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L'Echo du Village - Accueil n°279 - Jeudi 22 janvier 2004
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La guerre sur mer pendant la révolution et l'empire.
Episode I.

Dans le cadre du bicentenaire de la bataille de Trafalgar (1805), j’ai voulu rédiger une série d’articles sur la marine de guerre à voile et sur les guerres de la Révolution et de l’Empire. Aujourd’hui, je vais vous parler de l’évolution de la tactique navale depuis l’avènement de l’artillerie.

A la fin du XVIII° siècle, la marine à voile était à son apogée. Les grands voiliers en bois, synthèses des connaissances techniques les plus avancées de leur époque, avaient atteint leur perfection et des siècles et des siècles de batailles incessantes avaient permis aux amiraux de codifier les savantes évolutions des vaisseaux et des escadres.

Ce lent processus avait débuté à la fin du Moyen Age, lorsque les marins eurent l’idée d’équiper leurs navires de canons.

Les galères qui avaient jusqu’à présent dominé les champs de batailles maritimes européens, devinrent obsolètes. En effet, la légèreté de leur construction les rendait impropres à l’usage et au transport de l’artillerie. Le règne « des vaisseaux ronds » venait de commencer.

1) Première tactique utilisant l’artillerie.

Au cours des XVI° et XVII° siècle, l’artillerie navale était montée sur des chariots terrestres équipés de grandes roues. Les petits chariots navals, inventés par les Anglais au XVI° siècle, s’imposèrent dans toutes les marines du monde à partir du milieu du XVII° seulement.
De plus, les canons étaient attachés à la coque, car la procédure utilisant le recul pour les rentrer à l’intérieur du navire avant de les recharger ne fut inventée qu’au milieu du XVII° siècle. Recharger l’artillerie était donc un processus long et malaisé. En fait, une fois les canons déchargés, le navire devait s’éloigner et se mettre hors de portée pour les recharger.

C’est pourquoi les canons étaient installés sur les flancs du navire, mais aussi sur la proue et la poupe, avec plusieurs angles de tirs.

Selon les instructions de la flotte Anglaise de 1625 écrites par le capitaine John Smith, la tactique navale devait être la suivante :
« En premier lieu, vos canons de chasse doivent ouvrir le feu ; et vous approchant toujours plus, votre flanc doit évoluer de sorte que toutes les pièces dans l’ordre puissent tirer. Ceci fait, allez au vent et augmentez la voile ; hissez votre voile de misaine et votre grand hunier (qui sont appelées voiles de combat) à l’aide du galhauban, de sorte que le navire avec lequel vous naviguez de conserve (si cela est le cas) puisse s’approcher du navire ennemi comme vous l’avez fait, ou que le navire ennemi puisse tirer en premier et vous offre une meilleure possibilité de l’attaquer une seconde fois. »

« Dans un second lieu, vous devez monter à sa hauteur, et dans votre course, si vous voyez quelques groupes d’hommes sur ses ponts, exposés, vous pourrez tirer une salve de mitraille comme la première fois ; et ensuite, vous trouvant bord à bord avec votre ennemi, vos pièces de proue ouvriront le feu, puis toutes celles du côté ; et alors, laissant porter, déchargez vos pièces de chasse, toutes sans exception, ensuite, celle du côté nouvellement exposé. L’opération effectuée, faites virer de bord votre navire, de sorte que vos pièces de poupe puissent donner elles aussi. »

Afin d’en accroître l’efficacité, les Anglais divisaient leur flotte en plusieurs escadres de neuf vaisseaux, ce qui permettait à chaque navire d’attaquer à tour de rôle. Les navires devaient décharger leurs canons et abattre sous le vent trois par trois.

Le navire devant effectuer rapidement un grand nombre de manoeuvres, la plus grande partie de l’équipage devait s’occuper des voiles. Un second contingent, tout aussi important que le premier était chargé de l’abordage, et une faible proportion de l’équipage était utilisée au maniement de l’artillerie.

Les navires devaient être rapides et évolutifs, et les batailles étaient, avant toutes choses, une mêlée confuse.

Cependant, les choses commencèrent à changer à partir du second quart du XVII° siècle.

2) La ligne de bataille ou ligne de file.

Dans un premier temps, de gros progrès furent réalisés dans la fabrication et la conception de l’artillerie. La portée ainsi que la puissance furent considérablement augmentées, l’usage de plus en plus fréquent de chariots équipés de roues plus petites et de palans, permit de faciliter les opérations de rechargement, et donc d’accroître de façon considérable la cadence de tir. Le nombre d’hommes alloués à l’artillerie augmenta également fortement. Les ordonnances de 1625 stipulaient qu’en cas de combat, les canons devraient être servis par au moins dix hommes.

A partir des années 1630, les corsaires Français et Barbaresques commencèrent à harceler les lignes de communications Anglaises. En raison de la lenteur de leurs navires, les Anglais furent incapables de leur donner la chasse efficacement. Devant l’urgence, ces derniers décidèrent de copier les frégates prises aux Dunkerquois. Les premières frégates étaient caractérisées par une coque étroite, des lignes fines et une absence de superstructures. Même si les Anglais rajoutèrent des gaillards, la forme de la coque les obligea à installer la plus grande partie de l’artillerie sur les flancs.

A partir de ce moment, les navires commencèrent à se battre flancs contre flancs, vergues contre vergues. Voici le récit d’un violent combat entre navires anglais et français : « Alors ‘l’Adventure’, que j’observais depuis longtemps, se laissa porter et aborda le navire Français vergue contre vergue. Une heure après, il aborda de nouveau le navire Français, flanc à flanc, et environ deux heures après, il attaqua et canonna le navire français de telle sorte qu’il sombra peut de temps après sa reddition ».

Afin de tirer profit de la disposition de leurs canons dans les combats d’escadres, les amiraux Anglais, et plus généralement le général Monck, imposèrent les nouvelles ordonnances de 1653, et instaurèrent la tactique du combat en ligne.

« Tous les navires de chaque escadre doivent s’efforcer de se placer en ligne derrière le commandant en chef, à moins que ce dernier soit mis hors de combat, que dieu l’en garde,… Ainsi, chaque bateau de la dite escadre doit s’efforcer de se maintenir en ligne juste derrière l’amiral ou derrière celui qui commande et au plus près de l’ennemi. Si quelque bateau était abîmé et contraint de quitter la ligne, les autres devaient combler la brèche et chaque vaisseau devait rester dans le sillage des autres, sous peine des plus sévères sanctions ».

Cette tactique fut appliquée la première fois, le 2 Juin 1653, à l’occasion de la bataille de Gabbard contre les Hollandais. Le combat en ligne procura aux Britanniques un avantage tellement déterminant qu’ils remportèrent une victoire écrasante.

Dés lors, cette tactique fut utilisée par toutes les nations. Le combat en ligne de file, ou la ligne de bataille devait être la base de la tactique navale jusqu’à la fin de la marine à voile au milieu du XIX° siècle.


Condottiere


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