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L'Echo du Village - Accueil n°280 - Jeudi 29 janvier 2003
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La guerre sur mer pendant la révolution et l'empire.
Episode II.

Série d’articles sur la marine de guerre à voile et les guerres de la Révolution et de l’Empire. Cette semaine je vais vous parler de l’évolution des vaisseaux en général, et de la flotte française en particulier.

A l’exception de l’Angleterre, les différentes puissances maritimes ne possédaient pas de flotte de guerre jusqu’au milieu du XVII° siècle. Mis à part certaines unités prestigieuses (comme le « Great Henry » anglais du XVI° siècle), le gros des flottes était composé de navires marchands réquisitionnés et armés pendant la durée du conflit. Pendant le premier quart du XVII° siècle, la taille optimale des vaisseaux était d’environ 600 tonnes, mais les choses évoluèrent rapidement. Tout d’abord, les différents souverains européens, plus ou moins rivaux entre eux pendant le conflit le plus meurtrier du début du siècle, la guerre de trente ans, se mirent à construire des navires de prestige de grande taille. Le Wasa, suédois, le Kronan, danois, et le Sovereign of the Seas, anglais, étaient exceptionnels pour leur époque. Le Sovereign of the Seas fut le premier trois ponts de l’histoire à être équipé de plus de 100 canons. Ce vaisseau était le plus gros et le plus puissant navire de guerre du monde. Lors de son lancement, vers 1637, les amiraux anglais étaient assez dubitatifs sur son utilité, en raison de son poids et de son manque de manoeuvrabilité. Cependant, tous ses détracteurs se trouvèrent mis en défaut à l’occasion des guerres anglo-hollandaises. En effet, la tactique de la ligne de bataille lui permit d’utiliser à plein rendement sa puissante et nombreuse artillerie, ce qui procura un avantage non négligeable aux Britanniques.

A partir des années 1660, la France se lança à son tour, sous l’impulsion de Louis XIV et de Colbert, à la conquête des océans.

1) Développement de la marine de guerre française et évolution de l’architecture des navires.

a) A l’époque du Roi Soleil.

Les navires de guerre à voile étaient construits en fonction de l’artillerie qu’ils devaient porter. Jusqu’à la fin des guerres napoléoniennes, la France disposait d’une gamme de calibres caractérisés par le poids en livres, environ 500 grammes, de leur projectile, un boulet massif en fer : 36, 24, 18,12, 8, 6, 4 livres. Entre le milieu du XVII° et la fin du XVIII° siècle, les caractéristiques de l’artillerie n’évoluèrent pas.

Un canon de 36 livres envoyait un boulet de 36 livres ou de 18 kilogrammes. Le poids du canon était de 3 746 kg, auxquels il fallait rajouter les 628 kg de l’affût. La portée maximale était de 3 700 mètres. Cependant, la portée utile ne dépassait pas 1 600 mètres, car les canons étaient extrêmement difficiles à pointer. Le tir de chasse à 6 encablures, 1 200 mètres, imposait de pointer la pièce à 75 mètres au dessus du but, ce qui impliquait de viser les nuages. La plupart des combats se menaient à une portée de moins de 600 mètres. A cette distance, un boulet de 36 était capable de traverser une cloison en chêne massif de 90 cm. A 100 mètres, le même canon perçait 1,30 mètre de chêne. L'épaisseur de la coque était de 75 cm au niveau de la première batterie, donc traversable, mais lorsque les boulets étaient tirés à l'oblique, ils rebondissaient souvent sur la coque. La manœuvre complexe d'un canon par son équipe d'une dizaine de marins ne permettait de tirer qu'un coup toutes les 4 à 5 minutes. Lorsqu’un boulet traversait la coque, cela provoquait un grand nombre d’éclats de bois, qui étaient à l’origine des blessures les plus graves. Afin de masquer la vue du sang, les ponts des navires étaient peints en rouge. Ils étaient également sablés, pour ne pas que les marins glissent sur les flaques de sang. Le chirurgien opérait sans anesthésie : on se contentait de donner une bonne rasade de rhum aux blessés avant de les bâillonner. Beaucoup ne survivaient pas à leur opération.

Dés le début, la France adopta une classification de ses vaisseaux par rangs en fonction de leur taille et de leur puissance de feu. La marine de Louis XIV comportait 5 rangs, et seuls les navires appartenant aux trois premiers étaient destinés à combattre en ligne.

A l’époque de Louis XIV,

Un vaisseau de 1° rang déplaçait entre 2 400 et 1 400 tonnes pour un nombre de canons compris de 120 à 68.
Un vaisseau de 2° rang ----------- 1 300 tonnes et 1 100 tonnes -------- 68 à 64 canons.
Un vaisseau de 3° rang ----------- 1 050 tonnes et 800 tonnes ---------- 60 à 48 canons.
Un vaisseau de 4° rang ------------ 800 tonnes et 550 tonnes ----------- 44 à 36 canons.
Un vaisseau de 5° rang ------------ 550 tonnes et 300 tonnes ----------- 34 à 28 canons.

Le vaisseau type de la marine de Louis XIV était le vaisseau de 3° rang. Il portait une cinquantaine de canons et mesurait environ 45,5 mètres de long pour une largeur de 12,3 mètres.

A ces navires, il faut bien entendu rajouter les frégates, les bricks et les cotres chargés du renseignement et de la chasse aux contrebandiers.

La flotte française était à l’époque très diversifiée, il était rare de trouver plusieurs navires construits sur les mêmes plans. Pendant les batailles, chaque adversaire alignait une centaine de vaisseaux.

Le coût très élevé de la construction des navires ainsi que leur entretien, poussa les dirigeants français et européens à rechercher l’harmonisation des vaisseaux. La marine française étant régulièrement confrontée à la Royale Navy plus nombreuse, on tenta systématiquement de suppléer la quantité par la qualité. De plus, l’architecture navale fit d’énormes progrès au XVIII° siècle, en grande partie grâce aux travaux du mathématicien Euler. La taille des vaisseaux, ainsi que leur puissance de feu augmenta dans des proportions considérables.

b) A la fin du règne du roi Louis XVI.

A la fin du XVIII°, il ne restait plus que les deux premiers rangs, et on ne construisait en série que trois types de navires. Les trois ponts de 110 - 118 canons (premier rang) et les vaisseaux à deux ponts de 80 et 74 canons (second rang). En 1790, la France possédait deux bâtiments de 118 canons, 5 de 110 canons, 8 de 80 canons et 54 de 74 canons.

Le vaisseau de 74 canons était armé de 28 canons de 36 livres à la batterie basse, de 30 canons de 18 livres à la seconde batterie, et de 16 canons de 8 livres sur le pont supérieur. Il mesurait environ 55,9 mètres de long pour une largeur de 14,9 mètres, hors bordage. Le tirant d’eau moyen était d’environ 6,6 mètres. L’équipage comptait 750 hommes. L’état-major était de 17 personnes, dont l'aumônier, important du fait des difficiles conditions de vie à bord, et le chirurgien, expert en amputations. L'équipage comprenait en outre 65 mousses, 300 matelots, une centaine de contremaîtres, une garnison de 118 soldats. Le vaisseau embarquait 3 mois d'eau, 6 mois de vin, un troupeau vivant (moutons, bœufs ou porcs). En 1789, son coût à l’achat était d’environ 1 225 192 francs, environ 10 millions de francs de 1988.

Le vaisseau de 80 canons était un deux ponts de belle taille. Il emmenait 30 canons de 36 livres à la batterie basse, 32 canons de 24 livres à la seconde batterie et 18 canons de 12 livres était disposés sur les gaillards. Il mesurait environ 62,7 mètres de long et embarquait 950 hommes d’équipage. En 1789, son coût à l’achat était de 1 443 257 francs.

Attardons nous sur le géant des mers, le vaisseau à trois ponts de 110 canons :

Il mesure 60,10 mètres entre l’étrave et l’étambot, la longueur de la quille est de 54,90 mètres, le creux est de 8,12 mètres, la hauteur sous barrots : 1,78 mètres dans le faux pont, 1,84 mètres dans les 1°, 2° et 3° batteries et 1,95 mètres dans la dunette. Les meilleurs tirants d’eau à la voile sont : à l’avant de 7,88 mètres et de 8,40 mètres à l’arrière. Le navire embarque 300 tonnes de lest composé de gueuses en fer. Son équipage est de 1 150 hommes, dont 20 officiers.

Les mâts culminent à plus de 60 mètres de haut. La grand’ vergue mesure à elle seule 32,80 mètres. La grand’ voile a une superficie de 476 m² et le grand hunier de 547 m².

Les vivres pour six mois sont de : 742 barriques de vin soit 185 000 litres, 86 514 kg de biscuits, 41 276 kg de farines, 21 350 kg de lard, 1 760 kg de bœuf salé, 2 646 kg de pieds et de tête de bœufs, 2 058 kg de morue, 3 087 kg de fromage, 2 793 kg de légumes, 2 058 kg de riz, 7 056 kg de poix, 7 056 kg de fayols, 7 056 kg de fèves, 1 617 kg d’huile, 4 557 kg de vinaigre, 4 410 kg de sel, 249 kg de chandelles, 49 kg de moutarde.

L’artillerie du premier pont comprend 30 canons de 36 livres pesant 3 750 kg chacun, l’artillerie du second pont comprend 32 canons de 24 livres pesant 2 760 kg chacun, celle du troisième pont comprend 30 canons de 12 livres pesant 1 576 kg chacun. Les gaillards sont équipés de 16 pièces de 8 livres pesant chacune 1 155 kg. Le poids total des canons, pièces et affûts est de 316 716 kg. Le poids des boulets est de 97 000 kg. Celui de la poudre est de 39 189 kg, à raison de 80 coups par pièce.

Le navire est équipe de 5 ancres d’un poids unitaire d’environ 3 500 kg, et de deux petites ancres de 1 200 kg chacune. Le poids total de ces ancres est de 20,460 tonnes plus 61,380 kg de câbles et d’haussières.

En 1789, son coût à l’achat était de 1 921 402 Francs.

A ces grands navires de guerre, il faut rajouter les frégates. Les frégates étaient des navires de guerre composés d’une batterie couverte, contre deux ou trois, pour les vaisseaux de ligne.

Leur taille avait considérablement augmenté au milieu du XVIII° siècle. Il en était de même pour la nature des missions qui leur étaient confiées. Elles avaient pour rôle d’éclairer la flotte, d’escorter les convois de navires marchands amis et d’attaquer les convois ennemis. Elles avaient également pour mission de transmettre les ordres de l’amiral aux autres navires pendant les grandes batailles d’escadres. Pour communiquer entre eux, les navires utilisaient un code secret composé de différents pavillons. Le chevalier du Pavillon était l’inventeur de ce système.

A la fin du XVIII° siècle, les frégates étaient classées en fonction du poids de leur artillerie principale. On distinguait les frégates de 18 qui étaient équipées de canons de 18 livres dans leur batterie basses des frégates de 12 équipées de canons de 12 livres.

Les frégates de 18 livres avaient une longueur de 47,3 mètres, pour une largeur de 12,7 mètres et un tirant d’eau de 5,3 mètres. Elles embarquaient 300 hommes d’équipages.

Les frégates de 12 étaient plus petites - on est actuellement en train d’en reconstruire une à Rochefort, l’Hermione - Elles mesuraient environ 44 mètres de long pour 11 de large et embarquaient 200 marins et soldats.

http://www.hermione.com/

La marine alignait également un autre type de navires, les corvettes, frégates en miniature d’environ 300 tonnes. Elles étaient composées d’un équipage de 160 hommes et armées d’une vingtaine de canons de 8 livres.

En plus de tout ceci, la marine française armait des bricks et des cotres pour surveiller les côtes, et éventuellement pour faire la guerre de course contre le commerce adverse.

A suivre....


Condottiere


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