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La guerre sur mer pendant la révolution et l'empire.
Episode III.
Série d’articles sur la marine de guerre à voile et les guerres de la révolution et de l’empire. Cette semaine, je vais vous parler du matériel utilisé par la marine anglaise.
Les Britanniques utilisaient-il une artillerie différente de la nôtre ?
Etait-elle supérieure ?
Leurs navires étaient-ils mieux construits ?
1) L’artillerie.
Jusqu’à la fin des guerres napoléoniennes, la Grande Bretagne disposait, comme la France, d’une gamme de calibres caractérisés par le poids en livres, de leur projectile, un boulet massif en fer : 42, 32, 24, 18, 12, 9 livres.
Cependant, la livre anglaise étant plus légère que la livre française :
• le canon de 42 livres anglais correspondait au canon de 36 livres français,
• le canon de 32 livres aurait été baptisé canon de 28 livres en France,
• le canon de 24 livres -------------------- canon de 21 livres -----------,
• le canon de 18 livres -------------------- canon de 16 livres -----------,
• le canon de 12 livres -------------------- canon de 10,5 livres ---------,
• le canon de 9 livres -------------------- canon de 8 livres -------------,
A partir de la fin du XVIII° siècle, les Anglais décidèrent de remplacer tous leurs canons de 42, par des 32 livres. Ce canon nécessitait seulement 11 marins pour le servir, au lieu de 15 pour le 36 livres français. Il était également plus maniable, et pouvait être rechargé très rapidement : 3 minutes au lieu de 5. De plus, sa portée était à peine inférieure. En fait, ce choix correspondait à la volonté des Britanniques de privilégier la cadence de tir et l’entraînement à la puissance de feu.
En plus de l’artillerie classique, les Britanniques mirent en service les carronades. Fabriquées dans la ville écossaise de Carron, elles furent mises au point en 1778 pour la compagnie des Indes Anglaises et étaient utilisées pour maintenir à distance les pirogues des nombreux pirates infestant la mer de Chine. A calibre égal, leur poids était inférieur de moitié à celui d’un canon classique. Ce gain de poids permettait d’utiliser des carronades d’un calibre très élevé et de lancer des projectiles de grande taille. Ce type de canon était l’arme anti-personnel par excellence. Malgré une portée utile faible, 150 mètres, les gros sacs de mitrailles faisaient des ravages dans les rangs des fusiliers marins et des matelots adverses. Ces ravages étaient d’autant plus importants, que les marins étaient très mal protégés lorsqu’ils se tenaient sur le pont supérieur des navires. Ce sont ces performances exceptionnelles qui incitèrent la royale Navy à en acquérir. Les carronades utilisées sur les navires de lignes et les frégates anglaises lançaient des projectiles de 32 livres, voire plus.
2) Les navires.
Au cours du XVIII° siècle, la taille des vaisseaux britanniques ainsi que leur puissance de feu augmenta régulièrement, afin de contrer les progrès de leur principal adversaire, la marine française. Par exemple, au début de la guerre de 7 ans, 1756 - 1763, les navires de 74 canons étaient équipés de 28 canons de 24 livres pour leur batterie basse, de 28 canons de 12 livres pour le 2° pont, et de 18 canons de 9 livres pour le pont supérieur. La taille de ce type de vaisseau augmenta à partir de la guerre d’indépendance américaine, 1776 - 1782, ou les 74 destinés à combattre dans les grande batailles navales furent équipés de canons de 32 livres pour leur batterie basse, de canons de 18 pour leur 2° pont et de carronades de 32 livres sur leur pont supérieur. A partir de cette période, les navires plus petits furent relégués à l’escorte des convois marchands. De plus, les Britanniques eurent de plus en plus recours aux trois ponts de plus de 100 canons. Ils en possédaient une trentaine à la fin des guerres napoléoniennes.
Les navires anglais étaient classés en fonction du nombre de canons qu’ils transportaient. Cependant, les carronades n’étaient pas incluses, jusqu’en 1816 dans le décompte. Sachant que les canons placés sur le pont des navires furent systématiquement remplacés par ces dernières, établir une classification des vaisseaux de sa gracieuse majesté n’est pas une chose aisée. Et ce d’autant plus que les Britanniques ne construisaient pas, à de rares exceptions, leurs navires sur le même modèle.
Les navires Britanniques étaient donc divisés en rangs, et on distinguait :
Le 1° rang, pour des navires de plus de 100 canons et un équipage de plus de 850 hommes,
Le 2° rang, ---------------- de 98 à 90 canons et un équipage de 850 à 700 hommes,
Le 3° rang, ---------------- de 80 à 64 canons ----------------- de 650 à 500 hommes,
Le 4° rang, ---------------- de 60 à 50 canons ----------------- de 420 à 320 hommes,
Le 5° rang, ---------------- de 40 à 32 canons ----------------- de 300 à 200 hommes,
Le 6° rang, ---------------- de 28 à 20 canons ----------------- de 200 à 140 hommes,
Les sloops, de 18 à 16 canons et d’un équipage de 125 à 90 hommes.
Les bricks et les cutters, de 14 à 6 canons et d’un équipage de 80 à 25 hommes.
Les navires de 20 canons furent reconnus pour être la limite la plus basse pour les navires de rangs à être commandés par un homme du grade de capitaine.
Conçus à l’origine pour opérer en Mer du Nord et dans la Manche, les vaisseaux britanniques étaient solidement construits. Ils étaient plus petits, moins rapide, mais beaucoup plus manoeuvrant que les nôtres. Ils nécessitaient également un équipage moins important. Cependant, ils étaient beaucoup plus nombreux.
Il en était de même pour les frégates qui virent leur taille et leur armement s’accroître, dans des proportions assez considérables, jusqu’à la fin de la guerre. La guerre de 1812 avec les Etats-Unis vit l’apparition de frégates lourdes équipées de canons de 24 livres à la batterie basse, et comptant plus de 60 bouches à feu (carronades incluses).
Au début des guerres de la révolution et de l’empire, « l’Anglais » possédait 130 navires de ligne, dont 80 armés en permanence, les autres étant mis en réserve, 103 frégates et 133 « navires inférieurs ». Pour mémoire, la France alignait 80 navires de lignes et 74 frégates auxquelles il fallait ajouter les corvettes et les bricks gardes côtes.
En conclusion, les vaisseaux britanniques étaient plus petits, moins rapides, moins puissants que les nôtres. Cependant, ils étaient plus nombreux, ce qui autorisait leur état major à prendre plus de risques. « L’Anglais » avait également la particularité d’employer une artillerie moins lourde, mais elle était plus facile à utiliser et autorisait des cadences de tir beaucoup plus élevées, ce qui compensait largement ce handicap. De plus, les carronades, arme anti-personnel par excellence, leur donnaient un avantage déterminant sur leurs adversaires.
à suivre...
(Illustration, une des carronades du Victory).
Condottiere
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