 espèces de poissons, jusqu’au quart de la totalité des espèces marines et jouent le rôle particulièrement important de nursery pour les jeunes poissons.

Une richesse immense
Plus de 600 millions de personnes dépendent des récifs coralliens pour leur subsistance et leur source de revenus. Un récif sain peut fournir chaque année plus de 15 tonnes de poissons et de fruits de mer par kilomètre carré, de quoi nourrir 2 500 personnes. Le tourisme et la pêche fournissent une source importante de devises. De plus, les récifs protègent les plages et les côtes de l’érosion.
Le corail est également, au même titre que les forêts équatoriales, une richesse immense du point de vue de la recherche médicale et biochimique. L’AZT, traitement du Sida, ainsi que la moitié des recherches actuelles sur les médicaments anti-cancéreux sont issus des récifs coralliens.
Le corail, de part sa structure poreuse à base de carbonate de calcium, se révèle parfaitement compatible avec le corps humain, et des prothèses osseuses ou des yeux artificiels en résultent. De plus, de nouveaux médicaments humains proviennent de l'analyse des coraux, dont au moins 4 composés pouvant lutter contre le cancer, et environ 6000 nouveaux produits chimiques issus des organismes vivants sur les récifs.
Les possiblités de recherche sont fabuleuses, mais compromises par la disparition prévue et annoncée, à relativement court terme, des récifs coralliens du monde entier.

Condamné d’ici 30 à 50 ans
La plupart des récifs coralliens dans le monde sont menacés. En 1998 et 1999, les études menées autour du monde indiquaient que plus de 70% des récifs coralliens avaient perdu leur population de coraux, poissons et autres espèces. L’impact des phénomènes de blanchissement survenus en 1997 et 1998 a été très sévère : de grandes étendues récifales – dans plusieurs pays – ont perdu jusqu’à 90% de leurs coraux vivants, parfois dans des colonies âgées de plus de 1000 ans. Ailleurs, les dégâts provoqués depuis 30 ans par l’étoile de mer Acanthaster planci sont tout aussi préoccupants.
Les récifs sont normalement capables de reconstituer naturellement leur couverture corallienne et la diversité spécifique qui s’y associe. Mais à défaut d’action urgente, les effets conjugués des activités humaines, de la prédation par l’étoile de mer Acanthaster planci, des maladies coralliennes, de l’intensification prévisible des phénomènes de blanchissement et des dégâts provoqués par les cyclones risquent de dépasser les capacités de récupération de beaucoup d’écosystèmes récifaux.

La plupart des dégâts infligés aux récifs sont involontaires. Une conférence internationale de gestionnaires a conclu que l’ignorance est la première cause de destruction des récifs coralliens.

Parfois, les dégâts sont infligés volontairement. En Malaisie, au Vietnam, en Indonésie et aux Philippines, la pêche intensive a eu des effets désastreux. Le prélèvement massif d’espèces de poissons qui se nourrissent d’algues a entraîné la prolifération de ces dernières. Elles ont envahi les récifs coralliens et les ont dominés. De plus, la pêche à l’explosif a gravement endommagé les coraux en Afrique de l’Est. Tout comme la pêche au cyanure de sodium, qui facilite la prise des poissons tropicaux, en les rendant lents et maladroits, et qui tue les coraux et de nombreux autres animaux des récifs.
Malgré tous les efforts, ce type de pêche s’intensifie, en raison de la demande des restaurants asiatiques et des aquariums nord-américains, prêts à dépenser des sommes importantes pour acquérir des poissons tropicaux vivants. On estime que, depuis l’apparition de cette technique dans les années 1960, plus de 1 000 tonnes de cyanure ont été déversées sur les récifs coralliens des Philippines.

Mais la pêche n’est pas la seule cause de cette disparition. Les récifs souffrent aussi des pollutions industrielles, de l’étouffement par les sédiments que charrient les fleuves suite au déboisement ou encore de la diffusion des engrais. L’extraction de corail met à mal les récifs, tout comme les cimetières de bateaux, et parfois les constructions immobilières sur le littoral. Les coraux croissent au rythme de 1,3 à 10,2 cm par an : tout prélèvement, toute cassure, d’apparence bénigne, peuvent annuler un siècle de construction du récif.

Le réchauffement de la planète joue aussi un rôle.
Fragiles, les coraux sont très sensibles aux variations de température. En 1998, la dernière manifestation d’El Niño, ce phénomène climatique périodique propre au Pacifique, a entraîné une augmentation de la température des eaux tropicales. L’Afrique, le Pacifique, l’Indonésie et les Philippines ont été affectés. Partout, les couleurs de récifs se sont estompées, laissant place à une étrange teinte d’os. Ce «lessivage» a précédé l’envahissement par l’ennemi de toujours, les algues. Le Réseau mondial de surveillance des récifs estime qu’en 1998 le «lessivage» a détruit 16% des coraux. Dans l’océan Indien, aux Maldives, au Sri Lanka, sur les côtes ouest de l’Inde, il a eu un effet dévastateur sur les récifs déjà dégradés par l’apport de sédiments et la pollution dus à l’industrie littorale et au défrichement. Ceux qui restent exposés à ces désastreuses interférences humaines ne guériront sans doute jamais. Si, comme on s’y attend, aux nuisances connues s’ajoute le réchauffement planétaire, les récifs coralliens auront disparus dans 30 ou 50 ans.

Quelles solutions ?
Si les gouvernements du monde entier ne font rien pour limiter drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, ainsi que les pratiques de pêche et d’exploitation des milieux marins, la dégradation inexorable des récifs coralliens les mènera à leur disparition totale d’ici la moitié du XIème siècle. Les pertes de revenus qui en résulteraient pour les populations dépendant directement des récifs ont été estimées à plus de 140 millions d’euros. Quant à l’impact global sur l’ensemble de la population mondiale et les générations futures, il est incalculable. C’est 25% des réserves halieutiques qui disparaîtront, c’est-à-dire le quart des ressources mondiales de poisson. L’érosion engloutira côtes et îles dont la protection naturelle contre les vagues aura disparue. Ceci ajouté à l’augmentation du niveau des mers dûe au réchauffement atmosphérique, conduira à l’immersion d’énormes surfaces de terres habitables. C’est une réelle catastrophe écologique qui nous attend.
En attendant, nombre de pays directement concernés tentent de mettre en place des actions de développement durable, en favorisant le tourisme vert, les techniques de pêche respectant le milieu, la protection du littoral et la maîtrise de la pollution. Malheureusement, comme d’habitude, ce sont les plus gros pollueurs, les plus responsables et les moins concernés, comme les Etats-Unis et l’ensemble des pays occidentaux, qui auraient les moyens de limiter, sinon de mettre un terme, à la destruction inéluctable de ce patrimoine irremplaçable que sont les récifs coralliens.

A titre individuel, il est possible de se rapprocher ou d’adhérer à une association de lutte pour la protection des coraux, comme l’http://www.environnement.gouv.fr/icri/default.htm), l’association Corail, ou l’Ocean Futures Society (http://www.oceanfutures.org/).

En tant que touriste, il faut adopter une attitude respectueuse envers l’environnement du pays visité, et veiller à ne pas participer à des activités sportives, culturelles ou gastronomiques mettant en cause l’équilibre des lagons et récifs. En tant que consommateur, il appartient à chacun, et c’est là une motivation supplémentaire, de résister à la frénésie consummériste qui nous pousse à gaspiller toujours plus d’énergie, polluer et donc participer chaque jour un peu plus à la destruction annoncée de tant de précieux écosystèmes.

Ma Dalton

Sources :
http://www.epoc.u-bordeaux.fr/fr/recifs/bio.html
http://www.environnement.gouv.fr/icri/default.htm
http://www.un.org/News/fr-press/docs/2002/AGEF400.doc.htm
http://www.unesco.org/courier/2001_03/fr/planet.htm


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