Vladivostok, poubelle nucléaire à ciel ouvert en Russie
Vladivostok, ville du froid aux confins de la Chine, la Corée et la Russie a des courbatures. Au delà de la Sibérie, la plus asiatiques des villes russes se réveille depuis quelques années du glacis soviétique, comme toutes les autres du pays. Ce réveil est un grand changement pour toute la nation, mais il s'accompagne d'une énorme gueule de bois qui refuse toujours de partir. n dehors de la situation économique, une situation dramatique au plan écologique a vu le jour depuis la Perestroïka.
Depuis la signature des différents traités Star par Gorbatchev, le terminus du Transsibérien et aussi port d'attache de la flotte pacifique de la marine soviétique est entré dans une phase de destruction des bâtiments militaires. Le port de Nakhodka, à l'est de la ville, a reconverti son chantier maritime pour la destruction de ces éléments. Enfin, reconversion est un bien grand mot car les moyens manquent cruellement : les uniformes servent des mois entiers, les installations sont toutes prêtes à s'effondrer à cause de la pourriture, les employés sont sous-payés et les contrôles d'hygiène se résument en fait à une vraie mascarade. Mais le pire, c'est que cette installation militaire, s'occupe aussi du démantèlement des sous-marins nucléaires.
Dans la poussière irradiée et les cuves bourrées d'uranium, les ouvriers triment sans aucune sécurité. Un câble qui casse ou un grutier saoul et c'est l'accident. L'air entier de la contrée est pollué et pour autant les autorités ne réagissent pas. A tout moment tout peut sauter mais rien ne change et au rythme des cancers et des maladies aiguës, les Russes continuent leur ouvrage de sape. Le témoignage de Tchernobyl semble oublié comme si tout était normal.
Ceci est d'autant plus dramatique que bien avant cette catastrophe, dans une baie voisine des deux villes, une cuve d'uranium a sauté emportant sous son souffle la vie et les corps de dix soldats. La destruction fut telle que leur corps broyés et déchiquetés reposent entrelacés avec la ferraille et la rouille. Toute la zone fut bien évidemment contaminée et sur les collines de la baie toute la végétation ne ressemble aujourd'hui qu'à des corps rachitiques sans l'ombre d'une vie. Malgré cela, rien ne fut fait et même si plus de 2000 personnes vivent là, il n'y eut pas de décontamination et le cœur chargé en uranium pur repose sous l'eau à 10m de profondeur, recouvert de sédiments marins.
Mais cela n'est rien face aux multiples baies aux alentours où croupissent des milliers de sous-marins sans aucun encadrement. Dans leur bouillon de culture, les navires pissent la rouille jour et nuit et vomissent leurs armes irradiées ou le carburant de leur moteur. L'écoulement latent continue et la faune et la flore agonisent.
Ce n'est plus une bombe à retardement qui gît là-bas à Vladivostok mais une quantité astronomique de bâtons de dynamite à mèche qui ne tarderont pas à péter, un jour ou l'autre. Pourri par le temps, chacun de ces déchets pourrait pourtant être éliminé dans le cadre des accords Star : au vu des dégâts, la communauté internationale a débloqué pour le retraitement de ces navires plus de 4 milliards de dollars dont personne ne sait depuis la véritable utilisation. Dans un pays en décomposition où la corruption et la mafia sont reines, la question écologique semble accessoire pour l'ensemble des Russes qui, depuis l'ouverture à l'économie de marché, pense plus souvent à des éléments plus terre à terre : travail, nourriture,... etc. Ainsi même si la médiatisation existe, ces anciens bâtiments de guerre risquent de croupir encore longtemps à Vladivostok.
Hio-Tin-Vho
La plume plus forte que l'épée
|