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La guerre sur mer pendant la révolution et l'empire.
Episode V.
Série d’articles sur la marine de guerre à voile et les guerres de la révolution et de l’empire. Cette semaine, je vais vous parler des arsenaux français.
Quels étaient les principaux arsenaux français ?
Quels étaient leurs points forts et leurs faiblesses ?
Comme nous l’avons vu la semaine dernière, un arsenal-port militaire doit, d’une part, donner à la flotte un lieu favorable pour la construction, les réparations et l’entretien des vaisseaux, mais aussi servir de base pour attaquer l’ennemi. L’efficacité d’un arsenal, dépend des capacités de ravitaillement, ce qui implique des liaisons maîtrisées et protégées avec le reste du pays. En fait, le sort de la marine se décidait autant au combat que dans ses ports arsenaux. La flotte n’avait aucune chance de vaincre s'ils fonctionnaient mal. La logistique tenait donc une place prépondérante, et c’est d’elle dont dépendait l’efficacité de la flotte au combat. Sans un bon fonctionnement de l’arrière, les victoires étaient condamnées à être sans lendemain. Par conséquent, la géographie du pays jouait un rôle essentiel dans la réussite de la flotte. En raison des limites technologiques, de la géographie du territoire et de sa taille, importante pour l’époque, le problème de la logistique se posait avec une forte acuité en France.
Les principaux arsenaux Français étaient Rochefort, Brest et Toulon.
1) Rochefort.
Sur une sur anse de la Charente, sur la rive droite, à cinq lieues de son embouchure, là où se trouvait un habitat assez dispersé de 4 à 500 pécheurs, Colbert s’était lancé au milieu du XVII° siècle dans la construction de ce qui aurait dû être le principal arsenal français. Le ministre de Louis XIV voulait faire de cet endroit « l’établissement le plus grand et le plus beau qu’il soit au monde ». A l’époque, la contrée était totalement désertique. Pourquoi avoir voulu placer cet arsenal à cet endroit ? En fait, cette région avait déjà connu la présence de la marine royale. Richelieu avait installé une ancienne base maritime à Brouage, la province était également réputée pour l’abondance et la qualité de ses matelots, et l’arrière pays permettait des relations aisées avec la région Poitevine, sans oublier les Pyrénées et la Guyenne grâce à la Gironde. Cependant, tout était à reconstruire à l’époque de Colbert. Se lancer dans un projet monumental, dans lequel il pourrait appliquer toutes ses idées, en matière d’organisation d’industrie et d’urbanisme, n’était pas sans déplaire à l’esprit mégalomane de ce ministre.
L’acharnement de Colbert et de ses successeurs à vouloir promouvoir ce site, peut surprendre. En effet, les désavantages de l’endroit étaient nombreux. Certes, le port était protégé par son éloignement de l’embouchure de la Charente, et par les nombreuses îles Oléron, Aix, Ré placées au milieu de la baie. Cependant, l’arsenal était trop dans les terres, sur un fleuve dont le cours est non seulement sinueux, mais parsemé de nombreux récifs, ce qui rendait la navigation extrêmement dangereuse. De plus, le tirant d’eau de la Charente ne permettait pas à un navire d’appareiller en campagne entièrement équipé. Il lui fallait prendre en rade ses munitions, ses vivres et son eau, amenées par des allèges. En plus de cela, les vaisseaux ne pouvaient pas gagner facilement la rade. Il fallait les hâler sur une dizaine de kilomètres, tout le long de la rivière, et attendre les grandes marées pour gagner l’eau libre. Si on manquait une marée, on devait attendre la marrée suivante pendant deux semaines. De surcroît, la région était marécageuse. L’eau rendait les terrains très instables, et il fallut investir des sommes considérables pour consolider les bâtiments. L’eau stagnante était également la source d’humidité, faisant de ces marais pestilentiels une zone insalubre. La malaria préleva un tribut considérable sur les équipages, et fit de Rochefort « le tombeau de la marine ».
En fait, le site de Rochefort n’avait aucun atout, et rien ne le disposait à jouer le rôle voulu par Colbert.
Les dépenses liées à son entretien et à son aménagement furent ruineuses pour le budget de l’Etat, et ne parvinrent pas à empêcher la déconfiture de l’arsenal à la fin du XVIII° siècle. De plus, sur le plan militaire, les difficultés liées à son utilisation allaient être catastrophiques.
2) Brest.
Situé à l’embouchure de la Penfeld, au fond d’une vaste rade bien abritée, le port bénéficiait d’un abri sûr en eau peu profonde assortie d’une absence de tarets, le fléau des coques en bois. De plus, de grandes quantités d’eau douce étaient disponibles à proximité. La Bretagne était également productrice de grandes quantités de chanvre, ainsi que de toiles à voile. Le port bénéficiait également de l’importante population maritime bretonne.
De part sa position, le port de Brest permettait à l’escadre du ponant de gagner rapidement la Manche ou le golfe de Gascogne. Cependant, il présentait des inconvénients non négligeables pour la navigation. La Penfeld est étroite et sinueuse. De plus, les vaisseaux devaient être toués pour gagner le port à sa sortie. Dans la rade, la prédominance des vents d’ouest, et la présence dans le goulet orienté plein ouest de fort courants marins, ne facilitaient pas la sortie des vaisseaux vers la haute mer. En outre, les communications entre le port et l’intérieur du pays étaient problématiques. En fait, Brest était situé au bout du monde, et la ville était isolée du reste du pays.
A l’origine, les nombreuses forêts bretonnes permettaient un approvisionnement régulier en bois. Mais à la fin du XVIII° siècle, les matières premières devaient transiter par mer, depuis le Havre, Indret sur la Loire et Bayonne. Ces nombreux convois étaient très vulnérables.
3) Toulon.
Au XVII° siècle, la Méditerranée dominait encore la pensée politique des responsables français, dont Richelieu, qui voyaient un moyen de couper les relations entre les Habsbourgs d’Espagne de leurs possessions italiennes. Les ports de Marseille et de Toulon attirèrent très tôt l’attention.
Toulon dispose d’un site naturel d’une exceptionnelle qualité, à l’extrême avancée de la côte française, capable de surveiller à la fois le golfe du Lyon et le golfe de Gênes, d’où sa vocation maritime et militaire précoce. Pendant la totalité du XVII° siècle et jusqu’à la prise de Gibraltar par « l’Anglais » en 1704, pendant la désastreuse guerre de la ligue d’Augsbourg, le port militaire se développa et bénéficia d’investissements constants. Cependant, en 1713, son avenir et son destin s’assombrirent. En effet, « l’anglais » tenait durablement Gibraltar, forteresse inexpugnable, et ce pour des siècles, ce qui lui permettait de contrôler l’accès entre la Méditerranée et l’Océan Atlantique, et d’empêcher la sortie de cette mer de l’escadre du levant, rendant impossible la concentration de la flotte française.
De plus, à partir du XVIII° siècle, l’Océan Atlantique supplanta la Méditerranée, par l’importance de ses échanges internationaux.
Cependant, le port a connut, malgré tout, une importante activité navale tout au long du XVIII° siècle. Pendant la guerre d’Amérique, il parvint à envoyer de nombreux vaisseaux combattre dans l’Océan Atlantique.
A suivre...
Condottiere
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Condottiere
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