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Tigres de papier et monstres édentés
Le monde vu de l’autre côté de la Méditerranée
Laurent MIGNON nous présente un recueil de poèmes traduits du turc et de l’arabe. Le choix du préfacier n’est pas innocent puisqu’il s’agit de montrer la vision proche orientale des évènements qui ont bouleversé le monde pendant le 20e siècle.
Le 20e siècle a commencé par les grands empires coloniaux mais après leur démembrement, le règne du dollar a transformé la donne : les puissances occidentales continuent à piller les richesses des uns et des autres, mais elles n’ont plus à entretenir des armées d’occupation.
Les proches voisins de l’Europe en sont révoltés et les poètes choisis par Laurent MIGNON sont tous engagés. Ils se font les avocats de leur nation, ils plaident pour le monde arabe ou pour le Tiers-Monde.
Ce recueil se présente en cinq parties :
1. L’avant-propos est un véritable réquisitoire contre l’Occident signé Laurent MIGNON. On pourra ne pas être d’accord avec lui, mais il a le mérite de lancer un débat, ou au moins de tenter de déverrouiller un silence néfaste à la compréhension des peuples et plus généralement, à la paix.
2. Orient-Occident :
C’est bien un face-à-face. Ici les poètes arabes rivalisent en ironie, ils parodient des RIMBAUD, des LOTI qui n’ont peut-être rien compris au monde arabe. Les amateurs de poésie préfèreront sans doute ce chapitre où les vers sont caustiques et salés.
Malheureusement, les intoxiqués de la rime n’y trouveront pas leur compte puisqu’il s’agit de traductions.
Il faut noter qu’à ce sujet, les Arabes n’utilisent pas forcément la rime, même si certains le font.
3. La Deuxième Guerre Mondiale :
Trois poètes turcs composent cette troisième partie. Le premier pleure la France occupée, le second a de la sympathie pour Hitler et le troisième défie Mussolini.
Ici Laurent MIGNON a fait un choix intelligent puisqu’il nous décrit trois tendances d’un même pays.
Cependant, la compréhension de celles-ci aurait pu être illustrée par l’origine des auteurs : on connaît le problème kurde et le génocide arménien. La sympathie pour Hitler et pour la France martyrisée pourrait s’expliquer par l’oppression d’une minorité au sein même de la Turquie si prolifique en poètes.
4. (Dé)libérations nationales :
Gandhi, Lumumba, etc. reçoivent un hommage des auteurs présentés par Laurent MIGNON. Cette partie très engagée, est la moins poétique. Les traductions sont-elles fidèles ou trop rigides ?
En revanche, elles nous offrent un regard différent sur les évènements du Tiers Monde.
5. Palestines :
L’épineux problème de la Palestine est bien sûr évoqué ici. Ceux qui l’illustrent ont suffisamment de recul et ne manifestent pas réellement de propos haineux. Rappelons-nous également que l’envahisseur n’a pas toujours été Israël et que les Franco-anglais ont une part de responsabilité dans la situation actuelle.
Les poètes insistent aussi sur un fait qui, bien que connu, nous échappe parfois : Jérusalem est une ville sainte pour trois religions.
En conclusion, il est difficile de dissocier poésie et engagement dans ces quarante poèmes, mais ce qui fait l’intérêt de ce recueil, c’est l’exposé du point de vue arabo turc. Un livre nécessaire pour tous ceux qui veulent juger du bien fondé ou non, des interventions occidentales en Orient.
Coédité par Nic WEBER, Les Cahiers Luxembourgeois, les Editions Memor, Transparences.
René MORIN
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